Des historiens veulent un statut patrimonial pour le site Le Ber

La maquette du futur pont Champlain
Photo: Infrastructure Canada La maquette du futur pont Champlain

Malgré le refus essuyé par un groupe citoyen, deux regroupements d’historiens canadiens montent au front pour accorder un statut patrimonial au site archéologique Jacques Le Ber, situé sur l’île des Soeurs, qui est menacé par les travaux de construction du nouveau pont Champlain.

L’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF) et la Société historique du Canada (SHC) ont fait parvenir lundi une lettre à la ministre québécoise de la Culture, Hélène David, lui demandant « de prendre les mesures nécessaires en faveur du classement patrimonial du site ».

Les deux organisations font valoir que le site est d’une « très grande richesse archéologique et historique ». Il témoigne selon eux des premiers moments de la présence française en Amérique du Nord et possiblement de l’occupation amérindienne antérieure. On y retrouve essentiellement les vestiges du domaine agricole acquis par Jacques Le Ber à partir de 1664. Le site de Le Ber à l’île des Soeurs a déjà été affecté par la construction du premier pont Champlain et est désormais menacé par le second.

« Nous sommes conscients des besoins auxquels répond le pont pour le trafic de la région, précise la présidente sortante de la SHC, Dominique Marshall. Mais on demande à ce qu’il y ait des discussions sur le tracé. Ça demande des efforts et de l’argent, mais ça en vaut la peine. »

Demande similaire

La lettre des deux regroupements d’historiens a pour but d’appuyer une demande similaire envoyée en mars dernier à la ministre de la Culture par le groupe citoyen Patrimoine naturel et urbain de Montréal (PNUM).

Le PNUM a cependant appris le rejet de sa demande il y a deux semaines. Dans une lettre expliquant les raisons de ce refus, la sous-ministre de la Culture, Marie-Claude Champoux, écrit que le ministère reconnaît l’intérêt historique du site archéologique, mais ne juge pas que la ferme Le Ber est le lieu le plus « étroitement associé » à Jacques Le Ber.

Mme Champoux conclut en expliquant que « sur le plan archéologique, le site Jacques Le Ber présente un faible intérêt » et que « plusieurs zones du site présentent un degré de perturbation élevé ». « Le site présente un faible potentiel de découverte archéologique puisqu’il a fait l’objet d’une fouille complète », ajoute-t-elle.

Le site a effectivement été soumis à une étude de potentiel en 2013. Puis, l’automne dernier, Infrastructure Canada y a mené des fouilles archéologiques en prévision de la construction du nouveau pont Champlain. Dans une entrevue accordée au Magazine de l’Île-des-Soeurs en avril dernier, le directeur principal du nouveau pont pour Infrastructure Canada, Vincent Jarry, a affirmé que les artefacts trouvés ont été remis à la Ville de Montréal et que le rapport final détaillant les objets dénichés lors des fouilles serait dévoilé au cours des prochaines semaines.

Près de trois mois plus tard, il n’est toujours pas accessible. « Le rapport n’est pas encore publié, puisque des consultations additionnelles avec les intervenants sont nécessaires avant de le finaliser, a précisé lundi une porte-parole d’Infrastructure Canada. Nous demeurons engagés à le rendre public dès que possible. »

La nouvelle offensive de l’IHAF et la SHC fera-t-elle changer d’avis le ministère de la Culture ? « Je pense que cet appui va forcer la ministre David à changer son fusil d’épaule », croit le porte-parole du PNUM. « C’est l’accumulation de demandes qui va faire la différence », renchérit le coordonnateur de l’IHAF, Jean-François Cantin.

Du côté du ministère de la Culture, on explique cependant que deux demandes semblables seront vraisemblablement traitées de la même façon. « Si les raisons évoquées sont les mêmes, je ne pense pas que la décision va changer », a soutenu la porte-parole Anne Marcoux.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 29 juillet 2015 03 h 18

    Dans un siècle ou deux...

    "le site est d’une très grande richesse archéologique et historique... et témoigne... des premiers moments de la présence française en Amérique du Nord".
    Alors, avec la politique canadienne actuelle et les amis qu'elle entretient à Québec, c'est foutu.
    Et dans un ou deux siècles, peut-être moins, une équipe d'anthropologues et d'historiens nostalgiques" from Montreal" s'intéressera au processus d'effacement graduel de l'ancien peuple français du Canada.
    Elle sera financée par le "Canadian Ministry of Culture and History" et se penchera sur les derniers soubressauts d'agonie folklorique de sa langue française.
    Bien entendu, à moins que tout d'un coup on se réveille ???

    Vive le Québec libre (et vivant...) !