La cause de la pause

Image de la page dédiée à cette journée pendant laquelle plusieurs lieux de diffusion fermeront leurs portes tandis que d’autres procéderont à la lecture d’un manifeste.
Photo: Source Facebook Image de la page dédiée à cette journée pendant laquelle plusieurs lieux de diffusion fermeront leurs portes tandis que d’autres procéderont à la lecture d’un manifeste.

En ce lundi d’élections, Édith Brunette et Catherine Lavoie Marcus ne semblaient pas trop préoccupées par l’issue du vote. Les deux artistes, la première en art actuel, la seconde en danse, sont pourtant loin d’être apolitiques. Ces dernières semaines, si elles n’ont pas milité pour un parti ni pour plus de débats sur la culture entre candidats, c’est qu’elles avaient une autre cause à défendre : celle de la pause. La Journée sans culture, c’est mercredi qu’elle a lieu. Quelque 300 participants se sont donné rendez-vous au théâtre des Écuries.

Déjà, lors des élections provinciales de 2014, la dramaturge Carole Fréchette clamait « des journées où toute activité artistique, toute manifestation de vie culturelle seraient absolument interdites », question de faire ressortir des « premiers signes de dysfonctionnement ». La Journée de 2015, organisée indépendamment de ce précédent appel, n’en est pas moins la conséquence des mêmes inquiétudes.

Grève « symbolique », boycottage « volontaire » et rassemblement politique, la Journée sans culture est un peu tout ça. Plusieurs lieux de diffusion fermeront leurs portes — des centres d’artistes pour l’essentiel —, d’autres procéderont à la lecture d’un manifeste. Mais surtout, acteurs et organismes veulent mieux s’organiser, mieux affûter les lames. Le scrutin fédéral sera passé, mais bien des politiques sont à venir.

« Ce qu’on veut, c’est un temps d’arrêt. Prendre une pause dans la frénésie du travail culturel et en profiter pour se rencontrer, nous, travailleurs culturels, techniciens et artistes. Nous n’avons pas de plateforme qui nous représente véritablement », avance Édith Brunette, une des nouvelles voix les plus politisées de l’art actuel québécois.

La Journée sans culture, affirment les deux femmes rencontrées le temps d’un café, n’est pas une riposte à la longue campagne électorale que l’on vient de vivre, plutôt une carapace pour deux grandes inconnues : le Conseil des arts du Canada (CAC) annoncera sous peu les détails de sa réforme de programmes et le ministère de la Culture du Québec prépare actuellement la révision de sa vieille politique culturelle. Souvent, ces plans, déplorent-elles, ne reflètent pas la réalité.

D’une part, disent-elles, on parle du soutien des arts comme d’un moteur de prospérité au XXIe siècle — titre d’une conférence de Simon Brault, directeur du CAC. D’un autre côté, la précarité demeure, la priorité est donnée au financement aux projets, plus irrégulier et imprévisible que le financement au fonctionnement. Au bout, même des joueurs établis (La La La Human Steps) ferment boutique.

« Au quotidien, on ne voit pas les résultats d’une amélioration », affirme Catherine Lavoie Marcus, chorégraphe et auteure — elle collabore à la revue Esse, y compris dans le dernier numéro intitulé « Prendre position ».

À l’heure de la culture de l’austérité néolibérale, les gouvernements demandent au milieu culturel de développer des liens avec le privé, d’être plus créatif et entrepreneur, de faire plus avec moins. Plus les artistes se consacrent à la gestion et à la relation d’affaires, moins ils ont du temps pour leur création, déplorent Édith Brunette et Catherine Lavoie Marcus.

La Journée sans culture, précisent-elles, vise à donner voix à la multiplicité de réalités de ceux qui oeuvrent dans les différentes facettes des arts. Des tables thématiques survoleront les grands enjeux, comme celui du travail sans fin ou celui de la course aux mécènes. Les participants tenteront de répondre à des questions délicates, comme « l’artiste-entrepreneur : le seul avenir qu’il nous reste ? », tandis que d’autres se pencheront sur le lexique véhiculé par les fonctionnaires. « Synergie, innovation. Pourquoi on nous demande ça et qu’est-ce que ça signifie ? » demande Édith Brunette.

L’idée de cette journée entre professionnels est de rassembler toutes les chapelles et d’aboutir à une publication plurielle qui pourrait être adressée aux ministres. « On veut sortir tous les points chauds, regarder tous les angles morts, les points morts », résume Catherine Lavoie Marcus.

Une affiche annonçant la Journée sans culture


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