Guerre et paix au musée Stewart

Barrington Street Patrol Halifax, œuvre du lieutenant Thomas Charles Wood, un artiste qui a servi dans la marine entre 1944 et 1946.
Photo: Collection Beaverbrook d’art militaire, Musée canadien de la guerre Barrington Street Patrol Halifax, œuvre du lieutenant Thomas Charles Wood, un artiste qui a servi dans la marine entre 1944 et 1946.

La marine canadienne a atteint ses 100 ans d’existence. L’exposition itinérante qui le souligne vient de s’arrêter au musée Stewart de l’île Sainte-Hélène à Montréal. Une histoire de guerre et de paix.

«Jaurais mis des sous-vêtements si j’avais pu ! », lance Khan Rooney, le très drôle adjoint aux collections du très sérieux musée Stewart. Il ne parle pas de sa propre tenue vestimentaire, mais de l’exposition La marine – L’oeuvre d’un siècle, dont la scénographie a été sous sa responsabilité comme chargé de projet.

 

Au fond, les marins portent « les mêmes caleçons que nous », dit-il. Et le musée n’en conserve pas dans ses voûtes... Cette idée culottée, lancée à la blague par Khan Rooney, avait cependant sa raison d’être.

 

« L’idée, c’était vraiment de présenter la vie quotidienne. La marine est un groupe méconnu au Canada comme partout. Mon but, c’était de ramener des objets [qui nous rapprochent de lui]. »

 

Conçue par le Musée canadien de la guerre pour souligner le premier centenaire de la marine canadienne, l’exposition a parcouru bien des lieux depuis 2010. Présentée d’Halifax à Victoria, elle revient sur cette histoire navale à travers une sélection d’oeuvres conservées (et plutôt conservatrices) au musée d’Ottawa et souvent réalisées par des marins-artistes, témoins des batailles en mer — ou des artistes-marins comme Alex Colville. Les tableaux font partie de la collection Beaverbrook, nommée ainsi en hommage au magnat de la presse qui a créé, au début du XXe siècle, cette tradition d’envoyer des artistes au front.

 

La voici donc amarrée à l’île Sainte-Hélène pendant huit mois. Dans sa version québécoise, l’expo n’est plus que de peinture.

 

Sous les soins de Khan Rooney, elle dresse un portrait plus concret de la marine en objets tirés de la collection du musée : uniformes, médailles, cartes postales et, un gros morceau du parcours, pistolets, fusils et mitraillettes.

 

L’établissement logé dans un ancien arsenal britannique peut s’être donné comme mission de rassembler des morceaux liés à la Nouvelle-France — les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sont sa force —, les artefacts militaires du XXe font aussi partie de ses intérêts.

 

Pas trop de fusils

 

« Des fusils, on ne voulait pas en mettre trop, pour ne pas réduire ça à une expo de violence, de guerre. Mais c’est une bonne occasion de mettre en vedette notre collection d’armes », dit Khan Rooney. Il estime néanmoins important de montrer les armes au même titre que n’importe quel outil du passé. « Pour se familiariser avec elles et mieux comprendre [leurs impacts] ».

 

L’homme aux bras tatoués n’est ni marin ni militaire, mais un spécialiste des armes à feu. Spécialiste passionné qui dit s’intéresser aux armes depuis ses huit ans. Sa passion l’a fait gravir peu à peu les échelons du musée, lui, l’ébéniste engagé d’abord comme technicien, formé depuis forgeron, armurier et muséologue. Elle est si grande, sa passion, qu’il n’hésite pas à offrir aux enfants, grands enfants compris, de leur faire visiter les réserves d’armes. Et de permettre de les toucher.

 

« Les armes, c’est ce qu’il y a de plus solide », rappelle-t-il, au moment de déverrouiller porte après porte dans l’arrière-musée. Au Stewart, l’histoire armée commence avec des fusils à mèche du XVIe siècle et se termine avec une mitraillette de 1996 de la… garde papale. Elle inclut aussi des armes blanches, comme l’immense hache de bourreau que manipule Khan Rooney. « C’est pour faire la coupe de cheveux », lâche-t-il.

 

Une petite portion de cette collection figure dans la salle d’exposition. D’un côté, ce sont les armes à feu des « nôtres » — un Colt américain de 1911, Webley britannique, etc. –, de l’autre, les « leurs », dont un Luger allemand, un long fusil transformable en pistolet.

 

« La plupart de nos objets de guerre ont été ramenés par d’anciens combattants, certains comme butin de guerre, précise le spécialiste. Les armes allemandes ont toutes le petit sceau avec l’aigle et la croix gammée. Certaines ont même des cicatrices. »

 

Plusieurs tableaux

 

L’histoire de la marine n’est pas que de guerre. La quarantaine de tableaux montrent d’ailleurs plusieurs de ses facettes, entre le portrait d’une des premières femmes à endosser l’uniforme et la représentation de bateaux en temps de paix. Reste que les tableaux les plus forts nous poussent au coeur de l’action, dont le Colville, scène nocturne précédant un débarquement d’août 1944.

 

Signalons la vue sur le pont d’un navire au moment où des marins tentent de rescaper des compagnons. Le tableau, signé Harold Beament, un commandant qui a eu une carrière artistique après sa vie militaire, exploite les diagonales de la composition pour exprimer toute la difficulté de l’opération.

 

L’expo montre la marine d’abord comme une réalité pancanadienne, du port d’Esquimalt, en Colombie-Britannique, aux Maritimes. Suivent les épisodes « en mer » et « en guerre », puis « l’héritage ».