Les cinq pôles régionaux du Conservatoire de musique sont menacés de fermeture

L’équipe de direction du Conservatoire veut remodeler le réseau de façon à offrir à moindres coûts une formation «de qualité»  hors des grands centres urbains.
Photo: Conservatoire de musique et d'art dramatique L’équipe de direction du Conservatoire veut remodeler le réseau de façon à offrir à moindres coûts une formation «de qualité»  hors des grands centres urbains.

Le conseil d’administration du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec scellera le sort de ses cinq pôles régionaux vendredi. Le président du CA, Jean-Pierre Bastien, et le directeur général, Nicolas Desjardins, proposeront la fermeture des conservatoires de musique de Val-d’Or, Gatineau, Trois-Rivières, Saguenay et Rimouski afin de briser la spirale de « déficits structurels » dans laquelle le Conservatoire a été aspiré il y a sept ans.

La proposition de mettre la clé sous la porte de tous les conservatoires de musique à l’exception de ceux de Montréal et de Québec fera partie du « Plan de retour à l’équilibre budgétaire » soumis au CA, à l’instar de celle de hausser les tarifs d’inscription des cours offerts en marge des programmes de formation universitaire, selon des informations colligées par Le Devoir.

L’équipe de direction du Conservatoire veut remodeler le réseau de façon à offrir à moindres coûts une formation « de qualité » en musique hors des grands centres urbains de Montréal et de Québec. « Le conseil se préoccupe beaucoup de la qualité de la formation qui est donnée aux jeunes de partout au Québec. Mais le déficit est important. Alors, c’est évident que les mesures pour ramener l’équilibre budgétaire vont devoir être importantes aussi », a expliqué le d.g. Nicolas Desjardins, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « Il faut repenser l’offre de services », a-t-il ajouté, se gardant toutefois de donner des détails sur le contenu du Plan de retour à l’équilibre budgétaire. Celui-ci doit être transmis à la ministre de la Culture, Hélène David, et ce, d’ici au 30 septembre.

La marche à suivre décidée par Mme David permettra de dissiper l’« incertitude » et l’« inquiétude » dans laquelle étudiants, professeurs et autres employés du Conservatoire sont plongés depuis plus de trois ans. « Tout le monde est inquiet », a souligné M. Desjardins.

«Se battre »

La ministre Hélène David n’a pas écarté mercredi l’idée de fermer les portes de « pôles » comme en font état les « rumeurs ». Elle évaluera « toutes les possibilités » afin que le Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec puisse résorber un « déficit cumulatif inquiétant », c’est-à-dire quelque 12 millions de dollars.

La députée péquiste Véronique Hivon presse la ministre libérale de « se battre » pour le maintien des cinq conservatoires de musique. Ils sont de véritables « poumons de vie culturelle » en région, a-t-elle fait valoir. « Un moment donné, il faut être capable de dire qu’il y a des choses qui sont essentielles si on veut garder un minimum d’offre culturelle et de montrer, comme nation, que la culture a une place importante », a affirmé Mme Hivon.

L’élue de l’opposition officielle craint de voir les « coupes mur à mur » amorcées par le gouvernement libéral « complètement mettre à terre notre réseau culturel ». Elle n’est pas la seule.

Dans une lettre ouverte, le maestro Yannick Nézet-Séguin exhorte Mme David de donner les moyens au Conservatoire « de se développer », « de s’épanouir », afin de permettre aux artisans de cette « grande institution […] de se concentrer sur autre chose que leur simple survie ».

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 18 septembre 2014 08 h 14

    Une promesse est une promesse

    "La culture? S'il reste de l'argent." - Philippe Couillard, pendant la campagne électorale.
    Une promesse est une promesse.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 18 septembre 2014 15 h 26

      Très vrai. Il a cependant aussi promis de soutenir les régions.

    • François Dugal - Inscrit 18 septembre 2014 18 h 25

      Donc, il a tout dit et son contraire, monsieur Turgeon.

  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 18 septembre 2014 13 h 02

    Subventionnons la culture!

    La musique :

    - nous transporte et élève notre âme ;
    - traverse le temps et les frontières ;
    - rapproche les cultures ;
    - un facteur de paix et de cohésion sociale ;
    - aide à aimer la vie ;
    - forme l’esprit et l’intelligence ;
    - ouvre notre coeur et notre tête vers le merveilleux ;
    - participe au bonheur des gens ;
    - transcende la vie ;
    - etc.

    La musique c’est un bien commun qui nous fait grand bien!

    Vous, au gouvernement (conservateur) sous Couillard, en prenant une décision aussi insensée que celle de fermer ces conservatoires, vous êtes sans aucune vision de ce qu’est et devrait être une société saine et équilibrée. Vous exprimez un mépris du peuple n’ayant d’égal que vos décisions purement idéologiques relevant du conservatisme pur et dur. Vous devenez de véritables bradeurs de culture.

    Les rationalisations, ça fait maintenant plus de 30 ans qu’on nous les sert. On ne peut pas se permettre d’élaguer encore davantage au niveau de la culture en pratiquant des rationalisations sauvages à répétition qui n’ont rien de chirurgicales, mais qui relèvent davantage de la boucherie sur le plan des politiques sociales.

    Les conservatoires ont toute leur raison d’être en région. Le territoire est vaste au Québec. Si nous désirons faire profiter la culture de manière optimale, la répartition des conservatoires doit demeurer aussi en région. Protéger cette répartition, c’est l’expression même d’une société démocratique.

    Les amalgames que vous tentez de mettre en place en ce moment, sous prétexte de rationalisation, ne cadrent pas avec la vocation même des conservatoires, entre autres sélectionner et former les meilleurs musiciens et autres disciplines artistiques.

    Le métier d’artiste, de musicien professionnel, est à ce point difficile que même plusieurs médecins ou ingénieurs ont reculé en ayant tenté une incursion dans ce domaine. La formation de pointe reste le meilleur gage de succès pour les futurs artistes.

    Manquez-vous de culture à ce p

    • François Dugal - Inscrit 18 septembre 2014 18 h 28

      Surtout, la culture donne une identité, monsieur Bellefeuille. Ce ne sont pas tous les politiciens qui désirent que leur électeurs aient une identité qui serait contraire à leurs dessins.

  • Winston McQuade - Abonné 18 septembre 2014 13 h 54

    Fermeture des Coinservatoires...

    Montréal, le 18 septembre 2014

    Madame Hélène David, ministre de la culture et des communications du Québec,

    Au moment de votre nomination à ce titre et cette fonction honorable et enviable, je vous ai exprimé publiquement mon soutien connaissant vos antécédents en matière de culture tant sur le plan personnel que professionnel.

    J’avoue être amèrement déçu par l’annonce de la fermeture des Conservatoires de musique et d’art dramatique du Québec en région sachant que l’avenir des institutions de Montréal et de Québec reste précaire, voire incertain.

    Cet épisode immensément disgracieux me rappelle la sombre époque de la fin des années ’60 alors qu’un autre gouvernement libéral soucieux de faire des économies sur le dos des artistes, en arts visuels cette fois, abolissait l’existence des Écoles des Beaux-Arts de Montréal et de Québec. Deux institutions qui offraient sur quatre ou cinq ans une formation complète, dense et touffue depuis le classicisme des anciens maîtres jusqu’à un mode d’expression plus personnel, audacieux, moderne et avant-gardiste. D’ailleurs, les Pellan, Lemieux, Riopelle, Borduas, Vaillancourt, Roussil, Ferron, Barbeau, Gauvreau pour ne nommer que ceux-là en sont la preuve. Depuis, la formation des artistes en arts visuels est devenue l’affaire des universités où la formation a pris une tournure plus didactique. Je demeure cependant le défenseur d’une approche basée sur des valeurs classiques comme celles dispensées par les Conservatoires de musique et d’art dramatique du Québec.

    Sur une note personnelle, je manifeste ma grande inquiétude de voir ma petite fille Tess dans l'impossibilité de terminer sa formation en chant classique au Conservatoire de musique de Montréal et ainsi, mettre un frein à son désir et ses ambitions de se forger une carrière sur les grandes scènes du monde comme c'est le cas pour tant d'interprètes qui sont passés par le Conservatoire, les Yannick Nézet-Séguin, Marie-Josée Lord, Julie Boulianne, Karina Gauvin