La courte échelle déclare faillite

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Pilier de la littérature jeunesse d’ici, la maison d’édition La courte échelle est officiellement en faillite. « Une catastrophe », selon l’Union des écrivains québécois, dont plusieurs des membres se retrouvent devant l’inconnu.

L’annonce est tombée en milieu d’après-midi, vendredi, moins d’un mois après la cessation « temporaire » des activités de l’éditeur et la mise à pied de tout le personnel, que révélait Le Devoir dans son édition de mercredi.

La présidente de La courte échelle, Hélène Derome, avait pourtant confié vouloir « prendre le temps de trouver une façon de restructurer l’entreprise, afin de pouvoir poursuivre les activités ». Elle n’en aura vraisemblablement pas la chance.

« C’est catastrophique, s’est exclamé Francis Farley-Chevrier, le directeur général de l’Union des écrivains québécois (UNEQ). La courte échelle, c’est un fleuron de l’édition québécoise, qui a énormément contribué au rayonnement de la littérature et des auteurs d’ici aux quatre coins de la planète. C’est un coup très dur pour les auteurs. »

Il était peiné, mais pas complètement surpris de la fin annoncée de la maison d’édition. Depuis un an, de nombreux auteurs avaient exprimé leurs frustrations en raison de retards de paiement des droits d’auteurs. « On voyait que la situation était très difficile. »

Les auteurs québécois sont invités mercredi soir à une rencontre organisée par l’UNEQ, qui mettra à leur disposition « des personnes- ressources qui pourront répondre à leurs questions et les informer de leurs droits dans la situation actuelle ». Une première assemblée des créanciers est prévue le 31 octobre.

Plus de 35 ans après sa fondation, La courte échelle détient un catalogue de près de 800 titres. Du jeunesse, surtout, mais aussi de la fiction pour adultes, de la littérature de pointe sous la bannière La Mèche, ou du livre pratique sous étiquette Parfum d’encre. Il s’agit également d’un bon succès en ventes de droits à l’étranger, surtout du côté jeunesse. Les Ani Croche, Rosalie, Inactifs et Notdog ont fait sourire et frémir les jeunes d’ici et de l’étranger, a souligné Bertrand Gauthier, auteur et cofondateur de l’éditeur. « Avant La courte échelle, il y avait peut-être dix livres jeunesse québécois qui se faisaient par année. Le marché appartenait aux Européens. Maintenant, il doit y en avoir 800 par an. Le marché s’est diversifié. Tout le monde de 20 à 40 ans connaît Ani Croche. Mais ça a beaucoup changé avec les années. »

L’éditeur « synonyme de qualité, de vocabulaire recherché. On espère que ce ne sera pas perdu, que ces oeuvres pourront revivre ailleurs », note Laila Héloua, présidente de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse.

La présidente des éditions de La courte échelle, Hélène Derome, n’a pas donné suite aux appels du Devoir, vendredi.