Artistes et grands partisans de laïcité en appui à «Charlie»

Djemila Benhabib
Photo: Yan Doublet Le Devoir Djemila Benhabib

L’hebdomadaire français éprouvé Charlie Hebdo peut compter sur des sympathisants québécois. Lundi soir, c’est tout le gratin pro-laïcité du Québec qui rendra hommage à ses artisans à l’occasion d’une soirée-bénéfice tenue au Lion d’Or.

La liste des invités est longue et reflète les convictions laïques de l’instigatrice de l’événement, la militante féministe et auteure de Ma vie à contre-Coran Djemila Benhabib. On y retrouvera Louise Mailloux, la professeure de philosophie et ex-candidate pour le Parti québécois qui s’était farouchement affichée en faveur de la charte des valeurs québécoises. Mme Mailloux fait l’objet d’une poursuite judiciaire de la part de l’égérie du port du voile musulman, Dalila Awada. Il y aura également Daniel Baril, qui représente le Mouvement laïque québécois, ainsi qu’Akli Ourdja, le président de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité. Ils seront accompagnés d’Ensaf Haider, l’épouse de Raïf Badawi, ce blogueur condamné à 1000 coups de fouet par l’Arabie saoudite pour avoir osé critiquer le régime. L’ancien chef du PQ Bernard Landry y sera aussi.

Un membre de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’un ténor de la laïcité française seront de la partie, mais leur nom ne sera pas révélé avant leur arrivée au Canada, pour des questions de sécurité. Ils prendront évidemment la parole.

Une soirée en art

La soirée ne sera toutefois pas que politique, tant s’en faut. Les spectateurs qui accepteront de verser 30 $ pour la cause (les profits de la soirée seront versés à la publication) auront droit à des prestations artistiques en tout genre. Les chanteurs Yann Perreau, Paul Piché et Jamil (Azzaoui) y seront, de même que des membres du groupe Loco Locass. L’humoriste d’origine tunisienne Nabila Ben Youssef y sera aussi, tout comme son collègue Martin Petit.

Le caricaturiste (Marc) Beaudet, du Journal de Montréal, immortalisera l’esprit de l’événement en images qui seront vendues au cours de la soirée. Un chandail marqué d’un des dessins de Charlie Hebdo sera mis aux enchères.

Les deux invités français effectueront une minitournée du Québec. Outre cette soirée au Lion d’Or lundi soir, ils rencontreront le maire de Montréal et participeront à une autre soirée de solidarité à Trois-Rivières mardi, à laquelle participera la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Ils se rendront aussi à Québec. Un des deux invités participera à l’enregistrement de Tout le monde en parle.

L’idée de cette soirée est née dans l’esprit de Djemila Benhabib. Celle qui vit un pied au Québec et un autre à Paris a été profondément remuée par la boucherie des frères Kouachi. Mme Benhabib connaissait Charb, le dessinateur-directeur du Charlie et une des victimes du carnage parisien. En 2012 à Paris, elle avait reçu de ses mains le Prix international de la laïcité, dont il présidait le jury. « Je voulais rendre hommage à des géants », explique Mme Benhabib, qui se dit habitée d’un « sentiment de responsabilité ». Elle se souvient sa rencontre avec Charb, en ce jour de 2012. « Il était petit physiquement et je lui avais dit : “C’est toi qui fais trembler les islamistes à ce point ?” Il m’avait répondu : “Tu ne t’es pas regardée !” On avait bien ri malgré le fait qu’il vivait sous protection policière et qu’il réalisait que l’étau se refermait sur Charlie Hebdo. »

8 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 23 janvier 2015 05 h 46

    Laïcité et extrémismes

    Je ne comprends pas l'équation ni même le lien ou contre-lien entre la laïcité et le radicalisme de certains groupes religieux, islamiques pour ne pas les nommer.

    Il me semble qu'au contraire, plus un gouvernement s'affichera laïque, plus les extrémiste se croiront justifiés de s'isoler.

    Nous nous nommons laïcs, ils nous disent mécréants.
    À la paix on s'applique, et eux courent au néant ?
    Eh non, il cherchent un sens divin à la gouverne
    D'un État sans instance où leur Dieu est en berne.

    La laïcité ne doit pas être un mouvement anti-clérical mais un effort de neutralité dans la substance d'abord et l'apparence ensuite.
    Ce n'est pas une question de lutte contre les extrémistes contrairement à ce qui est propagé pour le moment mais une question de justice.

    La lutte contre les extrémismes doit passer par l'écoute et la compréhension, par la vigilance et le consensus et non par la laïcité, dont je connais l'importance et qui concerne tout autre chose.

    Nous ne refusons par les lobbys religieux, c'est dire comment l'État intègre les religions comme toute autre façon d'idéaliser la vie en commun.
    Ceci dit, il ne les assimile pas, et c'est là où se situe la laïcité.

    Utiliser Charlie ou tout autre événement pour mousser la laïcité est en soi une aberration. C'est hisser un drapeau blanc tout en déclenchant les tirs de barrage.

    C'est non, quoi.

    • Luc Archambault - Abonné 23 janvier 2015 21 h 43

      La laïcité est consubstantielle de ce qui empêche la criminalisation du blasphème et de la liberté de désacraliser la religion, les Églises, leurs dogmes, édits, fatwas et encycliques. Elle est donc partie prenante de la démocratie, de la séparation de l'Église et de l'État et de la liberté d'expression qu'elle engage vis-à-vis de l'État et de l'Église.

      L'État démocratique n'intègre pas l'idéalisation « de la vie en commun » ; tout le contraire, il rend concrète l'idée démocratique et ce qui codifie concrètement ce qui permet de vivre en communautés démocratiques.

      Ce n'est pas « l’extrême » que combat la démocratie, ce n'est que ce qui s'attaque aux valeurs que Le Peuple décide d'endosser et protéger via les Actes constituants de son État démocratique ; que la terreur qui émane de quiconque s'attaque avec force et violence à ces valeurs et aux personnes qui les endossent et qui vivent dans la Cité démocratique.

      L'islamisme est un projet politique théocratique qui refuse la laïcité de l'État. Ce n'est pas en abondant, en refusant la laïcité qu'on va défendre l'État démocratique du Peuple que nous sommes ; au contraire. Ce n'est pas en donnant raison à la terreur, qu'on combat la terreur.

  • Pierre-Louis Cauchon - Abonné 23 janvier 2015 10 h 57

    Récupération?

    Ha, on en sait finalement un peu plus sur les "personalités québécoises" qui seront là...

    C'est finalement un événement "Pro-PQ-charte-des-valeurs-de-Drainville" plus qu'autre chose avec des gens qui n'on pas hésité il y a un an à tomber dans la diffamation et le mensonge pour faire avancer leur agenda essentiellement anti-religion et qui se cache derrière une usurpation de la laïcité, où plutôt que de rechercher une harmonie entre les croyants et les non-croyants, est en fait une nouvelle sorte de guerre religieuse, mais inversé... Et essentiellement dirigé contre les québécois musulmans.

    Je m'en doutais qu'il y avait anguille sous roche cela dit, quand on cache ce genre de détails depuis des jours, c'est louche. Je me doutais de quelque chose lorsque j'ai vue une image faisant la promotion de l'événement circuler sur les réseaux sociaux et où rien n'était dit.

    La journaliste oublie de m'entionner que l'on demande 30$ à l'entré. En tout cas, c'est c qui indiqué sur l'image que j'ai vu passer sur Facebook. Pourquoi ? Où ira cet argent ? Pour le soutient à Charlie Hebdo ? Pour payer la salle ?

    Si c'est justement pour le procès pour diffammation de Dalila Awada intenté contre Mme Mailloux, le gestionnaire de poste de veille et les amis de Vigile.net, c'est un scandale de récupération à dénoncer.

    • gilbert trudel - Inscrit 23 janvier 2015 15 h 42

      La meileure façon d'en arriver à l'harmonie est un état laic , ni religieux ni non religieux. Neutre.

      On replace la religion, toutes les religions à leur place : dans la sphère privée. Dans votre famille, dans votre maison, dans votre église, synagogue , mosquée, dans votre esprit... Sans hargne, ni persécution.

      Parce que le contraire, c'est la course des religieux pour occuper la sphère publique et exclure les autres relgions ( mais aussi les athées) des centres de pouvoirs politique.

      Parce que l'inverse de l'État laic, c'est la théocratie. Et ça j'en veux pas

  • André Le Belge - Inscrit 23 janvier 2015 11 h 20

    Réflexion

    Au pays des aveugles, les borgnes sont roi!

  • Karine Tremblay - Inscrite 23 janvier 2015 12 h 12

    Les islamistes sont anti-laïcité, anti-neutralité

    C’est pourtant très simple : les islamistes sont contre la laïcité, contre la neutralité de l’État, car cela réduit leur emprise religieuse* sur leurs coreligionnaires.

    *mais, derrière cette façade religieuse, c’est le pouvoir qu’ils obtiennent en kidnappant, en se servant de l’islam à des fins politiques.

  • Patrice Giroux - Inscrit 23 janvier 2015 15 h 40

    Cachez cette laïcité que je ne serais voir !

    Ces derniers temps, je n'ai vu ni athée, ni laïc cogner à ma porte pour me vendre l'idée que la religion, c'était finalement qu'une business très lucrative, car son produit est invisible, que son effet placebo fait des miracles... Faudrait-il cacher la laïcité ? Faudrait-elle la taire, la passer sous silence? C'est ce que certains commentaires laissent, eux, entendre.
    Voyez-vous, je pense moi que de promouvoir la laïcité aura un effet direct, indirect, induit, ou autre, sur les certitudes qui pleuvent sur le web et qui fanatisent certains qui sont en mal de cadres de pensée hyper fermés et strict, qui dictent ce qu'il faut boire, manger, ce qu'il faut penser, comment il faut s'unir, fonder une famille, etc. etc. etc.
    Alors, allons-y.
    D'ailleurs, j'en ai marre de voir que certains iraient jusqu'à la normalisation de la marginalité ou de la censure de la liberté de conscience. Je crois qu'il y a un fond revenchard et de droite particulièrement heureux de ne pas embrayer sur la question de la laïcité, et pas que parce que le PQ a très mal présenter le projet.