Paris, capitale de l’art

Pablo Picasso, «Femme au jardin», printemps 1929
Photo: © Succession Picasso 2014 Pablo Picasso, «Femme au jardin», printemps 1929

On a fait grand cas à l’étranger du vandalisme qui a frappé une oeuvre de l’artiste Paul McCarthy sur la place Vendôme. Ce fait divers somme toute mineur peut cependant difficilement occulter le fait que, ces jours-ci, Paris s’affirme comme un des lieux incontournables de l’art moderne. Coup sur coup, la capitale inaugure deux nouveaux espaces d’exposition qui ne manqueront pas de devenir des points de repère essentiels pour les amateurs d’art du monde entier : le musée Picasso, fermé depuis cinq ans, et la Fondation Louis Vuitton. En tout, c’est près de 10 000 mètres carrés d’exposition qui s’ajouteront dès ce week-end aux musées de la capitale qui sont déjà les plus visités au monde.

De l’ancien quartier juif du Marais au bois de Boulogne, l’art moderne est donc à l’honneur ces jours-ci à Paris. Tout cela au moment où la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) bat son plein au Grand Palais ainsi que dans des dizaines de lieux comme le Jardin des plantes, les Tuileries, le Muséum d’histoire naturelle, en passant par les berges de la Seine.

« Donnez-moi un musée et je le remplirai », avait déclaré le maître incontesté de l’art du XXe siècle. Voilà cinq ans que les amateurs étaient pourtant privés de la plus importante collection publique au monde d’oeuvres de Picasso. Cinq ans pendant lesquels l’architecte Jean-François Bodin et l’ancienne directrice Anne Baldassari ont refait une toilette à cet hôtel particulier du milieu du XVIIe siècle surnommé l’Hôtel salé et revu entièrement l’exposition.

Parcours chronologique

Un défi de taille si l’on considère que, dans ce type de bâtiment construit autour d’un escalier monumental, on ne déplace pas facilement les murs. Pourtant, Bodin y est arrivé à la perfection, mettant de la lumière partout, creusant une enfilade de salles souterraines voûtées et aménageant magnifiquement les combles. En tout, les espaces d’exposition ont été doublés. Ainsi le visiteur peut-il suivre un parcours chronologique traversant les traditionnelles périodes bleu, rose et africaine. Mais c’est la foisonnante collection des dernières années du peintre catalan, après 1960, qui risque de retenir le plus l’attention.

Outre, ce parcours chronologique, le visiteur peut aussi emprunter des chemins de traverse. Dans les caves voûtées, grâce à une confrontation entre les photographies et les oeuvres, on a l’impression d’entrer dans les ateliers de l’artiste : ceux du Bateau-Lavoir, de Boigeloup ou des Grands-Augustins. Sous les combles, on découvre avec ravissement la collection personnelle de tableaux du maître. Picasso y dialogue avec Degas, Matisse et le Douanier Rousseau. Les combles donnent un côté très intime à ces rencontres qui perdront peut-être un peu de leur charme lorsque les hordes de touristes envahiront le musée.

Constituée à l’occasion de plusieurs dations, la collection du musée Picasso est inestimable. La loi française sur la dation d’oeuvres en paiement des droits de succession avait justement été adoptée en 1968 en prévision de la succession de Picasso. La collection comprend aussi les archives personnelles de l’artiste, des legs d’amis et la quasi-totalité de l’oeuvre sculptée.

Ouverte sur une affiche de théâtre où Picasso se dessinait en pendu, l’exposition se termine sur des oeuvres d’une sensualité débordante, comme cette Femme à l’oreiller et ce Nu couché. En pleine libération sexuelle, les toiles de cette dernière période avaient choqué au point où le MoMA de New York les avait laissées de côté lors de sa grande rétrospective de 1980. En 30 salles et trois étages, on vient de parcourir le siècle !

L’Iceberg de Bernard Arnault

Il faut traverser plus de la moitié de la capitale pour découvrir, à l’orée du bois de Boulogne, l’« Iceberg ». C’est ainsi que les Parisiens ont déjà surnommé le musée futuriste de la Fondation Louis Vuitton, qui ouvre lui aussi ses portes ce week-end. Ce grand paquebot de verre et de métal est l’oeuvre de l’architecte californien Frank Gehry, à qui l’on doit le musée Guggenheim de Bilbao et la récente New York Tower.

L’architecte dit s’être inspiré de Proust, du Jardin d’acclimatation à deux pas de là et du Paris de 1900 avec ses structures de verre et d’acier. Il s’agit d’« un squelette, une structure qui change avec la lumière », dit-il. De ces douze voiles de verre qui recouvrent le bâtiment, on peut contempler la capitale et les arbres du second poumon de la capitale.

Entièrement financé par la Fondation Louis Vuitton, ce nouvel espace de 11 000 mètres carrés a coûté 100 millions d’euros (150 millions de dollars). Au terme d’un bail de 50 ans qui lui permet d’occuper le domaine public, le musée reviendra à la Ville de Paris. Il permettra d’accueillir des expositions itinérantes ainsi que les pièces maîtresses de la gigantesque collection du mécène Bernard Arnaud, le patron de LVMH à l’origine du projet. On attend 700 000 visiteurs par année.

Ce week-end, les Parisiens pourront venir contempler gratuitement vingt-trois de ces oeuvres ainsi que sept commandes réalisées pour l’ouverture du musée. Au menu : quelques réalisations de grands noms de l’art contemporain actuel, comme les Allemands Gerhard Richter et Thomas Schütte, ainsi que les Français Pierre Huyghe et Christian Boltanski.

À Paris, on n’ignore pas que ce bâtiment se veut aussi un énorme pied de nez à cet autre grand mécène de l’art contemporain qu’est François Pinault. L’ancien patron du groupe Pinault-Printemps-Redoute rêvait lui aussi d’un grand musée d’art moderne sur l’île Séguin, à Paris. Excédé par les complications bureaucratiques, disait-il, il a finalement décidé de déménager sa collection à Venise.

En matière d’art contemporain, plusieurs experts estiment que la capitale française est aujourd’hui en train de regagner le terrain perdu depuis les années 1960. « En matière d’offre culturelle, Paris est avec New York au sommet », a récemment déclaré au journal Les Échos Michele Casamonti, patron de la galerie Tornabuoni, présente en Suisse, en Italie, en France et bientôt en Angleterre. Malgré ses problèmes économiques, la France demeure la première destination culturelle du monde, ainsi que le troisième ou quatrième marché de l’art en importance avec les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni.

De quoi faire rapidement oublier le petit fait divers de la place Vendôme.

1 commentaire
  • alain petel - Inscrit 25 octobre 2014 12 h 14

    À propos de vandalisme

    Est-on vraiment certain qu'il s'agit de vandalisme quand l'oeuvre de Paul McCarthy, intitulée Butt Plug, est installée sur la place publique pour justement susciter des réactions ?