Les stars de l’info à la défense de Radio-Canada

<em>«C’est une atteinte directe à ce qui nous rend unique et nous distingue de la concurrence»</em>, dit le texte diffusé ce matin et signé par dix-sept stars de l’information, dont Céline Galipeau, Patrice Roy et Pascale Nadeau (notre photo).
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «C’est une atteinte directe à ce qui nous rend unique et nous distingue de la concurrence», dit le texte diffusé ce matin et signé par dix-sept stars de l’information, dont Céline Galipeau, Patrice Roy et Pascale Nadeau (notre photo).

Une lettre ouverte signée par les grosses pointures des ondes et une étude sur le financement de Radio-Canada sont diffusées depuis mardi pour mettre en garde contre les effets des compressions qui affectent le service public.

« C’est une atteinte directe à ce qui nous rend uniques et nous distingue de la concurrence », dit le texte signé par dix-sept stars de l’information, dont Céline Galipeau, Anne-Marie Dussault, Pascale Nadeau, Patrice Roy, Alain Gravel, Sébastien Bovet, Michel Desautels et Michel C. Auger.

Au même moment, le groupe Amis de Radio-Canada lance un livre blanc, sur la situation de CBC/Radio-Canada. Le recueil d’informations factuelles traite du financement, de la gouvernance et de la programmation du diffuseur public. Le document a été rédigé par Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (FNC-CSN).

Cri d’alarme

« Aujourd’hui, nous voulons que vous entendiez notre cri d’alarme sur les graves conséquences des dernières compressions budgétaires, dit le texte des dix-sept. […] Comme artisans des services français, nous nous inquiétons de l’érosion des moyens mis à notre disposition pour assurer un service public de qualité. Compressions après compressions, Radio-Canada meurt à petit feu. Le constat est sans appel : depuis cinq ans, près de 20 % du budget de l’information française a été amputé. »

La lettre égrène les conséquences concrètes des ponctions sur la capacité à produire de l’information originale et distincte. Elle parle de la couverture internationale « aujourd’hui menacée », du service des sports « en train de disparaître », des effectifs du secteur culturel « largement amputés ».

« Une émission comme Enquête, sans laquelle la commission Charbonneau n’aurait pas vu le jour, est l’un des exemples les plus probants de la contribution de Radio-Canada à la santé démocratique de notre pays, dit le texte. Sans les moyens dont nous disposions, les révélations qui ont fait économiser des dizaines de millions de dollars auraient été impossibles. Les compressions affectent aussi La facture, Découverte, La semaine verte, L’épicerie, Second regard, les émissions de la Première Chaîne et d’Espace Musique, ainsi que les stations régionales. »

Les signataires du texte intitulé Nous sommes inquiets viennent de ces émissions. La liste comprend aussi Pierre Craig, Alain Crevier, Johane Despins, Gérald Fillion, Denis Gagné, Emmanuelle Latraverse, Catherine Mercier, Charles Tisseyre et Marie-José Turcotte.

Par contre, Marie-France Bazzo et Catherine Perrin ne pétitionnent pas. Les deux animatrices de la radio du matin ne relèvent cependant pas directement du Service de l’information.

Le texte des dix-sept ne suggère aucune mesure concrète. La dernière phrase appelle cependant la population à participer au débat « pour décider de l’avenir de ce service ».

Des recommandations

Le livre blanc, disponible sur amisderadiocanada.com, s’avère autrement plus militant et concret. Le document s’ouvre sur une préface de Michel Nadeau, directeur général de l’Institut de la gouvernance. « Sauf peut-être le gouvernement conservateur, à peu près personne ne remet en cause la propriété collective de la partie essentielle des grands outils audiovisuels de communication », écrit-il.

Le financement public est présenté comme le nerf de ce combat pour l’information et la culture. Le contribuable canadien verse environ 34 $ par année pour soutenir le diffuseur alors que la moyenne des pays de l’OCDE tourne autour de 87 $ par année.

La Norvège, championne toutes catégories, envoie 164 $ par habitant à ses réseaux 
publics, l’Allemagne 147 $, le Royaume-Uni 111 $. Il n’y a que la Nouvelle-Zélande pour faire moins que le Canada, avec 27 $ de contribution annuelle par habitant. Les États-Unis, encore une fois, se situent dans un monde à part, où dominent le privé ou les organismes sans but lucratif.

« Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de faire semblant de ne pas voir ce qui est à portée de nos yeux, dit le document. L’avenir de CBC/Radio-Canada est en jeu, sa survie est directement menacée. »

Le livre blanc examine diverses règles de gouvernance en vigueur dans le monde. Il conclut que Radio-Canada souffre du bon vouloir du cabinet, alors que la plupart des autres services nationaux en Europe ont développé des moyens de financement plus indépendants, liés à des licences prélevées dans les ménages. Cette taxe spéciale est versée en fonction du nombre de récepteurs (postes de radio ou de téléviseur) présents dans les foyers des contribuables.