Droit d’auteur: les dangers du laisser-aller technophile

Samuel Archibald
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Samuel Archibald

Revoilà un 23 avril au calendrier, revoilà une Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA) — la 19e —, posée ce jour-là en commémoration des dates de décès de Cervantès et Shakespeare. Si, pour créer l’événement, activités et animations sont offertes pour l’occasion, afin d’encourager la lecture et la vente de livres — recevez une rose aujourd’hui à l’achat d’un livre dans certaines librairies participantes… —, l’occasion vient aussi de reparler de l’importance du droit d’auteur et de sa presque inéluctable transformation, suivant celle du monde de l’édition, absorbés par le grand tout numérique…

 

Le romancier et professeur en études littéraires à l’UQAM Samuel Archibald a bien voulu jouer, pour une deuxième fois, le porte-parole de la JMLDA, entre autres parce qu’il est intarissable au sujet des droits d’auteur. Et la dernière année a été riche en réflexions, autant à cause des importants projets de loi qui affecteront le droit d’auteur que du règlement de l’affaire Claude Robinson (voir notre texte en page A 5).

 

« Ce qui m’inquiète, c’est l’affaiblissement du droit d’auteur, indique l’auteur d’Arvida (Quartanier), la trivialisation des entorses qu’on peut y faire. Moi qui viens du Web — j’ai fait ma thèse sur les textualités numériques [«Le texte et la technique. La lecture à l’heure des nouveaux médias »], j’aime me demander : si les plateformes changent, comment on peut accompagner cette mutation ? Qu’est-ce qu’on fait avec cette tentation de parler du droit d’auteur comme une notion et un concept dépassés ? Il doit y avoir transformation, mais je me rebiffe contre le laisser-aller technophile, qui dit que les repères vont apparaître d’eux-mêmes, à l’usage. »

 

L’auteur aime suivre les nouvelles initiatives qui naissent dans l’univers numérique : le copyleft, par opposition au copyright, par exemple, ou les Creative Commons, qui préservent toutes deux le crédit intellectuel sans nécessairement réclamer les deniers qui viennent avec le droit d’auteur tel qu’il se pratique actuellement. « C’est aussi ça, le droit d’auteur : conserver sa paternité intellectuelle, pas seulement avoir un meter [compteur] où on est payé 5 cennes la lecture… » Samuel Archibald poursuit en soulignant l’importance de valoriser aussi le métier d’auteur, même de rédacteur. « C’est mon vieux fond de marxiste culturel : le prix qu’on donne au substrat, c’est aussi dans la psyché la valeur qu’on lui accorde. » Un exemple ? « Quand on te donne un journal dans le métro, ça ne vaut pas grand-chose… C’est pourquoi c’est dangereux aujourd’hui, lorsqu’on est devant un livre à prix régulier, de trouver ça cher… »

 

Pour consulter les quelque 300 activités proposées pour la JMLDA au Québec et dans les communautés francophones du pays, jmlda.qc.ca.