«Magna Carta»: les quatre exemplaires réunis

Ils sont 1215 chanceux à avoir été tirés au sort pour voir de leurs propres yeux les quatre exemplaires de la Magna Carta regroupés à la British Library.
Photo: Leon Neal Agence France-Presse Ils sont 1215 chanceux à avoir été tirés au sort pour voir de leurs propres yeux les quatre exemplaires de la Magna Carta regroupés à la British Library.

Les quatre derniers exemplaires originaux connus de la « Magna Carta » étaient réunis pour la première fois lundi à Londres, à l’occasion du lancement des célébrations des 800 ans de ce texte fondateur de la démocratie et du droit constitutionnel modernes.

Anthony Clarke, juge à la Cour suprême britannique, fait partie de ceux qui pensent que le document revêt une importance toute particulière de nos jours. Au moment où les gouvernements occidentaux cherchent un équilibre entre la nécessité d’assurer la sécurité des citoyens et le respect des droits individuels, de la primauté du droit et de la justice.

La « Grande Charte », signée par le roi d’Angleterre Jean Sans Terre le 15 juin 1215 sous la pression de barons rebelles soucieux de limiter l’arbitraire royal, a inspiré de nombreux textes juridiques dont la Pétition des Droits de 1628, la Constitution des États-Unis de 1787 ou encore la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Ils sont 1215 chanceux, sur 50 000 candidats, à avoir été tirés au sort pour voir de leurs propres yeux, entre lundi et mercredi, les quatre exemplaires regroupés à la British Library.

La bibliothèque nationale expose ses deux précieux exemplaires aux côtés de celui de la cathédrale de Lincoln, au centre-ouest de l’Angleterre, et de celui de la cathédrale de Salisbury, au sud de l’Angleterre.

Ces parchemins, seuls rescapés des copies faites juste après l’accord scellé entre Jean Sans Terre et les barons à Runnymede, sur les rives de la Tamise, à l’ouest de Londres, seront ensuite exposés jeudi au public pour une journée au Parlement de Westminster.

« Nous vivons une journée passionnante », a estimé la directrice des manuscrits médiévaux de la bibliothèque, Claire Breay, soulignant que ces documents ont une « importance symbolique énorme en tant qu’allégorie des droits, de la justice et de la liberté à travers le monde ».

Les curieux connaissant le latin pourront tenter de déchiffrer les 63 clauses qui ont toujours une grande résonance huit siècles après leur rédaction. « Aucun homme libre ne sera arrêté ni emprisonné, ou dépossédé de ses biens, ou déclaré hors la loi, ou exilé, ou exécuté de quelque manière que ce soit, et nous n’agirons pas contre lui et nous n’enverrons personne contre lui, sans un jugement légal de ses pairs et conformément à la loi du pays », édicte la plus célèbre d’entre elles, la clause 39.

Le texte, annulé par le pape Innocent III quelques semaines après sa signature, avait été rétabli dans une version moins radicale en 1216 par le régent du jeune Henri III. Il est ensuite plus ou moins tombé dans l’oubli jusqu’au XVIIe siècle, mais ses principes sont devenus « un puissant cri de ralliement international contre l’usage arbitraire du pouvoir », estime la British Library.

Anthony Clarke relève qu’en de nombreux endroits du monde, beaucoup continuent de se réclamer des principes de la Magna Carta, pour exiger un accès universel à la justice, l’égalité devant la loi et l’encadrement juridique du pouvoir politique.

L’association Magna Carta Trust, qui gère le mémorial de Runnymede, estime que le document médiéval gagne en importance.

« Symbole de la liberté, de la démocratie et de la règle de droit, il s’attaque au despotisme », souligne l’association selon laquelle les « principes établis dans la Magna Carta ont inspiré le Printemps arabe ».

L’avocat David Wootton, ancien lord-maire de la City de Londres, met en exergue un autre héritage : le droit anglais est devenu la « monnaie commune » du commerce mondial précisément grâce aux protections établies par cette charte.

Des centaines d’événements (expositions, débats, spectacles, etc.) sont prévus dans toute l’Angleterre pour fêter dignement les 800 ans de cette vénérable charte, dont une journée de commémorations internationales le 15 juin à Runnymede.

Détail d’un exemplaire de la Magna Carta de la cathédrale de Salisbury
7 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 février 2015 08 h 00

    Notre magna carta

    Savez-vous qu'il y a un mouvement, une mouvance québécoise d'écriture d'une Constitution d'origine Citoyenne? C'est ainsi que la souveraineté populaire non partisane veut s'exprimer. Pour vous renseigner, vous pouvez consulter le site internet www.acrq.org qui pense à une démocratie participative et directe jusqu'à une assemblée constituante convoquée par le peuple souverain. Bonne journée!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 février 2015 09 h 32

      ...encore faudrait-il que cette Assemblée constituante représente autre chose qu'elle même.

    • Michel Richard - Inscrit 3 février 2015 13 h 33

      Ce qui a donné sa force à la Magna Carta, c'est qu'elle a été signée par le Roi.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 février 2015 14 h 05

      À tout événement, je colle ce que je vois dans le site que je mentionnais:
      7. L'assemblée par laquelle le peuple peut exercer sa souveraineté et son pouvoir constituant de façon légitime, ordonnée et efficace est ce qu'on appelle une Assemblée constituante. Son rôle est de consulter la population et de proposer, en toute liberté, un texte de constitution pour adoption par référendum. Elle doit être représentative, libre de toute allégeance et de toute pression indue, donc, composée idéalement de citoyens tirés au sort et libres de toute allégeance. Le débat entourant son travail doit être équitablement encadré. Elle doit pouvoir avoir recours à toutes les ressources nécessaires pour faire son travail.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 février 2015 16 h 16

      Je me permets d'ajouter pour monsieur Martel que Roméo Bouchard en parle aux pages 92 à 108 dans son livre: Constituer le Québec. Merci.

  • Alain Senécal - Inscrit 3 février 2015 11 h 09

    La clause 39

    Il faut croire que la clause 39 ne s'appliquait pas aux Acadiens lorsqu'ils ont été boutés hors de leurs terres par les Anglais...

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 février 2015 15 h 54

      Bien vu et bien dit. Évangéline...