La ministre David minimise, mais les artistes se disent frappés de plein fouet

La suppression de 2,5 millions que doit gérer le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) n’est pas qu’une mesure administrative, dénonce le milieu culturel. Elle touche les artistes, contrairement à ce que prétend le gouvernement.

La Mesure d’aide à la coproduction en arts de la scène et en arts médiatiques (quelque 700 000 $) est suspendue, alors que disparaît une enveloppe d’un demi-million de dollars en subventions destinées aux regroupements nationaux, parmi d’autres compressions. Le CALQ n’est pas le seul organisme touché, la SODEC, l’Observatoire de la culture (qui perd 490 000 $) et les Conseils régionaux de la culture le sont aussi.

« Depuis des années, le ministère de la Culture a fourni le double de l’effort financier que ce qu’on a demandé aux sociétés d’État. À un moment, il faut [leur] demander aussi un effort », dit la détentrice du portefeuille culturel, Hélène David. Plutôt que de s’alarmer, la ministre évoque les nouveaux plans d’action pour les créateurs, notamment celui du livre, doté de 12,5 millions.

Le Mouvement des arts et des lettres (MAL) dénonçait déjà, la veille de la fête nationale, la « coupe-surprise » imposée au CALQ, d’une ampleur « historique ». Lundi, c’était au tour du Conseil québécois du théâtre (CQT) de se porter à la défense des artistes et autres travailleurs culturels.

« Ces coupes frappent de plein fouet le soutien aux artistes professionnels. Elles s’ajoutent à d’autres tout aussi pernicieuses à la grandeur du territoire [...]. Elles auront des effets dévastateurs dans un ministère dont le budget est pourtant inférieur à 1 % de celui de l’État », accuse le CQT par voie de communiqué.

« Les chiffres, il faut faire attention, commente la ministre, parce qu’à travers le plan culturel numérique, on investit 3,5 millions au CALQ. Ce n’est pas un budget coupé, c’est un budget augmenté. Je tiens à le dire. Les efforts que nous demandons, ce sont des efforts, de 12,5 % c’est vrai, aux organisations de soutien. Mais c’est de l’administratif, uniquement. »

« C’est faux, archifaux, déplore Lorraine Hébert, de Québec Danse, un de ces organismes de soutien visés par les mesures dites administratives. S’il faut augmenter les tarifs de locations de salles de répétition, les artistes paient plus. S’il faut réduire le soutien à l’entraînement, les artistes doivent l’assumer. »

La directrice générale du regroupement de la danse aimerait rencontrer la ministre David pour lui « faire comprendre le rôle dans l’écologie des créateurs » des organismes de soutien. Aucune date n’a été fixée.

Lorraine Hébert s’attriste aussi de la suspension de la Mesure d’aide à la coproduction, une fenêtre complémentaire du Programme d’aide à la diffusion internationale, lui, maintenu. « La Mesure augmentait le budget de création, ça permettait d’augmenter le nombre de représentations et donc les cachets des artistes », dit-elle, rappelant que, depuis 2011, treize compagnies se sont partagé 490 000 $.

Les suppressions appliquées au CALQ s’ajoutent à celles dictées en mai aux conseils régionaux de culture, comme Culture Montréal qui doit faire face à une baisse de 15 % de son budget, soit environ 50 000 $. « C’est une grosse coupe », assure Marie-Claude Lépine, directrice des communications, qui n’a pas voulu confirmer le montant. Les activités de Culture Montréal, note-t-elle, offrent aux artistes de faire entendre leurs revendications.

« On ne donne pas de subventions, mais on aide l’artiste qui a la difficulté à obtenir du financement », dit celle qui déplore que les nouvelles coupes s’inscrivent dans une stratégie plus générale. « [Par exemple], on demande aux sociétés d’État de réduire leurs commandites, explique Marie-Claude Lépine. Tout ça fait boule de neige. »

6 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 30 juin 2015 07 h 22

    Société humaine ou entreprise privée?

    « Depuis des années, le ministère de la Culture a fourni le double de l’effort financier que ce qu’on a demandé aux sociétés d’État. À un moment, il faut [leur] demander aussi un effort », (Hélène David)

    Les mots utilisés sont très révélateurs de la façon dont ce gouvernement conçoit son rôle.

    Il se comporte comme un père de famille.

    C'est comme s' il se considérait comme ayant fait des cadeaux aux artistes. Madame David laisse entendre que le gouvernement aurait été très généreux dans le passé et que les artistes devraient être reconnaissants en acceptant de faire «un effort» eux aussi, comme tous les autres.

    Et ce n'est pas une demande qui leur est faite, contrairement à ce que dit la ministre, mais bien plutôt une décision qui leur est imposée.

    C' est comme si l'argent dont il dispose ce gouvernement pouvait en disposer comme il l'entend. Il agit comme si cet argent lui appartenait et il laisse entendre que nous les citoyens nous devrions accepter les décisions qu'il prend sans rouspéter comme de bons enfants respectueux de l'autorité.

    C'est comme s'il n'était pas de sa responsabilité de voir à ce que les arts se développent le plus possible en fournissant aux artistes les moyens dont ils ont besoin, c'est comme si c'était des faveurs qu' il ferait aux artistes voire même des privilèges qu'il leur consentirait.

    C'est comme si à leurs yeux les artistes ne travaillaient que pour eux-mêmes et non pas à l'avantage de toute la société dont ils font partie.

    Bref, le gouvernement Couillard, à mes yeux, se comporte comme si les gens qui en font partie ne faisaient pas partie de la société dont il a la responsabilité de voir à son développement.

    Ils se comportent comme si la société québécoise était l'équivalent d'une entre prise privée. Tout ce qui compte pour eux ce sont les bénéfices financiers dont ils peuvent en tirer et nous les citoyens nous ne serions à leurs yeux que de simples employés à leur service.

    J'exagère? Pas sûr.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 juillet 2015 07 h 51

      Vous reprochez à la fois au gouvernement de se comporter en père de famille... et de ne pas prendre ses responsabilités à l'endroit des citoyens. Ils ont été élus pour gérer les fonds publics. C'est ce qu'ils font. Sur ce sujet comme sur tous les autres, on peut bien leur faire ce péquiste procès d'intentions qui est d'une telle généralité qu'il semble toujours pertinent, même quand il ne dit rien de précis sur ce dont il est question. Cela tient en forme en attendant les prochaines élections.

      En marge de ce bavardage partisan, les enjeux réels. Le problème, ce n'est pas que le gouvernement coupe ici ou là, si tant est qu'on lui accorde par provision qu'il soit légitimé de le faire, mais qu'il tend à présenter comme des mesures administratives ce qui a nécessairement une portée politique. Parce que l'argent, il est là pour instrumenter les décisions et les orientations prises par le législateur. Quand on le coupe, à moins qu'il n'ait été dépensé inefficacement jusque là (cela existe encore un peu, vous savez...), ce sont ces orientations et ces décisions qu'on compromet.

      Le principal reproche qu'on peut donc faire au gouvernement du Québec, c'est d'essayer de se comporter comme une simple administration soumise aux diktats tantôt de la finance, tantôt de l'opinion. Il ne faut pas le laisser faire. Dans le cas du CALQ, une fois qu'on s'est trémoussé dans le fond de la poêle, il faut demander à la ministre de rendre politiquement raison de ses décisions... ce qui suppose aussi qu'on soit disposé à évaluer les réponses à leur mérite plutôt qu'à l'aune de ses parti-pris partisans.

      J'aimerais penser que les critiques du gouvernement ont vraiment tant à coeur la cause des artistes et qu'ils n'ont pas simplement trouvé une autre occasion d'exprimer leur vindicte sans trop s'embarasser de détails qui n'en sont pas, pour les créateurs... à condition qu'on se donne la peine d'y regarder d'un peu près.

  • Serge Bouchard - Abonné 30 juin 2015 08 h 47

    Même discours

    C'est le même discours que celui servi en éducation: les coupes ne touchent pas les services aux élèves, il ne s'agit que de dégraissage administratif...

  • Gilles Théberge - Abonné 30 juin 2015 11 h 10

    Position inconfortable

    Cette ministre qui a déjà le désavantage d'être la soeur de l'autre est quoi qu'il advienne dans une position inconfortable.

    C'est pas facile de tenir une position absurde qui consiste à couper les fonds ne prétendant que ça ne change rien.

    En fait c'est absurde et le milieu concerné peut facilement faire la peuve que même le niant, il est évident que quand on ne mange pas, on maigrit. Et qu'à la fin, on meurt.

    Je suis quasiment certain qu'elle commence à avoir un sommeil agité. Et peut-être qu'elle se demande pendant combien de temps elle pourra tenir dans l'absurdité des politiques d'austérité du gouvernement qui lui procure sa limousine.

  • Jacques Gagnon - Abonné 30 juin 2015 12 h 58

    + -

    Les Libéraux confondent les signes + et -. Pour eux soustraire des fonds signifie augmenter l'aide. En fait ce qu'ils disent sans cesse, c'est : «regardez, vous aviez de l'argent pendant toutes ces années et vous ne le saviez pas, on vous coupe pour votre bien, pour vous ouvrir les yeux.». Comme en mathématiques si on multiplie les moins (-) entre eux, on arrive à plus (+). Merci madame David.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 juillet 2015 10 h 08

    … épicé et indécent … !

    « Mais c’est de l’administratif, uniquement. » (Hélène David, ministre de la Culture, PLQ)

    Oui, en effet, un « administratif » comme musclé, corsé ou …

    … épicé et indécent … ! - 1 juillet 2015 -