Québec met en vente l’atelier d’un grand architecte

L’édifice qui abritait l’atelier de l’architecte Ernest Cormier est situé au 3460, Saint-Urbain, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’édifice qui abritait l’atelier de l’architecte Ernest Cormier est situé au 3460, Saint-Urbain, à Montréal.

Sans tambour ni trompette, le gouvernement du Québec a mis en vente l’immeuble ayant abrité l’atelier de l’un des plus grands architectes de l’histoire du Québec, Ernest Cormier.

La Société québécoise des infrastructures (SQI), propriétaire de l’édifice situé au 3460, Saint-Urbain à Montréal, a annoncé son intention de se départir du studio Cormier dans une annonce mise en ligne sur son site Internet.

L’édifice recouvert de briques rouges, construit en 1921, témoigne des premières années de l’architecture moderne au Québec. C’est à cet endroit que le Montréalais se consacrait à la peinture et à la photo, ou recevait des artistes. Ernest Cormier est un architecte de renom à qui l’on doit plusieurs bâtiments bien connus : l’édifice de la Cour d’appel du Québec, dans le Vieux-Montréal, le pavillon Roger-Gaudry de l’Université de Montréal, l’édifice de la Cour suprême du Canada et même les portes d’entrée du siège des Nations unies, à New York. Depuis l’an dernier, le gouvernement du Québec décerne le prix Ernest-Cormier pour saluer la carrière remarquable d’une personne ayant oeuvré dans les domaines de l’architecture ou du design.

Valeur patrimoniale

Selon Jean-Claude Marsan, professeur émérite de l’Université de Montréal spécialiste de la question du patrimoine urbain, Ernest Cormier est à l’architecture ce que Jean-Paul Riopelle est à la peinture. « Ernest Cormier, pour le XXe siècle, c’est possiblement l’architecte francophone le plus représentatif. »

Il juge inacceptable que le gouvernement mette en vente un lieu faisant selon lui partie du patrimoine immatériel du Québec. « J’ai représenté le Québec pendant 16 ans à la Commission des lieux et monuments historiques et je n’ai jamais vu un gouvernement agir de la sorte, dit-il. Avant de mettre [le bâtiment] en vente, la ministre David aurait dû s’informer auprès de gens qui ont une compétence qu’elle n’a pas. »

Cette histoire rappelle la mise en vente de la bibliothèque Saint-Sulpice, qui a finalement été suspendue le temps qu’un comité de travail se penche sur l’avenir de l’édifice. Le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, souhaite que le mandat de ce comité soit élargi pour analyser des cas comme celui du studio Cormier.

Dans un communiqué publié en soirée, le ministère de la Culture a tenu à rappeler que le studio Cormier est situé sur une aire protégée et qu’il est donc interdit de le démolir en tout ou en partie, sans autorisation préalable. Le communiqué indique également que la ministre de la Culture, Hélène David, a récemment demandé à son ministère « d’étudier les différentes options possibles quant à l’attribution d’un statut patrimonial spécifique au studio d’Ernest Cormier ». « Cette analyse est toujours en cours », conclut-on.

2 commentaires
  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 octobre 2015 12 h 50

    Quel manque de vonnaissance!

    "Hélène David, a récemment demandé à son ministère « d’étudier les différentes options possibles quant à l’attribution d’un statut patrimonial spécifique au studio d’Ernest Cormier ».

    Ce n'est pas la premiére fois que la ministre David ne sait rien, n'est au courant de rien, elle réagit après coup, uniquement quand la nouvelle se propage dans les media. Tout un ministre de l'inculture et du laissez faire!

  • Gilles Delisle - Abonné 25 octobre 2015 10 h 30

    Les frasques de Mme David se poursuivent!

    Ce gouvernement qui saccage tout sur son passage, n'a pas oublié les édifices patrimoniaux. Après avoir essayé de vendre la Bibliothèque St-Sulpice, voici le studio d'Ernest Cormier qui est dans la mire des vendeurs -liquidateurs du Québec moderne. Il y a quelques mois à peine, Mme David a bien essayé de se débarraser des Conservatoires de Musique du Québec, également. Mais curieusement, on apprenait cette semaine que le prodigieux Charles-Richard Hamelin, gagnant du 2e Prix du Concours Chopin à Varsovie, étudiait régulièrement au Conservatoire de Musique de Montréal, en compagnie du pianiste André Laplante! Merci, madame" la Sinistre", comme disait le comédien Sol.