À Paris, Cinéma du Québec disparaît

Monique Simard, présidente de la SODEC
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Monique Simard, présidente de la SODEC

Après 18 ans d’existence, la semaine du cinéma québécois à Paris rend les armes. Pour des raisons budgétaires, ces projections publiques où l’on pouvait voir chaque automne à Paris le meilleur de la production cinématographique québécoise disparaissent. Seul le volet professionnel de l’événement se tiendra cette année du 18 au 20 novembre. Mais il sera rapatrié à Montréal dès l’an prochain.

« Nous avons décidé d’arrêter Cinéma du Québec, car cet événement coûtait très très cher et qu’il n’atteignait plus les objectifs qui lui avaient été fixés », explique Monique Simard. Selon la présidente de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), même s’il rejoignait les cinéphiles et que ses salles étaient pleines, Cinéma du Québec « ne permettait pas de rejoindre suffisamment les producteurs » et sa programmation comprenait « rarement des nouveautés ».

Chaque année, Cinéma du Québec coûtait à la SODEC 370 000 $. Cette année, le volet professionnel sera maintenu au coût de 263 000 $. Mais dès 2016, il sera supprimé et remplacé par « un nouvel événement à Montréal » encore à définir, précise Monique Simard. Celui-ci sera destiné aux producteurs de toute la Francophonie. « Il faut trouver le moyen de mieux soutenir le lancement des films québécois », dit-elle tout en promettant que des montants équivalents seront réinvestis dans cette nouvelle promotion.

La fin d’une époque

Avec Cinéma du Québec, une époque se termine pour le cinéma québécois en France. Créé en 1997, l’événement succédait au Festival du cinéma québécois de Blois. La manifestation avait mis du temps à trouver ses marques, déménageant tour à tour du Cinéma des cinéastes au cinéma Publicis pour s’installer au Forum des images, situé au coeur de la capitale.

Parrainé depuis ses débuts par la comédienne et cinéaste Carole Laure, à qui Le Devoir a appris les détails de la nouvelle, l’événement permettait au Tout-Paris d’avoir accès à des films québécois qui n’avaient pas la chance de sortir en salle. L’an dernier, Cinéma du Québec avait présenté dix longs-métrages, quatre documentaires et huit courts-métrages, sans compter les rendez-vous thématiques. Depuis 2008, le festival avait même essaimé à Liège, Lyon et Cannes. En 18 ans, près de 350 films auront ainsi été découverts par le public français.

Quelle logique ?

« C’est triste. Je ne comprends pas que Cinéma du Québec disparaisse précisément au moment où, depuis quelques années, la manifestation avait enfin trouvé son public », s’étonne Sylvain Garel, spécialiste français du cinéma québécois et conseiller aux Affaires francophones de la mairie de Paris. Cet ancien directeur du défunt Festival du cinéma québécois de Blois, à qui on avait aussi coupé les vivres au bout de six ans, s’étonne du manque de vision à long terme de la SODEC. Il se souvient de ces années où les salles de Cinéma du Québec étaient vides, ce qui n’était plus le cas depuis quelques années. « Si dès qu’un festival marche bien on lui coupe les vivres, ça ne vaut pas la peine d’essayer ! dit-il. On cherche la logique d’une telle décision. » Pour lui, la France reste le premier marché d’exportation du cinéma québécois. Or, sur les 25 films que produit le Québec chaque année, seuls quelques-uns sortent en salles, précise-t-il.

Capitale du cinéma international, Paris accueille aussi bien des semaines du cinéma russe, polonais et nigérien que des festivals ukrainien, kurde, brésilien ou wallon. Plusieurs films avaient fait de Cinéma du Québec leur rampe de lancement, comme Le démantèlement de Sébastien Pilote.

Pour les observateurs de la scène politique, cette disparition s’ajoute à une longue liste d’événements qui ont marqué les relations France-Québec depuis un an : disparition de l’Association Québec-France, réduction du nombre d’étudiants français au Québec, vente de la maison Kent qui abritait le consulat français à Québec. À la Délégation générale du Québec à Paris, personne n’a voulu commenter la décision de la SODEC. Au-delà des enjeux budgétaires réels, Louise Beaudoin, qui avait présidé à la création de Cinéma du Québec en tant que ministre de la Culture, n’hésite pas à parler de « démantèlement ». « Il est certain que l’accumulation de ces retraits de part et d’autre est préoccupante », dit-elle. Elle y voit la « banalisation de la relation » avec la France qui devient « un pays comme un autre ».

Si dès qu’un festival marche bien on lui coupe les vivres, ça ne vaut pas la peine d’essayer! On cherche la logique d’une telle décision.

2 commentaires
  • Jean-Luc Malo - Abonné 5 septembre 2015 08 h 44

    Et nos liens privilégiés avec la France dans tout ça?

    Triste de constater que maintenant il vaut mieux aller aux endroits où c'est payant, où il y a des marchés lucratifs (USA, etc.) qu'aux endroits où nous avons des liens culturels.
    Or, les liens avec la France sont essentiels pour notre survie.
    Décision de gestionnaires à la vision bien courte...

    Jean-Luc Malo
    abonné

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 septembre 2015 11 h 59

      Triste constat en effet...
      L'effet de presque 15 ans de "dictature néo-libérale", "de laxisme dans les dépenses publiques et para-publiques" suivi d'une "Commission Charbonneau" onéreuse et sans ...rapport final," et, par la suite,
      d'un programme d'austérité "à la va comme j'te pousse" font que la France ne sait plus sur quel pied danser.. car elle-même, semble avoir attrapé cette maladie contagieuse " l'austérite" dont la cause serait une mondialisation à outrance, concoctée par les affairistes, ardents défenseurs du néolibéralisme à tout prix.

      Le cercle vicieux ...quoi!