Mutation à vitesse grand V des églises

La chapelle des soeurs grises a été transformée en salle de lecture par l'université Concordia.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La chapelle des soeurs grises a été transformée en salle de lecture par l'université Concordia.

Les églises sont transformées à un rythme exponentiel. Et le nombre de celles qui n’ont pas trouvé de nouvelles fonctions vient de basculer du côté de la majorité. Une situation préoccupante, selon le Conseil du patrimoine religieux du Québec, qui dévoilait jeudi les résultats d’une enquête amorcée il y a quatre ans.




Le dernier état des lieux remonte à 2012, où le CPRQ dénombrait 270 églises soit fermées, vendues, transformées ou démolies. Or, en deux ans, « le portrait a beaucoup changé », affirme Denis Boucher. Il signale « l’accélération sans précédent » des mutations dans presque toutes les régions du Québec, alors que 164 nouveaux cas se sont ajoutés pour atteindre un total de 434 au moment de la compilation (440 en date du 5 novembre).

D’une moyenne de trois par année au début des années 1960, le phénomène est passé à 19 au début des années 2000, puis à 45 au début de la décennie 2010. La seule année 2014 a vu 72 églises fermer ses portes, changer de propriétaire ou d’usage, ou passer sous le pic des démolisseurs.

Le plus troublant, selon le CPRQ, est que l’on compte désormais davantage de lieux de culte sans usage prévu ni à court ni à long terme (190) que d’églises transformées ou en transformation (180).

« C’est un équilibre qui vient d’être rompu : il y a une majorité de bâtiments dont on ne sait pas quoi faire », souligne-t-il. Pour l’organisme, cela démontre la difficulté grandissante à trouver une nouvelle vie à ces maisons de Dieu.

Usages mixtes

Parmi les 190 sans avenir défini, 61 ont en fait été démolies, chiffre qui a doublé depuis 2012. Autre sujet de préoccupation, donc, d’autant plus que les démolitions volontaires l’emportent (42) haut la main contre les involontaires (12).Sept sont en voie d’être rasées.

L’enquête détaille aussi les usages privilégiés pour les 180 cas de transformation (réalisées ou en cours). Les projets multifonctionnels l’emportent de loin (58), mettant fin au mythe persistant des églises devenues condos. « Clairement, l’avenir n’est pas là », tranche M. Boucher.

Le coup de sonde de 2012 avait déjà signalé le phénomène grandissant de leur rachat par les municipalités. Une tendance qui se maintient puisque ces joueurs comptent pour le tiers des acheteurs en 2014.

L’enquête était dévoilée dans le cadre du troisième Forum annuel du CPRQ, articulé autour des thèmes « connaître », « restaurer » et « réutiliser » le patrimoine religieux. Plusieurs cas de transitions réussies ont nourri les échanges visant à mieux comprendre le phénomène de la mutation des églises et comment y répondre.