Le cinéma détrôné par les séries

Les sorties cinéma se réduisent à une fois par mois, voire tous les deux ou trois mois, confirme un rapport financé par Téléfilm Canada.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les sorties cinéma se réduisent à une fois par mois, voire tous les deux ou trois mois, confirme un rapport financé par Téléfilm Canada.

Seulement 5 % des films sont vus au grand écran, contre 93 % à la maison, selon une étude effectuée auprès d’amateurs de séries télévisées et de cinéma au Canada.

En outre, les téléséries ont désormais la préséance (59 %) par rapport aux films, qui n’atteignent plus que 41 % des habitudes de consommation. Les séries, consommées dans le creux du cocon domestique, à l’unité ou en rafale, grugent le terrain traditionnellement dévolu au cinéma. Meilleures qu’avant, surtout les américaines, plus nombreuses, plus courtes, plus malléables, elles trônent en majesté.

Telles sont quelques-unes des données recueillies dans un rapport financé par Téléfilm, la SODEC et le Fonds des médias du Canada, daté du 21 juillet dernier, dont Le Devoir a obtenu copie.

La firme Ad hoc recherche a été mandatée afin de recueillir en avril dernier des commentaires émanant de huit groupes de discussion à Montréal, Sherbrooke, Toronto et Vancouver. But de l’opération : aider le secteur audiovisuel canadien à mieux comprendre et à mieux cibler les clientèles intéressées. Les participants (hommes, femmes entre 25 et 59 ans) ont été recrutés au sein de deux catégories : « actifs à la maison » et « branchés/superconsommateurs », spectateurs d’au moins un film et une série par semaine sur une plateforme ou l’autre.

« Compte tenu de la nature qualitative de cette étude, les résultats obtenus ne peuvent être généralisés, y lit-on, cependant la convergence des opinions sur plusieurs sujets permet d’identifier des tendances lourdes. » Le panorama dessiné ici est une complète mutation par rapport aux habitudes cinéphiliques de jadis.

Un kaléidoscope d’écrans

Films et séries sont d’abord regardés à des fins de divertissement et de relaxation (Hollywood a la cote), plutôt que de réflexion et d’intérêt stylistique, le film dit cérébral devenant peu à peu, hélas, un « produit de niche ». Mais les nouvelles technologies permettent de voir davantage de films et de séries qu’il y a deux ans. Regarder les uns et les autres demeure une des principales activités de loisir au pays.

On le savait déjà : l’industrie québécoise se porte mieux que son pendant canadien (sentiment d’appartenance, star-système maison, etc.). Reste qu’au sein de tous les groupes rencontrés, au Québec comme ailleurs, sauf chez deux ou trois individus grands cinéphiles, la quasi-totalité des films est regardée à la maison. Les sorties cinéma se réduisent à une fois par mois, voire tous les deux ou trois mois, souvent réservées aux grandes productions avec effets visuels et sonores, les consommateurs ayant, semble-t-il, atteint un point de rupture en ce qui a trait au coût, jugé de plus en plus élevé, d’une sortie en couple ou en groupe.

Si la télévision est préférée aux ordinateurs et aux tablettes, pour sa taille et sa qualité de diffusion, un autre écran est utilisé quand le principal est déjà accaparé au foyer.

Fait étonnant : la bande-annonce constitue la première source de référence pour choisir le film à voir, le bouche à oreille orientant d’abord la sélection d’une série. L’humeur (l’envie ce soir-là d’une comédie, d’un film d’action, etc.) détermine aussi le choix d’un film, le fait qu’on le voie seul ou avec d’autres change la donne, le buzz autour de l’oeuvre entre en compte. D’autres critères, comme les avis sur Facebook, le bouche à oreille, les critiques sur les sites Web et médias traditionnels, les acteurs en vedette, le scénario participent à l’ensemble complexe des mobiles à la clé. Le « bon film » serait celui qui fait vivre une émotion ou une expérience, à travers un scénario idéalement peu prévisible. La disponibilité de l’oeuvre entre en jeu. Vidéotron, Bell, Rogers et même Netflix (peu présent au Québec) ont intérêt à proposer l’oeuvre nationale. Circuler sur pareille autoroute réclamerait une présence promotionnelle accrue, une diversification des produits, les critères commerciaux devenant cruciaux, ce qui inquiète aussi.

Si l’écoute de la télévision en direct demeure indétrônée au chapitre des habitudes de consommation, elle est talonnée de près par une quantité d’autres véhicules, dont l’enregistreur numérique personnel, le téléchargement gratuit ou sur abonnement, la vidéo sur demande, les chaînes spécialisées, et même le DVD, toujours vivant. La formule avec abonnement plateforme d’usage illimité est de loin préférée à un format « à la pièce » ou gratuit avec encarts publicitaires, ces repoussoirs suprêmes.

« Dans cette ère de médias sociaux et d’information instantanée, les productions à petit budget doivent plus que jamais se démarquer, soit par la qualité de l’oeuvre, soit par leur approche créative », lit-on.

Le bouleversement des habitudes de consommation dans le secteur de l’audiovisuel est bel et bien en cours, pour le meilleur et pour le pire. Cette étude est vouée aux réseaux internes des preneurs de décisions, qui pourraient ou non menacer plusieurs cinémas et des oeuvres fragiles qui donnent à penser plus qu’à divertir. Les institutions, prudentes, entendent pour l’heure conserver un devoir de réserve devant les opinions et les constatations exprimées ici. Mais pour combien de temps ?

10 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 22 septembre 2014 02 h 24

    Bienvenue au XXIe siecle

    Ca y est. Le XXIe siecle on est en plein dedans.

    Tout le monde est de plus en plus branchés sur Internet. Le wifi partout, dans tous les cafés, restos ou autre.

    Pas étonnant! Et puis, ces écrans plats de 42, 60 pouces et + a quoi ca sert vous pensez? A regarder du sports, des matchs du CH , diront certains. Oui, mais aussi a regarder des films, quand on veut. Avec même un meilleur son qu'au cinéma.

    Et avec le Blueray (le DVD c'est dépasé), les grands écrans donnent tout ce qu'elles peuvent donner.

    Le temps changent... on ne peut que s'y adapter.

  • Carl Lustig - Inscrit 22 septembre 2014 07 h 44

    La localisation et le lieu comptent aussi

    Qui a le goût d'aller dans un centre d'achat mort et dans un lieu qui est s'apparente davantage à une arcade qu'un cinéma? Mieux rester chez moi devant le foyer...

  • Baruch Laffert - Inscrit 22 septembre 2014 08 h 45

    Trop peu pour trop cher

    Au prix où une soirée au cinéma coûte, je choisis les films que je dois absolument voir au grand écran et j'attend pour voir les autres sur ma télévision.

    Et alors qu'un film nous entretient sur une période de 100 à 200 minutes, une série télévisée peut durer plusieurs centaines de minutes sur plusieurs mois ou années.

    Les studios de cinéma devraient faire comme avant (années 20 à 50) et offrir des séries sur grand écran.

  • Colette Pagé - Inscrite 22 septembre 2014 09 h 37

    Une nouvelle réalité !

    La découverte de Netflix avec des séries comme Breaking Bead et The Killings sans coupures publicitaires et devant le foyer font désormais partie de la réalité.

  • André Michaud - Inscrit 22 septembre 2014 09 h 41

    Cinéma maison

    Avec les immenses écrans et système surround on est encore mieux qu'au cinéma et à moins cher. Les jeunes, et des moins jeunes ,vont télécharger gratuitement des films et séries...

    Les films coûtent de plus en plus cher pour attirer moins de monde..!! Et malheureusemnt au Canada ce sont les citoyens qui financent les films...!! Combien de films vraiment essentiels la-dedans?

    • Patrick Lépine - Inscrit 22 septembre 2014 10 h 14

      Combien de taxes et impôts vraiment essentiels là-dedans?

      Telle est la véritable question!

      C'est comme ces 200 millions ocrtoyés à l'Ukraine, sans même qu'elle n'aie à débourser le prix d'un billet de lotterie!

    • Patrick Lépine - Inscrit 22 septembre 2014 10 h 19

      Pardon dans mon commentaire précédent, je mentionnais l'Ukraine, mais j'aurais bien entendu dû spécifier l'Ukraine de l'ouest, là où prolifèrent les groupes nationalistes d'extrême droite...

      Parce qu'à l'est, c'est la russie avec ses convois d'aide humanitaire, qui aide vraiment les ukrainiens du Donbass.

      J'aimerais beaucoup voir à l'achat de quels types de fournitures serviront nos 200 millions, parce qu'à l'est, ce sont des denrées bien tangibles qui leur sont distribuées, pas simplement des ratures de dettes fictives...

    • Roger Gauthier - Inscrit 22 septembre 2014 12 h 41

      @Patrick Lepine

      Cette Russie humanitariste a massacré 200 000 Tchétchènes dans la plus grande impunité, sans compter les milliers de victimes au Dhagestan et en Ingouchétie.

      Cette Russie qui envoit des denrées alimentaires à ses gentils amis, mais qui combat avec acharnement les droits des homosexuels, des journalistes, des minorités ethniques et de tous ceux qui osent critiquer Poutine.

      Un pays où les aînés reçoivent des pensions et des services sociaux dignes du tiers-monde, pendant que Poutine et ses amis milliardaires vivent la grande vie entre Londres et la Côte d'Azur.

      En résumé, les nationalistes Ukrainiens vont très bien avec les nationalistes Russes, et ces gens sont fait pour s'entendre dans leurs pays remplis de misère, d'injustice et de corruption.