Le Groupe des Onze sort de l’ombre

L'Orchestre métropolitain fait partie du groupuscule.
Photo: Christine Alonzo L'Orchestre métropolitain fait partie du groupuscule.

Surnommé le Groupe des Onze, une alliance formée de onze institutions culturelles de Montréal, souhaite multiplier sa force de frappe auprès du public et des gouvernements, influencer les politiques culturelles à venir et éventuellement faire valoir le rôle de chef de file de la métropole dans l’art social.

Regroupé de façon informelle depuis quelques années, le Groupe des Onze est récemment sorti de l’ombre pour interpeller les ministres de l’Éducation et de la Culture sur l’impact majeur de l’annulation des sorties scolaires, due aux moyens de pression des enseignants, sur plusieurs institutions culturelles. Le regroupement, qui s’est doté d’un comité éducation, souhaite notamment trouver des solutions à long terme aux conflits engendrés lors négociations du secteur public.

« Nous discutons d’enjeux communs à nos institutions, comme c’est arrivé dernièrement lors des sorties scolaires. On fait partie des dommages collatéraux, c’est pourquoi nous voulons engager une discussion à ce sujet avec les ministres de l’Éducation et des Finances. Peut-être qu’il y a des moyens de protéger les budgets destinés à la médiation culturelle », affirme Stéphane Lavoie, directeur de la Tohu et l’un des porte-parole du groupe.

Le groupuscule, qui rallie notamment — mais pas exclusivement — le Musée des beaux-arts de Montréal, l’Orchestre symphonique de Montréal, les Grands ballets canadiens de Montréal, l’Orchestre métropolitain, la Place des Arts, la Maison Théâtre, le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), l’Opéra de Montréal, la Grande bibliothèque et Arte Musica, tient au surplus des rencontres régulières pour harmoniser leurs programmations, mais aussi pour discuter de problématiques et d’enjeux communs. Ce club sélect, d’abord restreint à quatre ou cinq institutions, s’est depuis élargi à onze membres, mais son porte-parole assure qu’il ne s’agit pas d’un groupe fermé.

« C’est ouvert à tous. Nous avons d’abord été une poignée à nous rencontrer à la fin des années 2000 pour voir comment souligner l’Allemagne dans nos programmations, puis le 50e anniversaire du ministère de la Culture. Plutôt que de travailler chacun de notre côté, et de craindre la concurrence, nous avons commencé à échanger nos programmations futures pour faire émerger des thèmes communs. Le plus impressionnant, c’est la confiance qui s’est développée entre nous. Il est question ouvertement de nos projets comme de nos problèmes », explique le directeur de la Tohu.

Les Onze sont notamment intervenus quand les politiques touristiques en matière de culture, trop orientées vers l’offre saisonnière des festivals, minimisaient l’apport des diffuseurs culturels de la métropole. De cette offensive est né en juin dernier le Passeport Culture Montréal, qui donne accès à quatorze attractions majeures de la métropole, dont plusieurs institutions muséales.

Montréal, carrefour de l’art social

Un autre grand constat se dégage des rencontres du Groupe des Onze : l’émergence à Montréal d’une expertise toute particulière en art social. Le Musée des beaux-arts de Montréal a déjà une longueur d’avance en la matière, avec ses programmes communautaires destinés notamment aux clientèles démunies, aux jeunes à risque, aux immigrants, aux patients atteints de maladies mentales, d’Alzheimer, de trisomie ou de divers handicaps. À ce jour, le MBAM a reçu plus de 200 000 visiteurs par l’entremise de 400 organismes communautaires.

Plusieurs entreprises ou organismes culturels, dont Les Impatients, actif auprès des personnes atteintes de maladies mentales depuis 1993, et le Cirque du Soleil, par l’entremise de son programme Cirque du monde, ont développé une expertise pointue dans « l’art qui fait du bien ».

« L’autre grand constat, c’est l’émergence de l’art social à Montréal. Il existe ici une compétence propre qui s’est développée dans la métropole, car beaucoup d’institutions sont engagées dans la médiation culturelle avec des communautés marginalisées », affirme Stéphane Lavoie.

Fort de cette expertise, le Groupe des Onze souhaiterait utiliser cet atout à l’occasion d’un événement qui viendrait souligner l’art comme outil d’intervention social, à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal.

Plutôt que de travailler chacun de notre côté, et de craindre la concurrence, nous avons commencé à échanger nos programmations futures pour faire émerger des thèmes communs. Le plus impressionnant, c’est la confiance qui s’est développée entre nous. Il est question ouvertement de nos projets comme de nos problèmes.