Québec veut protéger la Maison Alcan et le studio Ernest-Cormier

Le complexe de la Maison Alcan intègre plusieurs immeubles anciens restaurés dans les années 1980 à l’angle des rues Sherbrooke Ouest et Stanley.
Photo: Jacques Nadeau le Devoir Le complexe de la Maison Alcan intègre plusieurs immeubles anciens restaurés dans les années 1980 à l’angle des rues Sherbrooke Ouest et Stanley.

Québec a publié jeudi des avis d’intention de classement pour le complexe de la Maison Alcan et pour le studio Ernest-Cormier, deux dossiers qui ont fait les manchettes au cours des dernières semaines. Cette décision fait en sorte de soumettre ces immeubles à des règles strictes de protection.

Les bâtiments de la Maison Alcan et le studio Ernest-Cormier ont une grande valeur sur les plans historique et architectural et ils présentent des biens d’intérêt national, a fait valoir la ministre de la Culture, Hélène David, dans un communiqué publié jeudi.

Ainsi, toute modification à l’intégrité des édifices sur les deux sites nécessitera désormais l’autorisation du ministère de la Culture. La ministre David dispose d’un an pour rendre une décision sur le classement de ces biens.

« L’intention de classement instaure immédiatement les règles de protection jusqu’à ce qu’on finisse le processus et que le classement devienne officiel », a indiqué l’attaché de presse de la ministre, Philip Proulx. Mais ces mesures n’empêchent pas la mise en vente du studio Ernest-Cormier par la Société québécoise des infrastructures (SQI).

Situé sur la rue Saint-Urbain et construit en 1921 et 1922, le studio Ernest-Cormier est l’oeuvre de l’architecte Ernest Cormier, qui l’a utilisé comme atelier de création jusqu’en 1935. L’immeuble témoigne des premières années de l’architecture moderne au Québec.

Le mois dernier, la SQI l’avait discrètement mis en vente dans un avis publié dans le système public d’appel d’offres le décrivant comme un « bâtiment de type résidentiel unifamilial à paliers multiples » situé au 3460, rue Saint-Urbain.

La Maison Alcan

De son côté, le complexe de la Maison Alcan intègre plusieurs immeubles anciens restaurés dans les années 1980 à l’angle des rues Sherbrooke Ouest et Stanley. L’îlot est maintenant visé par un projet déposé à l’arrondissement de Ville-Marie par Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil, et Yale Properties, qui souhaitent construire une tour à vocation commerciale de 30 étages sur le site. Le projet, qui prévoit aussi la démolition partielle d’un immeuble sur la rue Drummond et la destruction d’un bâtiment de la rue Stanley, avait suscité de vives critiques de la part d’architectes et d’urbanistes. D’abord favorable au projet, la Ville de Montréal a finalement suspendu l’adoption du règlement l’autorisant au début du mois d’octobre.

Le responsable de la stratégie du centre-ville au sein de l’administration du maire Coderre, Richard Bergeron, a décliné la demande d’entrevue du Devoir. Dans un communiqué, M. Bergeron s’est dit satisfait de la décision de la ministre. Son entourage a indiqué que le classement du complexe de la Maison Alcan ne compromettait pas nécessairement la construction de la tour.

Directeur des politiques à Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, a salué l’intervention de la ministre David. « Et c’est une bonne chose que la Ville de Montréal reçoive bien cette décision », a-t-il commenté.

Les artistes désirent conserver le studio

Ils étaient plusieurs du milieu culturel et du milieu communautaire à s’être rassemblés jeudi devant le studio Ernest-Cormier, rue Saint-Urbain, à Montréal, pour réclamer que le bâtiment, qui devrait être classé au patrimoine sous peu, demeure à l’usage du secteur culturel de Montréal.

La Société québécoise des infrastructures procédait en effet hier à des visites libres de l’étroit bâtiment bâti par le célèbre architecte, qui s’élance sur trois étages et qu’elle a mis en vente récemment.

Pour Isabelle Richard, du groupe de recherche technique en immobilier communautaire, la vocation culturelle de l’édifice pourrait s’imposer. « Il faut laisser l’édifice nous parler », dit-elle. Très étroit, tout en hauteur, le studio Ernest-Cormier ne se prête pas nécessairement à n’importe quels usages. À l’étage, un étudiant français, qui y est accueilli jusqu’en janvier, travaille toujours sur un ordinateur. Anne Cormier, professeure et ancienne directrice de l’école d’architecture de l’Université de Montréal, rêverait d’y présenter des expositions d’architecture des étudiants de l’école.

« C’est un endroit plus accessible que l’Université de Montréal », relève Isabelle Richard. D’autres organismes à vocation culturelle seraient aussi désireux de s’installer dans ces lieux. Le Centre d’auteurs dramatiques, par exemple, a présentement des problèmes de logement, après avoir essuyé deux dégâts d’eau dans ses locaux de la rue Saint-Sacrement.

Pour Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, il n’est pas indispensable que l’édifice demeure dans le réseau public. Il cite en exemple la maison Notman, qui abrite désormais des entreprises de pousses technologiques.
Caroline Montpetit
1 commentaire
  • Gilles Delisle - Abonné 6 novembre 2015 07 h 44

    Les phantasmes d'un homme

    Une Ville ne se construit pas uniquement avec l'argent d'un milliardaire, pas plus qu'une île d'ailleurs! Phantasme:" Ensemble de représentations imagées mettant en scène le sujet et traduisant, à travers les déformations de la censure imposée par le sur-moi, les désirs inconscients de celui qui l'élabore." Larousse