Jennifer Clement est élue à la tête du PEN International

L’écrivaine américano-mexicaine Jennifer Clement
Photo: Centre québécois du PEN International L’écrivaine américano-mexicaine Jennifer Clement

En tant que première femme à la tête du PEN International, l’écrivaine américano-mexicaine Jennifer Clement a l’intention de s’attaquer entre autres à la censure liée au genre.

C’est ce que l’écrivaine disait jeudi, tout de suite après son élection à la tête de l’organisation qui défend la liberté d’expression partout dans le monde, où elle succède au Canadien John Saul.

« La censure, ça peut aussi être, pour une jeune fille, de ne pas pouvoir aller à l’école pour lire et écrire », dit celle qui a entre autres écrit Prayers for the Stolen, un livre sur le trafic des jeunes femmes dans l’État du Guerrero.

En tant qu’ancienne présidente du PEN Mexico, Jennifer Clement s’est battue pour que les meurtres de journalistes au Mexique soient jugés par des tribunaux fédéraux plutôt que par des tribunaux d’État, plus sujets à la corruption.

« Nous vivons un énorme problème d’impunité au Mexique, dit-elle. Des 80 à 90 meurtres de journalistes survenus au Mexique depuis 2000 [dont huit au cours de la dernière année]aucun n’a été résolu. »

   

Censure et liberté

Mercredi, Margaret Atwood, Robert Lepage et Russell Banks étaient réunis sur la scène du Palais Montcalm, à Québec, dans le cadre d’un événement organisé conjointement par le congrès du PEN et par le festival Québec en toutes lettres.

Robert Lepage y a notamment abordé la pièce Quills, qu’il présentera à Québec, puis à Montréal, dès le début de l’année 2016.

Cette pièce à l’humour noir de Doug Wright aborde crûment le thème de la censure en évoquant le marquis de Sade, joué par Lepage, à la fin de sa vie, alors qu’il est interné à l’asile de Charenton.

Le marquis, qui continue d’écrire et dont l’oeuvre sulfureuse se répand hors des murs de l’asile, y est soumis à la censure sadique d’un médecin, mandaté à cet égard par le directeur de l’asile.

« Ça n’est pas ce qui est arrivé au marquis dans la vie », précise Lepage.

Dans Quills, on enlève donc au marquis sa plume et son papier, mais il écrit avec un os de poulet trempé dans le vin. On lui enlève cet outil et il écrit avec son sang sur ses draps. On lui enlève ses draps et il écrit sur ses vêtements avec ses excréments. On lui enlève, ses bras, ses pieds, son sexe, alouette…

La pièce demande « qu’est qu’on fait avec la liberté qu’on a ? », explique Lepage, qui en cosigne la mise en scène avec Jean-Pierre Cloutier.

Margaret Atwood a pour sa part parlé du projet de bibliothèque du futur que l’artiste Katie Paterson a lancé à Oslo, en Suède, dans une forêt en devenir où l’on vient de planter 3000 arbres.

Chaque année, au cours des 100 prochaines années, un écrivain reconnu sera invité à y enfouir un manuscrit inédit, imprimé sur papier et inscrit en version numérique, dans une boîte scellée que personne n’aura le droit d’ouvrir. C’est Margaret Atwood qui a été la première à enfouir son manuscrit au mois de mai dernier.

Dans 100 ans, soit en 2114, on pourra déterrer les manuscrits et les imprimer avec le papier fourni par le bois de 100 arbres de la forêt.

« Il y a beaucoup d’espoir dans ce projet, dit Mme Atwood. L’espoir qu’il y aura encore des êtres humains dans 100 ans, que ces humains sauront encore lire et auront encore envie de lire. »

La romancière a également parlé de l’opéra Pauline, présenté sous forme de concert samedi à Québec, et qui s’inspire de la vie de Pauline Johnson, une poète ayant vécu au tournant du XIXe siècle, née d’un père chef de bande mohawk et d’une mère Britannique et puritaine. Très populaire en son temps, Pauline Johnson donnait des spectacles de performance dans lesquels elle se présentait en première partie habillée comme une Amérindienne, et en deuxième partie en robe du soir et gantée jusqu’aux coudes.

« Son père militait pour que l’on cesse de vendre du rhum aux membres de sa communauté », dit-elle.

Les funérailles de Pauline Johnson ont été très importantes à Vancouver, raconte l’écrivaine, qui dit avoir tenté d’écrire un roman sur cette histoire avant de décider d’en faire un opéra.

L’écrivain américain Russell Banks a pour sa part évoqué les trois piliers de la genèse américaine, qui sont selon lui l’argent, la religion et la race.