Le katajjaniq, chant de gorge inuit, fait son entrée au Registre du patrimoine culturel québécois

Nancy Saunders et Pauyungie Nutaraaluk ont entonné un chant de gorge à leur manière pour célébrer mardi cette toute première désignation du patrimoine immatériel.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Nancy Saunders et Pauyungie Nutaraaluk ont entonné un chant de gorge à leur manière pour célébrer mardi cette toute première désignation du patrimoine immatériel.

« Jai grandi à une époque où il y avait peu à manger et peu à faire, alors le katajjaniq était un jeu, une activité qui nous divertissait. C’était une manière d’être patient, de laisser le temps passer en attendant le retour des chasseurs », raconte Aula Tullangak, 77 ans, venue chanter avec sa cadette Evie Mark pour célébrer l’inscription du chant de gorge inuit au Registre du patrimoine culturel québécois.

 

Cette pratique autochtone millénaire et surtout féminine devient la première désignation du patrimoine dit immatériel, selon les nouveaux termes inclus dans la Loi sur le patrimoine culturel, entrée en vigueur en 2012. Le ministre de la Culture et des Communications Maka Kotto en a fait l’annonce mardi. Un geste porteur et symbolique qui a suscité beaucoup d’émotion et de fierté chez les nombreux autochtones venus prendre part à la conférence de presse.

 

« C’est un honneur pour moi que le katajjaniq soit reconnu comme le tout premier élément du patrimoine immatériel, a confié en inuktitut, puis en anglais, Charlie Arngak, président de l’Institut culturel Avataq qui en défendait la candidature auprès du ministre. Je ne peux m’empêcher de voir en cela un pas de plus vers une inclusion des peuples autochtones dans la définition de ce qu’est l’identité québécoise. »

 

« Ce geste vise à reconnaître la force des traditions inuites qui par bonheur survivent au temps et connaissent un second souffle grâce à l’intérêt des jeunes générations », a affirmé Maka Kotto. La ministre déléguée aux Affaires autochtones, Élizabeth Larouche, a pour sa part souligné que cette pratique « est encore bien vivante dans les 14 communautés inuites du Québec ». Elle a assuré son soutien au ministre afin que des gestes concrets soient maintenant posés pour faire mieux connaître le chant de gorge.


Communion, renouveau

 

Chant rythmique en forme de duel amical, le katajjaniq est aussi vieux que le son de la voix des femmes résonnant dans leur communauté. Quand elles l’entonnent, celles-ci entrent dans une poignante communion, se serrant les bras comme pour mieux jumeler leurs ondes sonores.

 

Evie Mark le chante depuis l’âge de 11ans. « C’est une forme de jeu pour voir qui rira ou s’arrêtera en premier. C’est aussi une imitation de la nature environnante. On imite les cris des animaux, les sons humains, le bruit du vent. C’est ensorcelant», décrit l’interprète et cinéaste pour résumer l’engouement que connaît le chant de gorge chez les jeunes.

 

L’artiste d’origine inuite Élisapie Isaac a aussi contribué à en répandre les sonorités étranges et envoûtantes. Cette renaissance a joué en faveur de sa désignation, car le patrimoine immatériel nouvellement défini par la loi recouvre des pratiques, des expressions et savoir-faire qui sont transmis par les porteurs de tradition.

 

« La sauvegarde du patrimoine immatériel trouve d’abord sa source dans cette appropriation par la communauté qui porte avec fierté une tradition et la garde bien vivante en raison de sa charge émotive », a souligné le ministre Kotto.

 

La nouvelle loi tend aussi la main aux communautés autochtones qui peuvent maintenant identifier des éléments de patrimoine immatériel.

 

Charlie Arngak d’Avataq a d’ailleurs formulé le souhait de voir maintenant la langue inuktitute protégée et reconnue.
 




6 commentaires
  • Maryse Courville - Abonnée 29 janvier 2014 06 h 22

    Le katajjaniq, chant de gorge inuit, fait son entrée au Registre du patrimoine culturel québécois

    Bonjour,

    Elisapie Isaac est d'origine inuite et non innue tel que mentionné dans votre article. Elle est native du village de Salluit, un des villages le plus septentrional du Québec situé dans la région du Nunavik. Les Innus sont originaires, entre autres, de la région de la Côte-Nord.

    Maryse Courville
    Conseillère pédagogique
    Commission scolaire Kativik
    marysecourville@msn.com

    --------
    NDLR

    En effet. La correction a été faite. Merci.

  • Catherine Langlois-Cloutier - Inscrite 29 janvier 2014 07 h 47

    Erreur

    L'artiste Élisapie Isaac est d'origine Inuit et non Innue.

    --------
    NDLR

    En effet. La correction a été faite. Merci.

  • France Marcotte - Abonnée 29 janvier 2014 08 h 34

    C'est beau!

    Quelle photo remarquable d'Annik MH De Carufel. Jacques Nadeau n'est pas le seul à avoir un style fort.

    Les deux femmes de la photo sont sculpturales et lumineuses.

    Elles sont ensemble tout en étant chacune très concentrée et la photographe a su le saisir.

  • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2014 13 h 12

    Et ensuite?

    Je suis bien content de voir que finalement nous allons considérer les Inuits, comme faisant partie avec leur culture propre, et en enrichisant la nôtre justement de ces particularités, la culture Québécoise dans son ensemble.

    La question qui me turlupine est de savoir quand des leaders Inuits d'expression française vont se manifester. J'ai connu des gens qui ont enseigné à Inukjuak et même aussi je crois à Puvirnituq. Ils enseignaient en français aux enfants du village. Et ça fait très longtemps de ça.

    Pourtant si je ne me trompe et tant mieux si c'est le cas mais je ne le pense pas, les leaders Inuits qui viennent dans le sud ne s'expriment qu'en anglais.

    Il me semble pourtant que ce serait à l'avantage de tous que les communications avec le peuple Inuit puisse se faire en français et que les messages deviennent bi-directionnels pour un approfondissement de nos relations tant au plan de la quantité que de la qualité.

    • France Marcotte - Abonnée 29 janvier 2014 15 h 55

      Ce qui est un peu ennuyeux avec vous, c'est que vous ramenez tout très vite à la question nationale dans une sorte de réflexe conditionné. Cela nuit à votre crédibilité.

      On peut certainement y arriver par des chemins détournés (les convictions profondes ne souffrent pas trop qu'on les perde un moment de vue), en prenant le temps par exemple d'écouter des chants de gorge de nos nordiques concitoyennes.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2014 22 h 39

      On arrive quelque part quand on va quelque part madame Marcotte. Moi je sais ou je vais. Apparemment pas vous. Les chemins détournés c'est votre spécialité? Ah oui! Bon ben continuez de zigzaguer madame Marcotte si vous aimez ça.

      Oui j'ai bien aimé les chants de gorge. Les photos aussi. Je suis capable d'écouter, de macher de la gomme, et de réfléchir en même temps.