La SODEC est désormais à l’heure des révolutions

Monique Simard est entrée en fonction à la tête de la SODEC le 6 janvier. Avant les vacances d’été, la nouvelle p.-d.g. entend proposer un plan d’action pour faire entrer la SODEC dans l’avenir, clés en main.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique Simard est entrée en fonction à la tête de la SODEC le 6 janvier. Avant les vacances d’été, la nouvelle p.-d.g. entend proposer un plan d’action pour faire entrer la SODEC dans l’avenir, clés en main.

Elle est la première femme à la tête de l’institution québécoise depuis sa création en 1995, mais la bouillante Monique Simard n’en est pas à un défi près. Hier encore à la direction du programme français de l’ONF, depuis peu présidente la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), on a vu au fil des ans l’ex-batailleuse de la CSN à peu près partout : aux Productions Virage derrière le documentaire engagé, à la présidence du conseil d’administration de la Cinémathèque, aux balbutiements des Rencontres internationales du documentaire et de l’Observatoire du documentaire, en lutte pour l’égalité hommes-femmes depuis toujours, sans compter le reste. « J’ai de l’expérience, une crédibilité. Je fais ce que je dis. Je dis ce que je fais. »Just watch me ! comme dirait l’autre.

 

Propulsée femme-canon, la vitesse la grise : « Le 4 novembre, on m’a invitée à déposer mon CV. J’ai été nommée à la tête de la SODEC le 4 décembre pour entrer en poste le 6 janvier. » Depuis, elle se documente et rêve de révolution, montre son grand bureau, s’amuse à y accéder.

 

Tout revoir, et vite

 

Son travail à l’Office national du film, Monique Simard l’aimait. « Mais après cinq ans et demi, j’étais arrivée à la fin d’un cycle. L’ONF s’est imposé comme leader mondial en production interactive, comme il l’est pour l’animation. On a démontré à quel point les genres artistiques se chevauchaient. L’animation est au mieux de sa forme. »

 

La SODEC, qui relève du ministère de la Culture, a pour mission de promouvoir et de soutenir la production artistique québécoise au cinéma, au livre, à la musique et aux métiers d’art.

 

Monique Simard y va d’un constat : « Avec les nouvelles technologies, on ne crée, ne produit, n’exploite, ne consomme plus à travers les mêmes séquences qu’auparavant. Le livre, la musique, le cinéma sont en mutation comme disciplines artistiques et comme modèles d’affaires. Même le secteur des métiers d’art a des modèles inédits de promotion. Il faut tout revoir, et vite », estime-t-elle.

 

Ajoutez au tableau que la loi et les réglementations entourant la SODEC ont presque vingt ans, nées avant l’Internet et les réseaux sociaux. La Loi sur le cinéma a douze ans. Antédiluvienne, pour tout dire.

 

« Mes nouvelles fonctions me galvanisent », dit celle qui collectionna tous les défis. Avant les vacances d’été, la nouvelle p.-d.g. entend proposer en haut lieu un plan d’action intégré avec éléments détaillés pour faire entrer la SODEC dans l’avenir, clés en main.

 

« Je suis préoccupée par les transactions dans le champ culturel ; toute cette concentration dans la distribution, la vente. La SODEC a la responsabilité de soutenir la création, encore faut-il qu’elle puisse atteindre son public ici et ailleurs. Si le dernier intermédiaire n’est plus québécois, qu’en est-il de l’accessibilité aux oeuvres ? »

 

Monique Simard espère créer de nouveaux programmes au sein de l’organisme : l’interactif, le livre animé, le court métrage d’animation — secteur familier, pour des coproductions avec l’Office, entre autres.

 

À ses yeux, la résistance au changement est surtout forte chez les fondateurs d’organismes culturels. Leurs dauphins lui apparaissent plus souples. « On peut être effrayé par les mutations, mais je préfère les prendre à bras-le-corps. Rien n’est sacré, sauf le soutien à la culture. » En avant toute !

 

Et le cinéma?

 

En l’absence d’argent frais à injecter en culture, les institutions doivent lancer leur ligne ailleurs pour ne pas stagner. Et juste avant de plier bagage, François Macerola, président sortant de la SODEC, avait produit avec un groupe de travail un rapport sur les enjeux du cinéma québécois, soi-disant en crise. Bien des voix l’enterraient d’avance, comme s’effaçait son principal artisan. « Ce rapport n’ira pas sur une tablette, assure Monique Simard. Et la SODEC en sera le maître d’oeuvre. Nous tenons une première réunion dans une semaine sur le sujet. »

 

Elle vient de rencontrer les petits distributeurs indépendants, fragilisés à l’ombre du géant eOne-Les Films Séville, s’inquiète de l’avenir de la diversité là sous un quasi-monopole. Trouver des règles pour aider les distributeurs indépendants à vivre lui semble envisageable, comme aider les petites salles de cinéma à garder la tête hors de l’eau sous l’assaut des écrans maison. Mais puisque le numérique abolit les distances, elle remet en question les géoblocages voulant qu’un film ne gagne les régions qu’après exploitation dans les grandes villes. « Il faut changer les modèles. »

 

Le rapport dit Macerola recommandait un soutien accru au scénario, ce que Monique Simard endosse totalement, comme la quête de financement du côté des multifenêtres en expansion. L’idée de demander au CRTC, de compétence fédérale, de modifier ses règles afin de pouvoir réclamer des fournisseurs Internet, de type Netflix, Illico, etc. une contribution au financement des produits culturels canadiens, réclamera à son avis temps et patience. « Mais il faut commencer quelque part. » La création d’un fonds privé lui paraît souhaitable, quoique malaisée. « On a peu de grandes fortunes et on manque de traditions de mécénat culturel au Québec. »

 

Récupérer la TVQ sur la billetterie des films pour l’injecter dans le cinéma, Monique Simard estime cette solution prématurée. « Il faut d’abord régler tout le reste. »

 

Quant au foisonnement des festivals de films à Montréal, elle croit, comme son prédécesseur, à des unions entre les joueurs. « Sommes-nous vraiment capables de soutenir une proposition aussi vaste ? » demande-t-elle. Poser la question, c’est y répondre. Du pain sur la planche, dites-vous ?

1 commentaire
  • Jean-Robert Bisaillon - Abonné 26 janvier 2014 10 h 07

    C'est pour quand le virage?

    Non seulement la SODEC a-t-elle produit un rapport de consultation sur le cinéma, mais doit-on rappeler qu'elle a soutenu le Ministère de la culture et des communications en 2010-2011 dans une vaste consultation de près de 300 acteurs de toutes les industries culturelles autour des enjeux du virage numérique de la culture ? Le rapport «Porte grande ouverte sur le numérique»(1) devait donner lieu à un énoncé de politique gouvernementale que nous attendons toujours. Le virage numérique n'est pas qu'un enjeu du secteur culturel, c'est une réalité transversale qui appelle le gouvernement à amender globalement ses interventions et ses méthodes. En se mobilisant massivement et sur une base bénévole, les milieux culturels ont montré qu'ils accordaient le plus grand sérieux à cette question, mais aujourd'hui nous sommes, de toute évidence, placés sur le réchaud, le temps que le gouvernement adopte une stratégie d'ensemble. Mme Simard aura à rappeler là où il se doit, que le secteur culturel est prêt à agir, le fait déjà, et qu'il attend des signes à l'effet que notre gouvernement est prêt à appuyer dès maintenant ceux qui font preuve de dynamisme.

    (1) http://www.sodec.gouv.qc.ca/documentnumerique2011.