CRTC : Québecor plaide pour une déréglementation

Aux yeux du patron de Québecor, Pierre Dion, le CRTC doit s’abstenir d’imposer un cadre réglementaire devenu <em>«tout simplement obsolète»</em> dans un contexte de mondialisation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aux yeux du patron de Québecor, Pierre Dion, le CRTC doit s’abstenir d’imposer un cadre réglementaire devenu «tout simplement obsolète» dans un contexte de mondialisation.

La survie des télédiffuseurs et télédistributeurs canadiens passe par un allégement réglementaire face à des concurrents de classe mondiale comme Netflix et Google, a plaidé Québecor devant le CRTC.

 

« Si le Conseil ne réagit pas assez rapidement, un service comme Netflix sera, dans un avenir rapproché, non seulement l’un des plus importants télédistributeurs, mais également l’un des plus importants télédiffuseurs au Canada », a prévenu mardi le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Dion.

 

Selon le géant médiatique québécois, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) impose déjà aux entreprises médiatiques traditionnelles du Canada une « longue série de contraintes réglementaires »comme le service de base obligatoire ou encore l’obligation d’offrir un nombre minimal de chaînes francophones.

 

« Netflix ainsi qu’Amazon, Google et autres doivent, dans leurs plus grands rêves, souhaiter que les instances réglementaires continuent de garder les clés des menottes des télédistributeurs et télédiffuseurs traditionnels canadiens », a poursuivi M. Dion.

 

En misant de plus en plus sur des séries originales comme House of Cards ou encore Orange Is the New Black pour attirer les curieux, Netflix n’a cessé de gagner en popularité. En 2014, 24 % des ménages canadiens (dont 9 % au Québec) y étaient abonnés, comparativement à 15 % en 2011.

 

La voie de la déréglementation

 

Aux yeux de Québecor, le CRTC doit ainsi « rectifier complètement le tir avant qu’il ne soit trop tard » et s’abstenir d’imposer un cadre réglementaire devenu « tout simplement obsolète » dans un contexte de mondialisation où le contenu — et non plus la plateforme de diffusion — est roi.

 

Et l’organisme ne pourra assujettir les services de vidéo en ligne à son cadre réglementaire, a soutenu M. Dion, rejoignant ainsi une position réaffirmée lundi par le gouvernement fédéral.

 

« Le CRTC a, par le passé, refusé de réglementer de tels services, et notre gouvernement continue d’appuyer fermement cette position », a déclaré par voie de communiqué la ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover.

 

Il ne reste donc qu’un seul choix pour le Conseil, a résumé Pierre Dion : la déréglementation de la radiodiffusion, ce qui permettra aux joueurs canadiens d’opérer à chances égales avec Netflix et les autres services « OTT » (« over the top »).

 

Le vice-président à la radiodiffusion du CRTC, Tom Pentefountas, a demandé à quelques reprises pourquoi Québecor — qui s’exprimait au nom de Vidéotron et du Groupe TVA — ne travaillait pas à concurrencer Netflix sur son propre terrain de jeu.

 

Pierre Dion a répliqué que Netflix bénéficiait d’avantages dont Québecor ne profite pas en n’étant pas soumise aux mêmes règles.

 

« Vous savez, il y a deux façons d’aller à Québec : on peut prendre la 20 ou la 40, a illustré M. Dion. Il y a un chemin qui a une police, l’autre n’en a pas. D’après vous, quelle autoroute les gens vont-ils prendre pour se rendre à Québec ? »

 

M. Pentefountas, qui s’est montré irrité par moments, a reproché à la délégation de Québecor de vouloir continuer à profiter des subventions gouvernementales tout en demandant à l’organisme de le laisser opérer dans un système déréglementé.

 

« N’est-ce pas un avantage considérable par rapport à Netflix ? Vous voulez prendre l’argent du système réglementé pour financer vos productions dans le système exempté ? Et là, vous pensez que vous êtes sur un pied d’égalité en agissant ainsi ? »