Une prof de théâtre congédiée pour des scènes érotiques passées

Les scènes érotiques auxquelles a participé Mme Laurent-Auger remontent à près de 40 ans.
Photo: Europrodis Les scènes érotiques auxquelles a participé Mme Laurent-Auger remontent à près de 40 ans.

Le collège Jean-de-Brébeuf de Montréal a mis fin sans préavis au contrat de l’une de ses enseignantes après que des élèves eurent découvert sur Internet des films érotiques remontant à près de 40 ans dans lesquels jouait leur professeure de théâtre.

Âgée de 73 ans, Jacqueline Laurent-Auger devrait reprendre ces jours-ci l’enseignement d’ateliers d’art dramatique, après les cours, comme elle le fait chaque automne depuis plus de 15 ans, tout en continuant de jouer de petits rôles à la télévision québécoise, comme dans 4 et demi… ou, plus récemment, Mauvais Karma.

Il n’en sera rien : elle a été remerciée à la fin de la précédente année scolaire par la direction du collège Brébeuf, des élèves ayant découvert ce que l’artiste n’avait jamais caché, c’est-à-dire qu’elle a figuré dans de nombreux films comportant des scènes érotiques, de la fin des années 1960 au milieu des années 1970, principalement en Europe.

« Il y avait des scènes de nudité. Je n’ai pas vu toute sa filmographie, mais quand un élève voit un de ses professeurs poser des gestes sur d’autres femmes ou des hommes, ce n’est pas propice à l’enseignement. On ne prône pas ça dans notre collège », a indiqué au Devoir le directeur général de Brébeuf, Michel April, invoquant « l’agitation » suscitée par la découverte par deux élèves de vidéos « sur des sites XXX ». C’est le seul facteur qui a mené au non-renouvellement du contrat, a-t-il ajouté, précisant que la professeure travaillait à forfait.

Toujours ébranlée près de trois mois après la fin de son contrat, Jacqueline Laurent-Auger se dit outrée par cette décision, qu’elle juge « injuste », d’autant plus que les scènes en question remontent à près d’un demi-siècle.

« C’était un bonheur de travailler avec mes jeunes de 16-17 ans. On a l’impression d’être dans le Québec des années 1950, et pas en 2014 », s’indigne la comédienne, vedette de films tels Un couple parmi tant d’autres… mais si pervers, Le journal intime d’une nymphomane, Entre toutes les femmes et Les possédées du diable.

Jacqueline Laurent-Auger a beaucoup joué pour des réalisateurs comme l’Espagnol Jess Franco, « des films de type Exploitation Film, mêlant horreur et érotisme, où il y a énormément de nudité et de scènes softcore. Des scènes de nudité, de lesbianisme », relate le cinéaste Éric Falardeau, coauteur du livre Bleu nuit, histoire d’une cinéphilie nocturne. Un cinéma qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, ce qui pourrait expliquer la multiplication, sur Internet, de copies des films de Jacqueline Laurent-Auger.


 
5 commentaires
  • Jean-Claude Roy - Inscrit 18 octobre 2014 06 h 20

    Persiflage

    En consultant Wikipédia la liste des films québécois produits à la fin des années '60 et au début des années '70, j'ai réalisé que plusieurs de nos actrices dites « érotiques » ont mené une fructueuse carrière publique ou une prolifique carrière de créatrice, ont obtenu au cinéma des honneurs internationaux, ont occupé des postes très prestigieux, ont été décorées de hautes distinctions. L'une d'elles est la conjointe d'un ancien premier ministre.

    J'avais seize ans lorsque, ayant triché sur mon âge, je suis allé voir Valérie au cinéma de ma petite ville. Deux ans plus tard, je regardais les rondeurs des « Deux femmes en or ». Ce sont les seuls films érotiques québécois que j'ai visionnés à vie. J'avais trouvé ces dames très jolies, mais je ne me souviens pas avoir été particulièrement excité. Je n'en ai pas gardé un souvenir impérissable non plus. La vraie vie, les copines de l'école, ma blonde, ça c'était excitant!

    Je suis désolé que Mme Laurent-Auger ait été victime de cette sotte rectitude morale. Je déplore cette pudibonderie hypocrite et souhaite que Michel April, le directeur de Jean-de-Brébeuf soit dénoncé publiquement par toutes les comédiennes, celles qui ont joué dans ces films érotiques tout comme celles qui ont joué dans des films d'auteur et se sont dévêtues... Ça fait du monde! :-)

  • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 18 octobre 2014 12 h 13

    ridicule

    Ces élèves là doivent regarder de la pornographie à longueur de journée... comme plein d'adolescents de leur âge... les acteurs dans ces films là sont des humains, les empêcher de vivre leur vie est ridicule.

    Et il faut noter que c'est de l'érotisme et du "softcore" dont on parle ici... la moitié des films blockbuster d'aujourd'hui en contiennent... va-t-on empêcher les acteurs de transmettrent leurs connaissances à des élèves sous prétexte qu'on a vue leurs fesses ou leur poitrine? collège brébeuf? allo?

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 18 octobre 2014 13 h 43

    Dégoûtant !

    Et encore le mot n'est pas assez fort !

  • Michaël Lessard - Abonné 18 octobre 2014 15 h 07

    J'appuie totalement la professeure et j'espère que les citoyen-nes vont contester la direction du collège Jean-de-Brébeuf de Montréal

    J'appuie madame Jacqueline Laurent-Auger, une de nos aînées et professeure à qui nous devons du respect, dans ses droits. J'espère qu'elle conteste cette décision à plusieurs niveaux (juridiques si possible) et que des citoyen-nes, avocat-es et organismes sociaux vont l'appuyer.

    Permettez-moi un exemple différent : une personne qui aurait commis un crime dans son passé ou abusé de drogues, pourrait néanmoins plus tard être un-e excellent-e enseignant-e, justement à travers ses expériences de vie!

    Ici, contrairement à mon exemple, madame Laurent-Auger n'a pas commis de crime ni un délit; elle a été actrice. La nudité et l'érotisme ne sont plus tabous aujourd'hui et les "jeunes" du collège sont exposés à beaucoup de pornographie et pires en 2014.

    Et si ce collège d'origine chrétienne trouve que c'est indécent ou un pêché, et bien qu'il pratique le pardon. Elle a 73 ans, donc vraiment la direction de ce collège doit la réengager.

  • François St-Pierre - Abonné 18 octobre 2014 23 h 57

    Le ridicule ne tue pas

    Quelle décision absurde. Tout ça pour une petite paire de fesses dans une scène sans doute moins croustillante que les vidéos des p'tites chanteuses contemporaines. Tiens, même le Centre Segal, qui n'a rien du lupanar, a présenté Equus et The Graduate, pièces comportant des scènes de nudité, sans que qui que ce soit proteste.

    Semble bien que les Jésuites ont été délogés par les talibans.