150 journalistes ont été mobilisés pour décrypter le «SwissLeaks»

Une clé USB remise par un informateur et des centaines de milliers de données à déchiffrer : « submergé » par ce flot, le journal français Le Monde a collaboré avec un réseau mondial de quelque 150 journalistes par l’entremise d’un « forum crypté » pour percer à jour le système d’évasion fiscale orchestré par la filiale suisse de HSBC.

Ce scandale a fait la manchette lundi en France. Plusieurs journaux ont affirmé que la filiale suisse de la banque HSBC avait aidé certains de ses clients, notamment de riches industriels et des personnalités politiques, à cacher des milliards de dollars pour leur éviter de payer des impôts.

Tout a commencé il y a un peu plus d’un an. Le Monde avait publié en janvier 2014 une première enquête sur cette banque et de possibles comptes en Suisse détenus par des Français, réalisée par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux de ses journalistes d’investigation.

« Quelques jours plus tard, une personne se présentait à l’accueil du journal. Cette source, dont nous protégeons l’anonymat, nous remit une clé USB », explique Le Monde lundi sur son site.

Elle « nous a dit qu’elle appréciait le travail du Monde » et « qu’elle souhaitait nous donner un coup de main », ont précisé Gérard Davet et Fabrice Lhomme sur France Inter.

La clé USB contient « l’ensemble des clients de HSBC de fin 2006 à mars 2007, des clients de toute la planète, plus de 100 000 noms de personnes physiques et morales ». Ainsi que des échanges internes à la banque.

« Tout ça faisait une masse colossale. On a essayé de les exploiter seuls, mais on était submergés », raconte Fabrice Lhomme à l’AFP.

« Un soir, on a imprimé les fichiers. L’imprimante a explosé. On cumulait les centaines de pages. »

Ils décident alors au printemps de faire appel au Consortium des journalistes d’investigation (ICIJ) à Washington, pour partager les informations avec d’autres médias étrangers, tout en gardant un « contrôle éditorial » sur l’enquête. Ils souhaitent notamment ne divulguer, parmi les fraudeurs présumés, que « les noms d’intérêt public » après avoir contacté les personnes concernées.

Échanges sur un forum crypté

C’est alors que 154 journalistes de 47 pays et 55 médias — dont le Guardian au Royaume-Uni ou le Süddeutsche Zeitung en Allemagne — sont mobilisés. En septembre, Le Monde, où une demi-douzaine de journalistes travaillent également sur l’affaire, reçoit une quarantaine d’entre eux à son siège. Une réunion de neuf heures qui donne « un coup d’accélérateur » aux investigations, selon Fabrice Lhomme.

Il y « avait aussi un forum crypté sur lequel des informations étaient échangées par tous les journalistes partenaires », ajoute-t-il.

Suivront plusieurs allers-retours aux États-Unis pour échanger des informations avec l’ICIJ « parce qu’il y avait des choses qu’on ne pouvait pas faire par téléphone crypté ou par courriel protégé. C’était trop chaud ».

Les informations sont recoupées à l’aide d’informateurs dans les milieux judiciaires et fiscaux.

« On a mis un soin maniaque à tout vérifier plusieurs fois, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de manipulations », dit Fabrice Lhomme. « On a été beaucoup plus loin et beaucoup plus vite que la justice. On a récupéré des éléments que ni la justice ni le fisc n’ont en leur possession. Ça montre bien ce que doit être l’investigation. Elle est mondiale, elle n’a pas de frontières et, surtout, elle est journalistique. »

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 10 février 2015 07 h 57

    Les généreux donateurs

    Comment les "généreux donateurs" vont-ils s'en sortir, cette fois-ci?
    Messieurs les ministres des finances et du Trésor, êtes-vous à l'écoute?
    Négatif, mon colonel.

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 février 2015 10 h 38

      Ils von très bien s'en sortir, monsieur Dugal, car nos gouverneements ne font à peu près rien de ces données... La divulgation volontaire, bien sûr.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 février 2015 18 h 29

      Nous savons très bien que ce sont les pauvres, nous en fait, qui payons la note, cela parce que les pouvoirs politiques refusent de faire ce qui devrait être fait.

      Ce qui devrait être fait c'est fermer les paradis fiscaux, dont Londres lui-même est le plus important selon ce que j'ai lu sur Le Monde.

      Et quand un premier ministre comme Couillard lui-même a placé son argent dans un paradis fiscal, comment voulez-vous que l'on ait confiance dans son intention de récupérer les sommes cachées dans d'autres paradis fiscaux tels celui qu'il a lui-même utilisé?

  • André Michaud - Inscrit 10 février 2015 10 h 07

    Mieux que Wikileak ?

    Espérons que nous aurons des infos plus pertinentes que les ragots inutiles de Wikileak ..