Le Cube est toujours dans l’attente de financement

L’église où doit prendre place le projet du Cube nécessite d’importantes réparations.
Photo: François Pesant Le Devoir L’église où doit prendre place le projet du Cube nécessite d’importantes réparations.

L’attente de financement pour le projet Le Cube, centre international de recherche et de création en théâtre pour l’enfance et la jeunesse, devient intenable, car elle met en péril non seulement la réalisation d’un nouveau lieu porté par les compagnies de théâtre Le Carrousel et Le Clou, mais aussi la sauvegarde de l’église Sainte-Brigide-de-Kildare, à Montréal, dont une partie du toit a cédé aux intempéries de l’hiver dernier. Par ricochet, c’est la requalification de tout l’îlot Sainte-Brigide dont la vocation à la fois sociale, communautaire et culturelle est déjà bien implantée, qui risque d’en pâtir.

« On a de vives inquiétudes, explique Isabelle Boisclair, directrice générale du Théâtre Le Clou. Le financement du Cube est la clé de la 2e phase de la requalification du site », qui concerne l’aménagement de l’église. Le Cube, qui compte occuper 60 % de l’espace, avait fait l’objet d’un accord de principe de 11 millions de dollars au printemps 2013, sous l’ancien gouvernement péquiste. Or cet apport financier fait l’objet d’une révision à Québec. Selon Gervais Gaudreault, directeur artistique du Carrousel, le ministère fera connaître sous peu des « orientations » concernant Le Cube.

« Le ministère poursuit ses analyses », indique au Devoir Philip Proulx, attaché de la ministre de la Culture et des Communications (MCC) à propos du Cube et d’autres dossiers d’immobilisations culturelles en attente.

Selon les gens du Cube, l’enveloppe du MCC joue aussi un rôle de levier pour les demandes de financement des autres occupants-partenaires de l’église — le Cirque Hors Piste, le CPE Idée Fixe, L’Association Chemins du Soleil, le Relais du PAS et le Centre culturel et communautaire Sainte-Brigide (CCCSB), des groupes ancrés qui trouveront là une adresse durable. « Une décision du MCC peut rassurer les autres bailleurs de fonds », assure Samir Admo, urbaniste lié à la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, devenu une sorte de parrain de la requalification de l’îlot, depuis l’appel à l’aide des paroissiens en 2005. Car le projet, avec autant de partenaires issus des champs tant culturels que socio-communautaires, fait déjà figure de modèle parmi les cas de conversion du patrimoine religieux.

« On sait que le projet n’est pas mort et qu’il suscite toujours de l’intérêt, signale Mme Boisclair. Mais à ce point-ci, repousser l’échéancier du financement sera critique. On n’a presque plus de marge de manoeuvre ». « C’est comme si on était dans le sprint final et qu’on se faisait dire que la course n’était pas commencée », ajoute Manon Harvey, directrice générale de l’organisme En Marge 12-17 qui a pu s’installer dans le presbytère lors de la phase I du projet de requalification. Elle est aussi présidente du CCCSB, propriétaire du lot patrimonial jusqu’à ce que les différents partenaires acquièrent leur partie à titre de copropriétaires — donc responsable de son entretien. Or, le seul chauffage de l’église coûte 40 000 $ annuellement, soit à peu près le solde des caisses de l’organisme qui ne peut donc pas envisager de réparer le toit en plus.

« Ça fait dix ans que tout ça est en développement, soutenu par rien — par des organismes communautaires et des gens qui s’impliquent avec leur compétence, à la fois bénévole et professionnelle, affirme Mme Boisclair en rappelant le million de dollars investi pour la réalisation d’études et l’entretien, en marge de l’apport public. Le projet de l’îlot Saint-Brigide est un grand défi et je le trouve à l’image de ce qu’on doit développer comme société, cette cohabitation, cette solidarité. Partout, on dit qu’il faut abattre les silos. Ici, on le fait, on travaille tous ensemble le communautaire, le culturel, le social. »

L’îlot Sainte-Brigide-de-Kildare en 5 dates

2005: Appel à l’aide des paroissiens de l’église.

2006: Création de l’OBNL Centre culturel et communautaire Sainte-Brigide (CCCSB) pour mettre en valeur les bâtiments légués par la paroisse.

2011: Réalisation de la phase I du projet de requalification de l’îlot au coût de 10 millions de dollars venus surtout du fédéral : construction de 47 logements sociaux et de locaux pour les organismes En Marge 12-17, PAS de la rue, Coopérative d’habitation Radar et Groupe Information Travail.

2013: Accord de principe du ministère de la Culture et des Communications (MCC) de 11 millions de dollars

2014: Réalisation du programme de construction.

À venir : Réalisation de la phase II grâce à des investissements de 20 millions de diverses sources, dont 11 millions venus du MCC pour aménager les locaux du Cube dans l’enceinte de l’église. L’espace sera partagé avec le CPE Idée Fixe, le Cirque Hors Piste (choeur), l’Association Chemins du Soleil (sous-sol), Pas dans la rue (sacristie). Le CCCSB conserve la propriété du bloc patrimonial (façade, clocher, parvis).