La Fête nationale en péril

À Montréal, c’est le comité de la Fête nationale qui organise le traditionnel défilé et le spectacle.
Photo: Jean-François Leblanc Le Devoir À Montréal, c’est le comité de la Fête nationale qui organise le traditionnel défilé et le spectacle.

La tenue de la Fête nationale telle qu’on la connaît est compromise pour l’an prochain. C’est ce que laisse entendre, dans une lettre signée par 181 personnalités qui paraît dans Le Devoir de ce mardi, le Mouvement national des Québécois, qui organise les festivités à l’échelle du Québec.

Le Mouvement a subi cette année une réduction de 20 % de son budget, qui est passé d’une prévision de 4,4 millions à 3,6 millions de dollars. S’il a su compenser une partie du manque à gagner avec ses réserves de quelque 300 000 $, il pourrait ne plus y arriver l’an prochain, a expliqué au Devoir le directeur général du MNQ, Gilles Grondin.

Pour maintenir une fête nationale digne de ce nom, il faut qu’il y ait « une envie collective de participer à quelque chose qui nous ressemble à la grandeur du Québec », dit-il. « Les noms qui sont derrière la signature montrent qu’on ratisse large, qu’on ratisse dans tous les milieux », ajoute M. Grondin. Les signatures regroupent en effet de nombreux maires, représentants des milieux des affaires, des milieux syndicaux et du monde artistique.

On a récolté 181 noms donc, parce que c’est le 181e anniversaire de la fête qui a vu le jour en 1834, dans la région de Montréal. Ce sont les proches des Patriotes, aux côtés des Ludger Duvernay et Louis-Joseph Papineau, qui ont ouvert le bal. Ils organisaient alors de grandes tablées fraternelles, auxquelles tous étaient conviés. « La Saint-Patrick date aussi à peu près de ces années où les gens se regroupaient par ethnies », dit M. Grondin.

La Saint-Jean-Baptiste, devenue fête des Canadiens français, sous l’impulsion du groupe « Aide-toi et le ciel t’aidera », l’ancêtre de l’actuelle Société Saint-Jean Baptiste, est alors fêtée par les francophones jusqu’en Nouvelle-Angleterre.

« Mais depuis le Moyen Âge, on célèbre le solstice d’été. Cela se célébrait en Nouvelle-France par les colons, avant 1834, avec des feux de joie », ajoute M. Grondin.

Pas de nouveaux projets

Le budget de 3,6 millions, dégagé par le gouvernement du Québec, dont le Mouvement national des Québécois a bénéficié cette année, est l’équivalent du budget de 2006-2007. « Nous avions l’idée de faire de nouveaux projets cette année, alors évidemment, ça ne s’est pas fait », dit-il.

À Montréal, c’est le comité de la Fête nationale qui organise le traditionnel défilé et le spectacle, qui aura lieu cette année dans le Quartier des spectacles, précisément pour réduire les frais. Le comité a en effet dû composer avec des compressions de 100 000 $ dans la commandite de Loto-Québec, à laquelle s’ajoutera une autre réduction de 100 000 $ l’an prochain.

Et le Mouvement national des Québécois peine à rassembler des commanditaires dans le secteur des affaires du Québec. Il a tenté d’obtenir des commandites pour produire un cahier spécial, et a cherché le soutien du mouvement bancaire, du monde de l’automobile, des grandes chaînes d’épicerie. « Personne n’a embarqué », dit M. Grondin.

Au même moment, les coûts de production des spectacles, qui sont très majoritairement gratuits, augmentent. Et l’organisation des fêtes doit faire concurrence à la panoplie de festivals qui déferle sur le Québec tout l’été, avec force moyens et grosses pointures.

En plus du spectacle organisé sur les plaines d’Abraham à Québec, le Mouvement national des Québécois coordonne les activités de quelque 700 fêtes locales.

Célébrée depuis plus de cent ans au Canada français, la Saint-Jean-Baptiste est devenue officiellement Fête nationale des Québécois en 1977, par un arrêté ministériel du gouvernement péquiste de René Lévesque. Elle vise désormais à réunir tous les Québécois.

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 16 juin 2015 03 h 06

    Le 24 juin prochain, le Canada...

    Il n'y a pas si longtemps, pour fêter, nous n'avions pas besoin de tout cet argent public dépensé.
    On sortait dehors sur la rue, installait un système de son et le party commençait.
    Les coupures annoncées sont honteuses mais collectivement, nous avons décidé de porter à notre tête un gouvernement qui veut réduire le Québec à n'être qu'une Belle Province. Ne votons-nous pas pour des gens qui en guise d'horizon, ne voient que celui d'une notre régression sociale canadienne ?
    Pour le Premier juillet prochain, notre gouvernement à Québec accompagne le Canada dans sa préparation à fêter la mort programmée et l'agonie progressive de notre entité québécoise séculaire.
    Faisons donc mentir leur estimation de réjouissance...
    Et comme hier à Balconville et ailleurs, prenons d'assaut nos quartiers et campagnes pour montrer que nous nous souvenons bien de quoi nous sommes faits. Et que ce n'est pas l'argent de quelques subventions que ce soit qui nous déterminent comme Québécois.
    Et si, comme hier et pour le prochain 24 juin, nous nous disions simplement les uns aux autres : Va jouer dehors ! ?
    Manière de montrer à tous les Canadiens que Québécois, nous ne sommes pas encore tout à fait des zombies pour autant...
    Ou pour reprendre les mots de Félix, "des morts qui marchent".

    Vive le Québec libre !

  • Hélène Gervais - Abonnée 16 juin 2015 07 h 50

    Pourquoi faire un défilé?

    Peut-être que juste une belle grande fête avec feu de joie et spectacles serait suffisant, tout en conservant les fêtes de quartier.

    • Lise Bélanger - Abonnée 16 juin 2015 09 h 48

      Dans les fêtes de quartier du 24 juin, on demandait aux gens de fêter la fête de leur propre origine, italienne, grecque etc... et d'ignorer totalement leur appartenance au peuple québécois.

      On leur demandait de fêter une fête nationale étrangère au Québec et d'ignorer la leur.

      Au nom du muticulturalisme, du : je respecte la culture de l'autre, on se bafoue soi-même, on renie notre propre existence collective.

      C'est ça aussi le multiculturalisme: renier ou ne pas s'impliquer culturellement dans sa nouvelle nationalité ou peuple pour le Québec.

      Le 24 juin, si il y a fête de quartier, j'espère que ce sera pour fêter notre drapeau, notre existence, la fête nationale de tous ceux qui résident au Québec.

      Le 24 juin, c'est la fête des québécois. Aussi au niveau des fêtes de quartier.

      Ce n'est pas le moment de fêter les autres nationalités. Pas ce jour là. C'est notre fête à tous et dans tous les quartiers dans tout le Québec.

  • Pierre Valois - Abonné 16 juin 2015 07 h 52

    Les leçons d'histoire du PM

    Tout récemment le PM Couillard nous rappellait à la mémoire les réalisations du tandem Macdonald-Cartier. Il aurait pu choisir Papineau-Nelson. Non, il a choisi d'une part un anglophone qui a n'a jamais rien fait pour les francophones au pays, et de l'autre un francophone qui a renié ses engagements politiques de 1837-1838.

    Puisqu'il aime bien les tandems, je lui dirai que nous nous souviendrons de lui comme du tandem Couillard-Saoud. Oui Couillard-Saoud, pour son engagement à lui, auprès d'un régime qui ne respecte pas les droits de l'homme et d'un monarque absolu d'Arabie Saoudite chez qui il est allé, pour une grosse poignée de dollars, faire des travaux de médecine

    Il aime les comparaisons? Il aime l'histoire?

    Rappelons lui qu'en 1936, un de ses confrères de profession, le québécois Dr Norman Béthune, de son côté, à choisi de se ranger du côté des combattants républicains espagnols pour les aider dans leur lutte contre un absolutiste, le général Franco.
    autre.

    Quand on veut donner nous donner des leçons d'histoire il faut d'abord bien connaître et bien comprendre la sienne.

    Deux médecins et deux façons de servir l'histoire, dont l'uune est marquée par un engagment démocratique et l'autre...et bien nous laisonns les lecteurs la nommer...

    • Louis Fallu - Abonné 16 juin 2015 08 h 58

      Excellent texte. Merci infiniment.

    • Robert Beauchamp - Abonné 16 juin 2015 12 h 35

      Je ne peux résister à signaler que le Dr Béthune insistait pour que son nom soit prononcé à la française, parce que son nom origine d'une cité située dans la région du Pas-de-Calais: Béthune. Il faudra sans doute corriger et ajouter un accent sur son nom qui apparaît sur la statue érigée en son honneur située sur de Maisonneuve coin Jeanne-Mance. Les balayeurs québécois qui devront être bilingues pourront-ils toujours prononcer leurs noms à la française M. Couillard?

  • Bernard Colagrosso - Inscrit 16 juin 2015 08 h 31

    Triste à pleurer

    Un Peuple qui se sent indigne de fêter sa fête Nationale est un Peuple sur le bord de l'extinction.

    Pourtant, en 2017 l'argent sera inmanquablement au rendez-vous pour le 375e anniveraire de Montréal, qui sera organisé par les forces fédéralistes du Canada avec la famille Desmarais en tête.

    On essaiera sûrement de nous faire croire que Montréal a été fondé par des Loyalistes.

    • Pierre Fortin - Abonné 16 juin 2015 11 h 40

      Comme Stephen Harper a essayé de nous faire croire en 2008 que Champlain était le premier Gouverneur du Canada!
      C'est indéniable qu'il était alors au service de la Couronne d'Angleterre!

  • Lise Bélanger - Abonnée 16 juin 2015 08 h 49

    Pas de soutien du mouvement bancaire ni de grandes épiceries ou monde de l'automobile.

    Quand les libéraux sont au pouvoir ou on montre son vrai visage (mépris ou indifférence au peuple québécois) ou on a peur de montrer ses allégeances indépendantistes.

    La mafia, ça fait peur à l'économie, affaires, à la culture. L'argent n'a pas d'odeur.

    C'est que M. Couillard a besoin de ce 20% pour augmenter la masse immigrante, qui maintenant, fait reconnu, augmente le déficit du Québec et la désafection à notre culture au profit d'une culture pan-canadienne anglaise

    M.Couillard combat deux choses: l'économie du Québec et l'existence d'une culture québécoise.

    La fibre nationaliste de M.Couillard: il ne faut pas oublier que les français venus s'établir au Québec après la 2ième guerre mondiale ne se considéraient pas du tout québécois mais canadiens et méprisaient le joual et souvent notre culture.

    La mère de M.Couillard que l'on dit d'origine française, n'est donc aucunement une garantie à une sensibilité de M. Couillard pour la survie culturelle et linguistique du peuple Québecois.

    Il me fait penser à P.E.T. avec sa maman d'origine écossaise. P.E.T disait le peuple québécois sans talent et que l'indépendance n'améliorerait pas les choses. Donc, vaut mieux être canadien.

    Nous sommes un peuple méprisé.

    Ceci étant dit, on peut fort bien être d'origine autre que québécoise et avoir une grande sensibilité la culture de son pays, le Québec. Et ça, malheureusement, pas assez souvent.

    Il faut que les immigrants se sentent partie à notre culture et cela se fait essentiellement par les institutions d'enseignements et aussi par la Fête nationale.

    Pas tannés de vous faire mépriser en tant que québécois de souche, comme on nous nommes en milieu allophone.

    Enterrons la fête du 1er juillet, elle est une insulte à notre culture et à notre passé et présent.

    Fêtons le 24 juin en grand avec enthousiasme et obligeons le respect de notre drapeau.

    Mettons