L’ONF s’éclate au musée

Une photo tirée du film The Cat Came Back, de Cordell Barker (ONF, 1988).
Photo: Musée de la civilisation Une photo tirée du film The Cat Came Back, de Cordell Barker (ONF, 1988).

La fleur chiffonnée, motif du combat mortel de deux amis dans Voisins de Norman McLaren, la chaise qui narguait Claude Jutra dans Il était une chaise du même McLaren sont au rendez-vous. Ajoutez une maquette du Château de sable de Co Hoedeman, une autre de Dehors novembre de Patrick Bouchard sur la chanson des Colocs. Plus loin : les pantoufles, la planche à dessin et le tabouret de MacLaren s’offrent aux regards fétichistes. Ne manque que l’écran d’épingles dont l’exemplaire unique en Amérique du Nord ne saurait quitter les locaux de l’Office.

 

Mais n’allez pas croire que l’expo Image x image qui démarre ce mercredi au Musée de la civilisation à Québec se résume à ces 150 artefacts illustrant la trajectoire animée de l’ONF depuis 1939. Un laboratoire invite le public à réaliser des oeuvres d’animation mises en ligne sur YouTube, des cinéastes en résidence créent et échangent avec les visiteurs, des visites personnalisées s’orchestrent pour les iPhone.

 

Jusqu’au 23 août 2015, l’ONF et son fleuron de l’animation tiennent salon à Québec. Un double anniversaire : centenaire de Norman McLaren, star de l’expo, et les 75 ans de l’Office, donne l’occasion de remonter le temps en explorant l’avenir. Mardi, après le lancement officiel, des équipes techniques mettaient la dernière main à ce très inspirant parcours, vraiment chouette, pétri d’univers multiples, qui donne l’envie de s’y colleter deux fois plutôt qu’une.

 

Qualifiant le musée de lieu de création et d’innovation, Michel Côté, directeur général des Musées de la civilisation, précise qu’à l’heure de rendre hommage à l’ONF, lui et son équipe ont choisi le créneau de l’animation, à cause de son rayonnement, de ses esthétiques plurielles et des récompenses nombreuses moissonnées à travers le monde.

 

Plus de 250 films ou extraits de films se déplient en cinq volets : récit social, musical, humour, expérimental et imaginaire. « Le rôle d’un musée c’est de mettre les créations en valeur, de leur donner un sens », dit Michel Côté.

 

L’attrait des courts métrages d’animation

 

Ce musée de la place Royale, depuis sa création, résolument expérimental et interactif, adopté par les familles, est un cadre idéal pour attirer une relève de spectateurs vers l’ONF.

 

Julie Roy, productrice exécutive du studio d’animation français de l’ONF, rappelle à quel point les courts métrages d’animation de l’ONF sur le Web ont la cote. Et l’expo peut donner envie de mieux connaître ces films justement. « Image x image est en chantier depuis deux ans, explique-t-elle. Le projet a été monté par Monique Simard [ex-directrice du programme français de l’ONF] et Michel Côté. »

 

Patrick Bouchard (Dehors novembre, Bydlo) a créé une installation sur la déambulation (des jambes que l’éclairage fait bouger). On pense au court métrage Walking de Ryan Larkin. « La marche est le mouvement le plus simple », explique le cinéaste. On lui doit aussi des installations montage : bottes, outils, écouteurs, etc., peints en monochromie. Plusieurs moulages de ses oeuvres sont présentés.

 

Patrick Bouchard, qui travaille avec des figurines, est l’un des sept cinéastes d’animation en résidence, dits artefacts vivants, qui dans une cage de verre se relaieront pour créer une oeuvre bonne ou mauvaise (l’important, c’est le processus). La sienne consistera à animer une marionnette au sol qui attrapera les jambes des gens. Pour Francis Desharnais, l’artiste en résidence inaugurant l’expo, c’est le rapport avec le public qui le branche. Il savoure cette occasion d’expliquer pour une fois son travail.

 

De grosses pointures comme Theodore Ushev et Janet Pearlman auront aussi leurs deux semaines attitrées de création dans cet étrange aquarium.

 

Au chapitre des curiosités historiques : des images de cinq courts métrages de 1939, coproductions de l’ONF et des studios Disney, qui poussaient les Canadiens à se procurer des bons de la Victoire, pour l’effort de guerre. Le tout avec le concours disneyien des Trois Petits Cochons, du Grand Méchant Loup, de Donald Duck et autres Sept Nains.

 

Un volet est consacré à la musique avec coup de chapeau à Maurice Blackburn, qui fut compositeur attitré à l’ONF (150 films, dont Blinkity Blank, Le merle et Pas de deux de McLaren).

 

Le son constitue un des points cruciaux du parcours puisque, comme l’explique Julie Roy, pour les films d’animation, à la différence des fictions traditionnelles, le son doit toujours être inventé. « Les artistes de l’ONF ont développé un ingénieux système depuis la création de l’institution afin d’y parvenir. » Une machine à vents, une machine à pas et autres instruments bruiteurs sont exposés.

 

Belle occasion aussi de s’enfiler en continu les courts métrages de l’ONF couronnés d’un Oscar. Dans la salle de projection, on se laisse capturer par quelques chefs-d’oeuvre, dont bien entendu le terrifiant Voisins de Norman McLaren, l’émouvant Le château de sable de Co Hoedeman, l’exceptionnel Ryan de Chris Landreth, et autres hilarants Bob’s Birthday de David Fine et Alison Snowden. Sept Oscar, ça se célèbre et se savoure.

 

Frédéric Back, dont la carrière s’est déroulée à Radio-Canada, a droit à ses cimaises. Des dessins de L’homme qui plantait des arbres, plus précisément. Parce qu’il fut inspiré par un film de l’ONF, nous dit-on. On n’en sort pas.

 

 

La bande-annonce de l'exposition

 



Extrait du film BYDLO, de Patrick Bouchard, qui sera en résidence cet été au Musée.

 



Alberte veut sortir. Cet épisode fait partie de la série animée Burquette, réalisée par le bédéiste Francis Desharnais.

 



Dans la cour d'école. Cet épisode fait partie de la série animée Burquette, réalisée par le bédéiste Francis Desharnais.

 

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