La culture est une ressource renouvelable

Benoit Rose Collaboration spéciale
L’artiste acadienne Lisa LeBlanc (au centre) jouant du banjo au Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, en 2010.
Photo: Alain Lauzier L’artiste acadienne Lisa LeBlanc (au centre) jouant du banjo au Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, en 2010.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Gaspésie a perdu beaucoup de son monde au fil des années. Les possibilités d’emploi liées à l’exploitation de ressources naturelles s’y étant étiolées, les jeunes sont nombreux à être partis chercher leur avenir ailleurs. Selon Alan Côté, directeur général et artistique du Village en chanson de Petite-Vallée, il faut aujourd’hui considérer les arts et la culture comme une ressource renouvelable essentielle à la vitalité de nos régions. Par ses ententes régionales, le CALQ soutient cette vision des choses.

Petite-Vallée est un tout petit village gaspésien de 160 habitants, pourtant connu à travers la province pour son Festival en chanson, dont Alan Côté est le maître d’oeuvre. « On a déjà été 300, on est rendus 160. J’emploie 35 personnes l’été. Je fais en sorte que des jeunes reviennent au village pour y travailler l’été, et ils décident parfois d’y rester à plein temps. C’est super important, parce qu’il y a de moins en moins de monde dans notre coin de pays, qui a été fragilisé par toutes sortes d’impacts économiques, comme ce qui est arrivé avec la pêche, la forêt et les mines. La culture elle, elle est là, et elle est renouvelable. »

 

Il faut selon lui trouver des façons de mieux exploiter les régions « comme des régions-ressources en matière culturelle », afin que les artistes de partout s’y sentent attirés. Alan Côté se souvient à cet égard de la réaction de l’humoriste et animateur d’origine rwandaise Michel Mpambara, venu pour la première fois en tournée dans la péninsule il y a plusieurs années. Il le revoit assis sur la galerie de l’auberge de sa mère, la Maison LeBreux, contemplant la mer par un beau matin, les larmes aux yeux. « On ne nous dit pas ça quand on arrive dans ce pays-là », lui aurait-il confié, ému de découvrir une telle beauté naturelle, immense et bleue.

 

Si le soutien et la circulation des arts pouvaient, selon le directeur artistique, amener davantage de gens à embrasser la Gaspésie et l’ensemble du territoire québécois, la culture doit bel et bien être considérée comme un vecteur économique important. À ce chapitre, elle est trop souvent négligée, croit-il, lui qui préside aussi le regroupement des festivals de la péninsule, nommé Les événements gaspésiens (LEG), qui en a fait un cheval de bataille : « On veut que les arts et la culture soient reconnus au même titre que le tourisme et les autres secteurs d’activités. Ça avance, on a vu une grande évolution. »

 

Alan Côté siège aussi au conseil d’administration du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) depuis sept ans. Se considérant comme choyé, il croit que ce poste lui donne l’occasion de défendre tant des opinions personnelles que des avis de son milieu, et d’amener une perspective régionale qu’il dit bien connaître. En plus du Village en chanson et du LEG, il a siégé pendant plusieurs années au Conseil de la culture de la Gaspésie.

 

« L’apport du CALQ a fait en sorte que la culture en région se porte mieux qu’avant. Il faut poursuivre ce travail-là », observe M. Côté. À partir de 1996, le CALQ s’est doté d’un plan d’action en faveur des régions du Québec dans le but de mieux répartir ses ressources et de soutenir la vitalité artistique un peu partout sur le territoire. Avec aujourd’hui une trentaine d’ententes régionales conclues en appariement avec des partenaires locaux, le CALQ souhaite contribuer au développement économique et social des communautés et permettre aux artistes et aux écrivains d’y oeuvrer.

 

Ces ententes, qui tiennent compte des spécificités et des besoins exprimés dans les différents milieux, permettent en premier lieu aux artistes de se confronter avec leurs pairs dans leur coin de pays, explique M. Côté. « Ça crée de l’émulation », et ça permet, à travers le processus d’obtention d’une bourse régionale, d’être reconnu chez soi, d’acquérir une certaine expertise et de mieux définir sa direction artistique avant de faire une demande pour une bourse nationale. « Être capable de bien nommer ce qu’on est comme artiste ou comme organisme, ça s’apprend avec des pairs et des partenaires », croit celui qui s’est aussi mouillé comme auteur-compositeur.

 

Le CALQ favorise aussi la création de liens au sein des collectivités par le soutien à des projets artistiques dits de proximité. Par exemple, un artiste visuel d’une région donnée peut collaborer avec des jeunes en difficulté, un groupe écologiste de l’endroit ou encore un centre pénitencier de sa région pour un projet artistique unique ayant une incidence directe sur sa communauté.

 

Demeurer en Gaspésie

 

Ayant eu la chance d’assister à certaines des premières rencontres que le CALQ a organisées avec des artistes gaspésiens, M. Côté dit pouvoir constater que sur près de vingt ans, il y a eu une nette évolution dans la reconnaissance des artistes de la Gaspésie à l’échelle nationale. Les ententes régionales aident selon lui les artistes à se définir, à se développer et à se démarquer.

 

Un exemple concret ? Le directeur artistique évoque le cas de Guillaume Arsenault, cet auteur-compositeur-interprète de Bonaventure qui a remporté en 2001 les honneurs de son Festival en chanson de Petite-Vallée, puis le Prix de la création artistique du CALQ en Gaspésie quelques années plus tard. « Il a eu des reconnaissances régionales au début, puis il a obtenu des bourses et du soutien du CALQ au niveau national. Il réussit à être basé en Gaspésie tout en faisant rayonner son art partout, au Canada et en Europe », de dire M. Côté.

 

Le compositeur mène visiblement une carrière diversifiée, livrant des spectacles, concoctant des bandes sonores littéraires en studio et donnant des ateliers d’écriture. Sur son site Web, Arsenault affirme : « Ma façon d’entrevoir le travail artistique en région me permet de faire mon chemin en étant fidèle à mes convictions. Le pari de vivre de mon art en région, dans un domaine où tout se passe généralement à Montréal, est audacieux, mais aussi révélateur d’un attachement profond à la Gaspésie et du rôle essentiel de celle-ci dans mon inspiration. »

 

M. Côté est fier de mentionner que la Gaspésie compte maintenant quelques studios d’enregistrement à L’Anse-à-Beaufils, à Carleton-sur-Mer et à Grande-Vallée. Il croit que le soutien du CALQ n’est pas étranger à cette émergence, puisqu’il aide les artistes à s’outiller et à s’affirmer dans leur coin de pays, contribuant ainsi à ce que de nouveaux centres artistiques régionaux prennent racine.

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