Lumières au sommet

Au Bhoutan, Paro Taktsang (la Tanière du Tigre) est l’un des sites les plus sacrés liés à Padmasambhava. On dit qu’il s’y rendit en volant, à cheval sur une tigresse. Les temples sur la roche à pic ont été construits au XVIIe siècle (2006).
Photo: Matthieu Ricard Au Bhoutan, Paro Taktsang (la Tanière du Tigre) est l’un des sites les plus sacrés liés à Padmasambhava. On dit qu’il s’y rendit en volant, à cheval sur une tigresse. Les temples sur la roche à pic ont été construits au XVIIe siècle (2006).

Ce n’est pas le premier ouvrage du moine bouddhiste Matthieu Ricard consacré à la photo : en 45 ans de vie spirituelle dans l’Himalaya, d’un lieu extrême et reculé à un autre, son portfolio s’est considérablement étoffé. Avec Hymne à la beauté, une sélection de 180 clichés réalisés depuis les années 70 sur les sommets du monde, l’écrivain propose un récapitulatif de sa contemplation, exercice hautement symbolique chez lui.

Et cette fois, le regard s’élargit : hormis le Népal, le Tibet et le Bhoutan, ses terres mères, on voyage aussi, brefs clignements, en Inde, en Islande, en Birmanie, en Thaïlande, en Suisse, dans la cordillère des Andes et le parc Yellowstone, aux États-Unis.

« Les situations humaines, l’expression des visages, mais aussi la lumière d’un paysage changent à chaque instant », écrit Ricard en préface, annonçant par là son processus créatif : rester prêt à capter ces « moments magiques » aux lueurs souvent dramatiques.

Que son oeil traverse des montagnes (dont l’Everest, vu des airs lors d’un vol Katmandou-Lhassa l’an dernier), sillonne les champs laissés aux chevaux sauvages ou rencontre des maîtres spirituels en vase clos, Ricard aborde ses sujets avec la même clairvoyance.

Parmi les crépuscules poudrés, les deltas cisaillés, les eaux miroitantes et les visages tannés par le soleil ressort une série de clichés, aux lignes irrégulières et colorées, sur des célébrations monastiques, dont des danses sacrées.

C’est là un appréciable legs documentaire, livré de surcroît par un observateur effacé, investi, capable de transmettre un sens qui échapperait à d’autres.

Accompagné de légendes bilingues (fort utiles) en fin de volume, Hymne à la beauté donne assurément aux voyageurs de quoi admirer et aux esprits solitaires de quoi méditer. Un bémol : en raison de son format quasi poche, certains clichés — notamment ceux imprimés sur deux pages — apparaissent un peu tronqués. Un ouvrage grand format, plus aéré, aurait sans aucun doute mieux servi cette nouvelle observation du monde.

Hymne à la beauté

Matthieu Ricard, Éditions de la Martinière, Paris, 2015, 200 pages