Un établissement muséal inscrit au coeur de sa collectivité

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Frederick Simpson Coburn, Non titré, 1892, fusain sur papier, Collection Newlands Coburn. Photographie Réal Bergeron.
Photo: Courtoisie Musée des beaux-arts de Sherbrooke Frederick Simpson Coburn, Non titré, 1892, fusain sur papier, Collection Newlands Coburn. Photographie Réal Bergeron.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Il s’agit de parler avec la directrice du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Cécile Gélinas, pour se convaincre que cet établissement muséal des Cantons-de-l’Est est inscrit au coeur de sa collectivité. Découverte d’un musée qui allie art, éducation et collection.

« Notre mission est de faire la promotion et la conservation du patrimoine artistique des Cantons-de-l’Est. Il est d’ailleurs très riche, ce patrimoine. Depuis le XIXe siècle, cette région est un repère  pour beaucoup d’artistes d’ici et d’ailleurs », note Cécile Gélinas, qui rappelle au passage que le territoire dont elle parle est celui des Cantons-de-l’Est dit « historique », qui s’étend de la rivière Chaudière à la rivière Richelieu. Et les artistes de grande réputation issus de cette région, dit-elle, sont nombreux, comme Armand Vaillancourt, Charles Daudelin ou encore Michel Goulet. « Michel Goulet a été élevé à 200 pas de notre musée ! »

Fondé en 1982 par un groupe d’amateurs d’art, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke est le principal acteur sur le plan de la conservation et de la diffusion des arts visuels dans les Cantons-de-l’Est. Comptant trois salles, il présente une dizaine d’expositions par année. Il occupe d’ailleurs, depuis 1996, un édifice historique datant du XIXe siècle, soit l’ancien siège social de l’Eastern Townships Bank, situé au centre-ville de Sherbrooke. Un édifice qui a donc troqué la conservation des billets de banque contre celle des oeuvres. Et la collection du Musée est riche de 5200 oeuvres des XIXe, XXe et XXIe siècles produites par 920 artistes, dont 60 % sont originaires des Cantons-de-l’Est, les autres étant canadiens ou américains. Sculptures, photographies, peintures, bref, « tous les médias sont représentés dans notre collection », assure Cécile Gélinas, qui tenait à mentionner une collection toute particulière, soit celle de l’artiste peintre Frederick Simpson Coburn (1871-1960), natif de Melbourne, toujours dans les Cantons-de-l’Est.

Des nus

Une collection qui compte quelque 700 oeuvres de l’artiste, dont son fonds d’atelier, qui a été remis au Musée par sa famille, dans les années 1990. « Quand on parle du fonds d’atelier, ça veut dire que nous avons ses dessins, ses croquis, ses tubes, ses pinceaux, ses chevalets et ses carnets. Coburn a été célèbre pour ses magnifiques scènes d’hiver et ses travaux illustrant les bûcherons. Il a bien vécu. Il a beaucoup vendu. Et nous avons aussi un volet d’oeuvres plus méconnues, soit du portraitiste qu’il était. Il était, vous savez, un grand portraitiste. Nous avons des nus, entre autres », souligne la directrice de ce Musée, qui est ouvert à l’année et emploie sept personnes.

Des salons

On notera également que le Musée organise, depuis quelques années, le Salon du printemps des artistes des Cantons-de-l’Est. « Nous y invitons une vingtaine d’artistes de la région. Et, toutes les fois, on se demande si on a fait le tour de tous les artistes. Eh bien non, on en découvre tout le temps. C’est extraordinaire ! Et je peux vous dire que, du moment qu’un artiste est invité, il devient un ami du Musée. On sent que cette initiative les touche puisque ça les fait connaître », fait valoir Mme Gélinas, qui souligne que ces activités « créent un sentiment d’appartenance avec le Musée ».

Des élèves

Justement, dans le cadre de cette approche qui vise à créer des liens avec son milieu, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke mise sur l’éducation des jeunes, du niveau primaire au postsecondaire, avec une programmation variée et des visites adaptées aux clientèles scolaires. Chaque visite peut être complétée par un atelier conçu en fonction des expositions temporaires en cours, ce qui favorise ainsi la découverte. « L’éducation est une priorité pour nous. Du moment qu’un professeur met les pieds dans notre Musée, il y revient tout le temps. On fait d’ailleurs affaire avec les représentants culturels de la Commission scolaire [de la Région-de-Sherbrooke]. Les élèves apprennent tellement ici. Ils découvrent des choses. On leur donne l’occasion de s’initier à l’art avec de vraies oeuvres. On les fait travailler en atelier avec du vrai matériel d’artiste. » Plus encore, dit-elle, « il y a des écoles qui achètent des memberships du Musée à leurs élèves. C’est tout de même important comme initiative. Cela permet de maintenir un lien avec les élèves qui viennent ici n’importe quand. »

Et qui dit membership dit financement. « En effet, le financement du Musée, c’est un enjeu. C’est difficile, mais le Musée tout comme sa fondation organisent des activités de financement », note Mme Gélinas, rappelant que le plus récent encan d’oeuvres d’art, qui porte le nom de Salon des beaux-arts, a recueilli 86 500 $. « C’était la vingt-huitième édition ! »

Et des… estampes

Et qui passe au Musée ces jours-ci aura l’occasion de voir l’exposition Estampes inuits… Inspiration japonaise. « Cette exposition itinérante est organisée en collaboration avec le Musée canadien de l’histoire. D’ailleurs, depuis que le Musée existe, nous avons très peu exposé de l’art inuit. C’est une découverte pour notre clientèle, qui semble beaucoup l’apprécier », remarque Mme Gélinas.