La précarité touche (aussi) les artisans de l’audiovisuel

Une note de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) brosse un portrait inédit des tendances et problématiques propres aux artistes oeuvrant dans le milieu de l’audiovisuel.
 

Le monde culturel se préoccupe de plus en plus de son empreinte économique. C’est au tour du milieu de l’audiovisuel de se pencher sur la sienne à l’occasion du Colloque sur l’impact économique de la création audiovisuelle, tenu jeudi. Une étude de l’IRIS dévoilée à cette occasion signale le risque d’une spirale de la précarité chez ces artistes, malgré la vitalité reconnue du secteur.

Le travail atypique — à forfait, emplois multiples, à temps partiel — est la norme chez les artistes de l’audiovisuel, constate l’IRIS dans sa note économique « Le travail des artistes au Québec est-il payé à sa juste valeur ? » Celle-ci repose sur une consultation menée auprès des milliers de membres de six différentes associations du milieu — Union des artistes, Société des auteurs de radio, télévision et cinéma, Guilde des musiciennes et musiciens du Québec, Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec, Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son.

Course aux contrats et cumul des emplois sont monnaie courante dans le secteur. La prise de risque qui accompagne cette multiplication des projets est claire.

« Près de la moitié des 400 répondants au sondage affirme avoir travaillé sur un projet sans que celui-ci se concrétise ou que des rémunérations soient versées, peut-on lire dans le rapport de huit pages. […] L’offre de travail gratuit ou conditionnel à la production du projet est en fait une perte nette de temps ou une perte d’argent […] pour les artistes en cause et demeure un phénomène fréquent. »

Signes de précarité

Le nombre de projets avortés s’élève en moyenne à 4,3 sur une période de deux ans pour les artistes concernés par cette réalité. Les artistes vont même jusqu’à investir de leur poche dans ces projets dans l’espoir qu’ils se concrétisent. Si la moitié des répondants ne débourse pas plus de 150 $, la moyenne de ces contributions s’élève à plus de 2000 $.

« Cette pratique n’est donc pas marginale. [Et elle] concourt à transférer une partie de risque dudit projet vers les artisans du secteur de l’audiovisuel. »

Autre signe de cette précarité, près des deux tiers des répondants (65 %) doivent cumuler des emplois et plus d’un tiers (27 %) doit travailler hors du domaine de la culture pour assurer ses revenus.

Le chercheur Francis Fortier, qui a mené l’étude, insiste sur les nombreuses variantes dans les conditions d’emplois, signalées par les écarts entremoyennes et médianes. Certains artistes profitent de contrats plus lucratifs. Ce qui fait que la moyenne des revenus de ce secteur s’élève à 43 966 $, au-dessus du revenu moyen de l’ensemble de la population.

« Nous pourrions être portés à croire que l’insécurité et l’instabilité du milieu sont compensées par de meilleurs salaires, écrit-il. Or la réalité est plus complexe. » Il attire alors l’attention sur le revenu médian de 30 000 $ des artistes, bien en deçà de celui de la population en général (37 440 $).

Le sondage n’est pas probabiliste. Mais un échantillon aléatoire aurait permis d’obtenir une marge d’erreur de plus ou moins 5 %, 19 fois sur 20.

Quelques chiffres

Plus de 90 % des créateurs de l’audiovisuel travaillent à forfait ;

Le nombre moyen de projets différents cumulés sur une période de deux ans est de sept ;

Leur revenu médian est de 30 000 $ ;

Un projet audiovisuel sur cinq se réalise à l’aide d’une part d’investissement provenant des poches des travailleurs, soit 3562 $ en moyenne.


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