«Agora» sauvée?

«Agora» est composée d’une vingtaine d’édicules en béton.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Agora» est composée d’une vingtaine d’édicules en béton.

La Ville de Montréal a annulé l’appel d’offres destiné au réaménagement du square Viger, dont une des mesures vise la démolition de l’oeuvre Agora de Charles Daudelin.

Le maire Denis Coderre a confirmé, par le fait même, que l’objectif demeure inchangé, c’est-à-dire que la place publique devant le Centre de recherche du CHUM soit transformée en profondeur.

« La décision d’annuler l’appel d’offres public est une décision technique, qui nous évitera de négocier des amendements, car il n’est pas impossible qu’il y en ait puisqu’on travaille toujours au concept. Nous y travaillerons tant que nous ne serons pas totalement satisfaits », a exprimé M. Coderre par le biais de son attachée de presse, Catherine Maurice.

Ferrandez sceptique

S’agit-il d’une victoire de ceux qui appelaient à la sauvegarde de la sculpture en béton de Daudelin ? Le chef de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville, Luc Ferrandez, n’est pas prêt à répondre par l’affirmative.

« Ce que je dis, c’est que cette décision laissera du temps aux opposants de mieux se préparer. Peut-être que c’est une stratégie pour reculer un peu, on ne le sait pas, peut-être que c’est juste technique et qu’ils ne reculeront pas du tout. »

Dinu Bumbaru, membre du Comité de sauvegarde d’Agora, interprète la décision de la Ville très favorablement.

« Il y aura un autre appel d’offres, souhaitons qu’il fasse évoluer le dossier », estime le directeur des politiques à Héritage Montréal. Il s’attend à ce que l’équipe du maire en profite pour travailler le dossier plus en profondeur et en arriver à « un projet dont tout Montréal sera fier ». « C’est une sage décision », conclut-il.

Sans aller aussi loin, Luc Ferrandez estime que le mécontentement entendu depuis juin a porté ses fruits.

« Il y a eu un brasse-camarade pas possible avec des gens qui ne prennent pas la parole habituellement sur ces questions, comme les musées. Je crois que ça a marqué des points », dit le leader de Projet Montréal, qui avoue n’avoir aimé l’oeuvre de Daudelin que tout récemment.

« Avec la mobilisation, j’ai compris pourquoi elle était là. Ce serait triste de remplacer le béton par du gazon. On peut travailler sur bien d’autres points que sur la démolition de l’oeuvre. M. Coderre est en train de mesurer le prix politique d’aller de l’avant », analyse au bout du compte M. Ferrandez.

Rappelons qu’Agora est composée d’une vingtaine d’édicules en béton. Ce projet architectural fait partie d’un aménagement plus vaste créé au début des années 1980 et qui comprend la sculpture-fontaine Mastodo. Selon les plans dévoilés en juin, seule Mastodo survivait.

On s’attend à ce que l’administration municipale relance rapidement le processus de conception, puisque dans ses objectifs, le nouvel aménagement doit être prêt pour le 375e anniversaire de Montréal, en 2017.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 juillet 2015 01 h 34

    Le bal du 14 juillet s'y tenait

    Dans notre monde mercantille sauvé l'histoire est souvent un coup de force, quand nous y parvenons c'est en dénaturant l'histoire, combien de fois nous contentons-nous de facades et d'éléments, soyons sincere il ne reste rien du Carré Viger , que ce soit en terme de style et d'époques, nous nous sommes plutot contenté du prestige d'artistes a la mode de l'époque pour suppléer, en fait, est- ce que ca suffisait, n'y avait il pas au Carré viger, une fontaine , des allées, des bancs, un éclairage appropié, des petits rues etc , a la place on en a fait un aménagement en beton genre construction d'apres guerre, la fontaine c'est ce qu'a imaginé monsieur Daudelin je ne dirai pas que ce sont des choses laides, au contraire, mais tellement loin du Carré Viger que l'on a connu, si je ne me trompe le bal du 14 juillet s'y tenait

    • Pierre Cousineau - Abonné 16 juillet 2015 10 h 20

      Vision partagée.

      Je partage votre vision M. Paquette quand vous invoquez ce monde mercantile qui bouscule tout.

      J'aimerais cependant apporter une précision. Guy R. Legault qui fit carrière à la Ville de 1956 à 1986, publia en 2002, je crois, ''La ville qu'on a bâtie'', chez Liber.

      Dans ce livre, il explique comment fut choisi le tracé de l'autoroute Ville-Marie. Tout simplement, parce qu'il empruntait le lit d'une ancienne rivière asséchée, ce qui simplifiat les excavations et de plus, le bâti de l'époque avait conservé la linéarité de cette ancienne rivière.

      Fort malheureusement, cette autoroute en tranchée fit disparaître le carré Viger. Quand la Ville décida de la recouvrir en partie et de recréer l'ancien parc, C'est le projet Daudelin qui fut choisi.

  • Philippe Dubé - Abonné 16 juillet 2015 06 h 55

    sage décision Monsieur Coderre

    Montréal fait preuve de bon sens dans cette affaire alors que Québec a mis encore une fois ses gros sabots pour "régler" le cas de l'oeuvre de Raynauld "Dialogue avec l'histoire" qui s'est avéré une véritable fin de non-recevoir et même pire, un fait accompli.

  • Sylvain Dionne - Inscrit 16 juillet 2015 09 h 24

    Le rejeton de l'échangeur Turcot a 9 vies...

    Que dire de plus? Ça me décourage de voir que l'on sacrifie les places publiques qui pourraient être pleines de verdure au profit de manifestations de narcissisme qu'on se plaît à nommer de "l'art". Tel les habits invisibles du roi, est-ce qu'il y a un tabou de dire que cette oeuvre est une horreur digne des décors ténébreux dans certains films de Tim Burton (et puis finalement non, car les décors de M. Burton ont au moins une esthétique...)?

    Je n'y vois toujours qu'une ressemblance avec le plus laid des viaducs! Pourquoi imposer de force ces choses à tout le monde? Les musées sont là pour ça il me semble et oui, j'aime y aller pour ceux qui seraient tentés de me considérer inculte. Mais il y a tellement de béton et de bitume à Montréal que j'aimerais bien avoir la chance de respirer un peu plus dans des espaces verts.