Le Festival de la poutine bien ancré

Louis-Jean Cormier sera en ouverture du Festival de la poutine en compagnie de Dead Obies et de Bernard Adamus
Photo: Francis Vachon Le Devoir Louis-Jean Cormier sera en ouverture du Festival de la poutine en compagnie de Dead Obies et de Bernard Adamus

Les festivaliers sont de plus en plus au rendez-vous, les restaurateurs y participent dans un esprit de compétition ludique et tous viennent célébrer un mets québécois qu’on pourrait aisément qualifier de « national ». Le Festival de la poutine de Drummondville, qui débute dans quelques jours, ressemble de plus en plus à une tradition dans le circuit des festivals de la province.

 

L’idée a été au départ lancée comme une boutade, un geste posé par les membres des Trois Accords pour revendiquer, au nom de Drummondville, la paternité de la poutine. Ce serait en effet là que, dans les années 50, est né ce qui allait devenir le classique culinaire qu’on connaît.

 

Reste que le festival organisé par le groupe et quelques collaborateurs s’est résolument installé dans le calendrier estival. Né en 2008, il en est cette année à sa septième édition. À quoi doit-on ce succès ? « Il y avait une place à prendre, possiblement à long terme, parce qu’en ayant grandi ici, on savait qu’il manquait un festival, explique Simon Proulx, chanteur et guitariste des Trois Accords. Maintenant, on voit que les gens viennent et reviennent. C’est vraiment un beau party de fin d’été. Et en plus, les festivaliers viennent de plus en plus loin. Les gens savent qu’il va y avoir de bons shows… et de la bonne poutine. »

 

La notoriété s’installe en effet tranquillement. À titre d’exemple, 16 000 festivaliers ont pris part au festival en 2010, et un peu plus de 7000 poutines ont été vendues. L’an dernier, 24 000 personnes sont venues assister aux spectacles et ont mangé un total de 10 000 poutines.

 

L’offre des restaurateurs prend elle aussi du galon. Les organisateurs ont décidé d’opter depuis 2013 pour la formule des cantines roulantes (food trucks). Elles seront une dizaine cette année. Le Pied de cochon effectue d’ailleurs un retour au festival, mais au moment de mettre sous presse, on ne savait pas encore quelle serait sa recette spéciale pour Drummondville. En 2010, le célèbre établissement avait opté pour une poutine au homard.

 

Deux autres camions feront le chemin depuis Montréal, mais on en retrouvera également de la région, dont la délicieuse combinaison frites-fromage-sauce de la Fromagerie Lemaire. Le festival accueillera aussi une cantine venue du Nouveau-Brunswick. « Nous sommes maintenant pancanadiens,lance Simon Proulx. La prochaine étape, ce serait peut-être d’avoir de la représentation d’autres pays. Éventuellement, on pourrait même organiser les Jeux mondiaux de la poutine. Sky is the limit, surtout quand on sait que Drummondville est au centre du Québec et que le Québec est au centre du monde. »

 

Champions de la poutine

 

Le camion montréalais de Lucky’s sera lui aussi sur place pour défendre son titre de « champion » de la meilleure poutine de l’édition 2013. C’est sa « Fameuse » qui lui a valu la prestigieuse récompense. La recette ? Canard confit, oignons caramélisés au vinaigre balsamique, sauce au foie gras et vin rouge, et bien sûr du fromage frais. « Ce n’est pas parce que c’est ma poutine, mais franchement, elle est très bonne, insiste Valérie Impala, copropriétaire de la cantine roulante. La sauce goûte bien le vin rouge et le foie gras, les gens aiment nos frites en juliennes faites maison et, comme nous utilisons toujours du fromage frais du jour, il fait “squik”. Tous les ingrédients que les gens demandent sont dans cette poutine. »

 

Séduite par l’offre musicale et la « belle compétition » entre restaurateurs, Valérie Impala se dit étonnée par l’attrait exercé par la poutine. « L’an dernier, je croyais sincèrement que les gens voudraient manger autre chose que de la poutine. Mais c’est hallucinant de voir à quel point les gens en demandent. Nous avions préparé un autre élément pour le menu, mais ça ne s’est pas du tout vendu. Les gens ne veulent que de la poutine et ils veulent en essayer quelques-unes. »

 

Elle se garde bien de conjecturer sur le lieu de naissance de la fameuse formule appréciée de tous, ou presque. Même chose pour Simon Proulx, qui se permet néanmoins de philosopher sur sa création. « Nous, on veut rester neutres dans ce débat. Mais pourquoi est-ce qu’il y aurait un Festival de la poutine à Drummondville si la poutine n’avait pas été inventée à Drummondville ? Il y a quelque chose de plus grand que nous. »

 

Côté musique, la formule drummondvilloise se veut aussi « populaire » que possible. Forcément, l’offre de spectacles s’en trouve passablement éclatée. À l’ouverture jeudi, on aura droit à Dead Obies, suivi de Bernard Adamus (un rare spectacle cette année) et de Louis-Jean Cormier. Vendredi, il y aura coup sur coup Alex Nevsky et Marie-Mai. Comme quoi les organisateurs ne négligent pas le volet grand public. Samedi, on boucle la boucle avec les vétérans de Grimskunk et les organisateurs eux-mêmes, Les Trois Accords.

 

Et cette septième édition ne devrait pas être la dernière, selon Simon Proulx. Il faut dire que Drummondville fête l’an prochain son 200e anniversaire et que le festival fera très probablement partie des festivités. « On le fait quand même entre nous, avec les membres du groupe. Nous sommes partis de quelque chose de modeste, pour pouvoir grandir tranquillement. Et depuis le départ, on essaie de bâtir une structure qui pourrait nous survivre si jamais on ne voulait plus organiser le festival. J’espère que ce sera là à long terme, qu’on construit quelque chose qui va devenir une tradition. »