Dorothy Rhau: drôle de dame

Depuis six ans, l’humoriste Dorothy Rhau fait ses classes, roule sa bosse et ne s’éloigne guère des planches, qui la font voyager.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Depuis six ans, l’humoriste Dorothy Rhau fait ses classes, roule sa bosse et ne s’éloigne guère des planches, qui la font voyager.

Les organisateurs du Mois de l’histoire des Noirs, qui dévoilent ce mercredi la programmation de la 23e édition qui aura lieu en février, ont confié à l’humoriste Dorothy Rhau les honneurs du spectacle d’ouverture. Exubérante, chaleureuse et, oui, comique, très, Le Devoir en a profité pour aller à la rencontre de cette drôle de dame au parcours atypique.

 

Née à Montréal de parents originaires d’Haïti, Dorothy Rhau a toujours eu le sens du spectacle. Au grand dam de sa famille. « Il faut comprendre que dans la communauté haïtienne, les petites filles sont élevées de manière assez stricte et doivent être d’une bienséance irréprochable. Moi… comment dire ? J’ai toujours été du genre à rire trop fort », explique la belle quadragénaire (on lui donne 30ans) en y allant justement d’un esclaffement spontané, senti… et contagieux. Il est certaines entrevues lors desquelles il est impossible de garder son sérieux, et celle-là en est une.

 

Bref, elle a beau être une conteuse extravertie au possible, Dorothy Rhau n’envisage pas de monter sur scène. À 35ans, elle travaille depuis plusieurs années au département des ressources humaines d’une compagnie pharmaceutique lorsque sonne l’heure du punch. « Ça faisait plus de dix ans que ma meilleure amie Stéphanie Kitembo — qui est aujourd’hui ma gérante — me répétait que je devrais essayer de monter un spectacle, que j’avais du talent. Elle regardait la télé avec son copain et elle m’appelait à tout bout de champ pour me dire: “ Tu es bien plus drôle ! Pourquoi tu ne fais rien avec ça ? Va les voir !  »

 

Une fille insiste, l’autre cède. « Professionnelle des ressources humaines, j’ai procédé à une petite étude de marché et j’ai vite constaté que des femmes noires humoristes, il n’y en avait pas. Déjà que des femmes tout court… J’ai donc enregistré une vidéo, fauchée dans mon sous-sol. » Insérez ici une autre explosion d’hilarité. « Audacieuse que je suis, j’inclus un CV et j’envoie ça à Gilbert Rozon, de Juste pour rire. J’avoue que j’ai été surprise qu’on me convoque à un rendez-vous avec Éric Belley, qui était alors le directeur général du Festival Juste pour rire. Il m’a expliqué que j’avais du potentiel et surtout du charisme, mais qu’il fallait travailler le texte. Il m’a alors parlé de la structure de l’humour. »


Moments de vérité

 

Cette rencontre s’avère décisive. En effet, juste comme l’aspirante humoriste s’apprête à prendre congé, Éric Belley approche sa chaise de la sienne, la regarde droit dans les yeux et lui demande : « Es-tu prête à faire le saut ? À abandonner ta carrière, ton salaire ? »

 

Avec l’assurance (et l’inconscience) des passionnés, elle répond « Oui ! » Un coup de fil plus tard, voilà Dorothy Rhau inscrite à l’École nationale de l’humour afin d’étudier les rouages de son art. Un autre destin commence alors à prendre forme.

 

Le 6 avril 2008, elle se produit pour la première fois en tant que professionnelle sur la scène au Belmont, boulevard Saint-Laurent à Montréal. Elle déploie son matériel, teste ses numéros (sur les préjugés liés à la couleur de la peau, les femmes cougar (elle en est, elle adore), la religion, etc.). Instant de grâce et, pour une rare fois en le relatant, de sérieux.

 

« Dès le début du premier numéro, les gens se sont mis à rire. La charge d’énergie que ça m’a donnée, c’est indescriptible. Je me souviens m’être dit que j’étais là pour rester. » De fait, Dorothy Rhau dit croire avant toute chose à la valeur du travail, de l’effort.

 

Depuis six ans, elle fait ses classes, roule sa bosse et ne s’éloigne guère des planches, quoique celles-ci la font voyager, notamment en Haïti à l’occasion d’un spectacle d’humour exclusivement féminin, ou encore au Sénégal. En mars, elle sera de la deuxième tournée du Gala Juste pour rire des Rendez-vous de la francophonie, qui se promènera de Moncton à Vancouver. En attendant, on ira la voir en solo à L’Astral, le 1er février. Les parents de Dorothy Rhau y seront, dorénavant fiers, à raison, que leur fille rie si fort.