Un party de collage

Les écoles mais aussi les passants sont invités à La Rotonde du Musée d’art contemporain de Montréal pour couper-coller et exposer leurs créations sur les branches du Collage Party Pavilion de l’artiste Paul Butler.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les écoles mais aussi les passants sont invités à La Rotonde du Musée d’art contemporain de Montréal pour couper-coller et exposer leurs créations sur les branches du Collage Party Pavilion de l’artiste Paul Butler.

Technique de réappropriation de l’image qui se promène allègrement entre le grand art et l’artisanat, le collage est l’élément sur lequel s’est penché le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) dans sa toute nouvelle exposition, Collages : gestes et fragments. Alors que les créateurs s’exposent, le public est invité à se coller au sujet à l’occasion d’un party de collage.

 

Vous savez qui aime faire des collages, à part les enfants de la prématernelle, les amateurs de scrapbooking et les artistes ? Les adultes. Pour libérer leur créativité, il suffit de quelques bons outils : de la colle, un X-acto, des magazines. Une bouteille de vin pour décoincer ceux qui font de la résistance, et voilà ! On a l’ébauche d’une fête. Vous doutez ?

 

Demandez à Paul Butler.

 

G.O. (gentil organisateur) de partys de collage — dont le plus long a duré 12 jours, sans interruption —, Butler a confondu des milliers de sceptiques depuis 15 ans.

 

L’artiste de Winnipeg se souvient d’un gars, récalcitrant au possible, que la blonde avait obligé à prendre part à l’un de ces blitz de création qu’il organisait dans son studio, en compagnie de musiciens, d’artistes et de bricoleurs du dimanche. « Il a pris quelques verres, puis a commencé à faire un collage vraiment stupide et de base avec des pénis, le genre de truc que dessinerait un ado. Puis, au fil de la soirée, son regard s’est illuminé et il est devenu très fier de sa création, la montrant à tout le monde. Pendant les collage partys, les gens deviennent très émotifs et ressentent un grand soulagement », a observé ce conservateur à la Winnipeg Art Gallery, qui voit dans le collage quelque chose de thérapeutique.

 

Un effort collectif

 

Ses marathons de découpage sont devenus le projet phare de sa création artistique et, à sa grande surprise, il s’est mis à recevoir des bourses pour organiser ces collage partys dont il est le promoteur. Au début, le créateur tenait ses soirées pour briser la solitude du processus créatif, mais il a vite conquis le public et rendu accessible la pratique de cet art.

 

Paul Butler a tendu ses ciseaux aux jeunes délinquants comme aux handicapés physiques, en faisant bricoler le monde entier, et c’est au tour des gens de passage au Quartier des spectacles de s’asseoir à la table de son Collage Party Pavilion, installé temporairement à La Rotonde du MACM.

 

Il n’y a pas de vin, mais la table est déjà remplie grâce à l’effort collectif : un distributeur de magazines a fourni au musée de vieilles éditions de People, la conservatrice et commissaire de l’exposition Collages, Lesley Johnstone, a vidé le Colisée du livre de ses National Geographic et les employés ont fait don de vinyles et d’éditions de L’actualité.

 

Ouvert à tous et gratuit, le studio portatif improvisé offre aux visiteurs l’occasion de réinterpréter les images dont les médias et la publicité les bombardent, en vandalisant gentiment les déchets que produit la société de consommation.

 

« Ces messages, on ne les reçoit pas par choix, ils gravitent autour de nous. On régurgite ce qu’on nous fait avaler », illustre Paul Butler, qui expose actuellement ses oeuvres découpées dans des photos de The Sartorialist, à la galerie Division, dans la Petite-Bourgogne à Montréal. « Il y a toujours eu des collages politiques, des collages inspirés de la porno. D’ailleurs, dès que tu glisses un magazine porno dans le lot de publications à découper, tout le monde se l’arrache ! »

 

De tout temps, les artistes ont utilisé cet art de la juxtaposition et de la découpe dans leurs oeuvres. « Par contre, ce n’était pas nécessairement un produit fini et exposable », mentionne la commissaire de Collages. Elle remarque, depuis près d’une décennie, un intérêt grandissant pour cette technique qui prend ses aises autant dans le grand art que dans l’art populaire.

 

Capter un moment

 

« C’est difficile de transformer un collage en quelque chose d’autre qu’une superposition d’images. Souvent, les gens pensent que le collage n’est pas une vraie forme d’art, alors ils compensent en surchargeant leur feuille, soutient Butler, dont les oeuvres penchent plutôt vers le minimalisme, comme les visiteurs pourront le voir dans la salle d’exposition. C’est un peu comme en photographie. Tu peux réduire cette forme d’art en disant que ce n’est qu’appuyer sur un bouton. Mais c’est plus que ça. C’est aussi capter un moment. »