Souriez, vous êtes traqués

Une scène tirée du documentaire interactif «Traque interdite».
Photo: Brett Gaylor Une scène tirée du documentaire interactif «Traque interdite».

Dès que vous ouvrez votre ordinateur, en vous levant le matin, des centaines d’informations personnelles qui vous concernent s’envolent vers différents sites qui pourraient les exploiter, en commençant par l’endroit où vous habitez. Tout le long de la journée, le contenu de vos échanges Facebook ou Twitter, vos recherches d’informations sur des sites comme Google ou encore vos transactions en ligne seront également récoltés pour un éventuel usage.

C’est ce que montre l’équipe de Traque interdite, une série documentaire Web dont les deux premiers épisodes sont déjà en ligne, à traqueinterdite.ca. Après avoir travaillé durant de nombreuses années en plein coeur du développement d’Internet, entre autres pour Mozilla, le réalisateur Brett Gaylor a senti que ce formidable outil, qui aurait pu décupler le pouvoir citoyen, était récupéré par les entreprises, entre autres dans le domaine de la publicité. Il s’est alors donné comme mission de dévoiler cet état de fait. La série Traque interdite vous propose même de mesurer vous-même le phénomène en prêtant votre courriel à l’équipe pour qu’elle puisse dépister de quelle traque vous êtes l’objet.

Témoins de connection

Le premier épisode de Traque interdite démontre comment, dès l’ouverture d’un site d’informations par exemple, une série de témoins de connection (cookies) installés sur votre ordinateur par l’entremise de différents sites vous mettent dans la mire des traqueurs, qui suivront ensuite vos déplacements d’un site à un autre.

Le tout est parfaitement légal pour l’instant, bien que les législations à l’égard d’Internet varient d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, la Cour fédérale a rendu un jugement dans l’affaire Double Click stipulant que de grandes compagnies comme Google ou Apple avaient le droit de fournir des renseignements tirés sur le Web à un tiers, comme il est légal de faire écouter une conversation téléphonique à un ami. Souriez, vous êtes traqués…

Portraits-robots

Déjà les publicitaires se font concurrence pour cibler les publics en tentant de dégager des tendances des données récoltées sur Internet. Les portraits-robots ainsi tirés ont parfois des allures loufoques. Ainsi, Sandra Rodriguez, docteure en sociologie des technologies médiatiques, qui a participé à la série Web, racontait hier que l’analyse de données a démontré que les usagers consultant des publicités de frites en spirale avaient un quotient intellectuel supérieur à ceux consultant des sites de motos. Plus sérieusement, les données indiquent également que les utilisateurs d’ordinateurs Macintosh auraient plus de revenus que ceux utilisant un PC. Certaines entreprises auraient déjà tenté de hausser leurs prix lorsqu’elles font affaire à un utilisateur de Macintosh…

Mais la circulation des données sur le Web ne sert pas qu’à des fins publicitaires. À Toronto, une chercheuse a par exemple réussi à faire établir un protocole de prévention des décès de bébés prématurés par infection en analysant les données récoltées auprès des bébés hospitalisés.

Où finira cette traque des usagers du Web qui se déroule largement à notre insu ? On l’ignore encore pour l’instant. En attendant que des citoyens se mobilisent pour obtenir une loi encadrant le phénomène, certains usagers choisissent simplement de se retirer de certains sites, comme Facebook ou Twitter.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 avril 2015 07 h 45

    Un vieux grincheux

    À chaque matin, j'ouvre ma i-tablette et je lis Le Devoir. Gageons que le SCRS ma classe dans la colonne des "vieux grincheux dangereux"; quant à la Chambre de Commerce, je dois tomber dans la catégorie des "irrécupérables".
    "Libre de penser"; et tiens-toi!

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 15 avril 2015 12 h 10

      Il ne faut pas banaliser M. Dugal, la problématique est bien là.

      Si ça ne vous dérange pas qu'on sache tout de vous, donnez-moi accès à votre boîte de courriels, j'aimerais bien ça moi aussi faire de l'argent en vendant vos informations personelles.