Le milieu de l’art est inquiet des impacts de la décision de Loto-Québec

Une photo de l’exposition La collection... selon les impatients, qui s’était installée à l’espace Création Loto-Québec. Depuis 35 ans, la société d’État a acheté plus de 4900 œuvres réalisées par plus de 1200 artistes.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Une photo de l’exposition La collection... selon les impatients, qui s’était installée à l’espace Création Loto-Québec. Depuis 35 ans, la société d’État a acheté plus de 4900 œuvres réalisées par plus de 1200 artistes.

La décision de Loto-Québec de suspendre l’achat d’oeuvres d’art pour un an aura un effet majeur sur le marché de l’art québécois, tant pour les galeristes que pour les artistes.

C’est ce que déplorait jeudi la présidente de l’Association des galeries d’art contemporain du Québec, Émilie Grandmont-Bérubé. Plus tôt cette semaine, Radio-Canada annonçait que la société d’État avait décidé de suspendre la politique selon laquelle elle consacrait depuis 35 ans 0,01 % de ses revenus à l’achat d’oeuvres d’art québécoises.

L’an dernier, Loto-Québec avait ainsi dépensé 350 000 $ en achats d’oeuvres d’artistes d’ici. La politique d’achat de Loto-Québec complétait d’ailleurs celle d’Hydro-Québec, poursuit Mme Grandmont-Bérubé. La première investissait en effet davantage dans les oeuvres d’artistes émergents, tandis qu’Hydro-Québec se tourne plutôt, de façon générale, vers des oeuvres d’artistes établis.

Depuis 35 ans, Loto-Québec a acheté plus de 4900 oeuvres réalisées par plus de 1200 artistes.

La décision prise par la société d’État survient dans un contexte douloureux pour la communauté québécoise d’arts visuels. En effet, depuis déjà quelques années, le budget de la collection Prêt d’oeuvres d’art, gérée par le Musée des beaux-arts du Québec, est passé de 250 000 $ à 75 000 $, précise Mme Grandmont Bérubé.

La collection Prêt d’oeuvres d’art du Musée a précisément été créée en 1982 pour encourager les artistes québécois. On achète des oeuvres pour ensuite les louer à différents établissements publics. Quatre-vingts pour cent des oeuvres de cette collection sont achetées dans les galeries d’art.

Chez Loto-Québec, on veut profiter de cette « pause » dans l’acquisition d’oeuvres d’art pour réfléchir au « rôle » et à la « responsabilité » de la collection, soutient la directrice adjointe des relations avec les médias, Marie-Claude Rivet. Présentement, les 4900 tableaux de la collection sont exposés dans les bureaux et édifices de Loto-Québec. Des expositions circulent aussi à travers le Québec, comme le fait présentement l’exposition Territoires imaginés, qui était à l’affiche au Centre national d’exposition du Saguenay il y a deux semaines et qui sera au Musée du Bas-Saint-Laurent en juin. Cette collection d’entreprises, l’une des plus importantes au Canada, prête également ses oeuvres à des établissements de santé, et à l’occasion de diverses expositions particulières.

« À Loto-Québec, poursuit M. Rivet, chaque employé a le privilège d’avoir au moins une oeuvre dans son bureau. » La société d’État entend toujours faire en sorte que les oeuvres québécoises de sa collection « soient vues le plus possible », dit-elle.