Plus de 500 écrivains de 80 pays dénoncent la surveillance numérique institutionnalisée

À un problème de surveillance massive, réponse massive : mardi, à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’homme, plus de 500 écrivains dans 80 pays ont décidé de faire plume commune pour dénoncer, dans une lettre publiée simultanément dans 30 quotidiens, l’espionnage institutionnalisé des citoyens à l’ère numérique.

 

Le groupe, soutenu par plusieurs Prix Nobel de littérature comme Orhan Pamuk, John Maxwell Coetzee ou Günter Grass, mais également par les auteurs Yann Martel, Margaret Atwood, Umberto Eco, Henning Mankell, Philippe Djian et Marie Darrieussecq, pour ne citer qu’eux, souhaite par ce coup d’éclat rappeler aux élus et entreprises numériques l’importance de respecter l’intimité des individus pour sauver la démocratie. Il invite les citoyens à se lever pour protéger une liberté que la numérisation de l’activité humaine semble désormais menacer.

 

« Les gens qui écrivent ne doivent pas être surveillés, a indiqué mardi au Devoir l’écrivain Martin Winckler (La maladie de Sachs, Les invisibles). Nous ne pouvons pas, au nom de la liberté d’expression et de la libre circulation des idées, accepter un environnement où la censure et l’autocensure pourraient se développer en raison d’un système de contrôle des mots clefs, des échanges, des textes et des communications produits par les citoyens. »

 

Dans leur appel lancé mardi, les 562 écrivains rappellent que le « pilier fondamental de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu ». Or, « une personne placée sous surveillance n’est plus libre, disent-ils, une société sous surveillance n’est plus une démocratie. Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s’appliquer aussi bien dans le monde virtuel que dans le monde réel ».

 

Pour ces auteurs engagés, « la surveillance » des citoyens, dont plusieurs grands nouveaux pans ont été mis en évidence par les révélations de l’ex-analyste de la National Security Agency (NSA) Edward Snowden, élu personnalité de l’année 2013 par The Guardian cette semaine, « viole la sphère privée et compromet la liberté de pensée et d’opinion ». Cette surveillance, facilitée par la numérisation de l’activité humaine, permet désormais de « suivre [nos] penchants et [nos] activités politiques et, en partenariat avec des sociétés de l’Internet [de recueillir] et [de stocker nos] données » afin de « prédire [notre] consommation et [nos] comportements », écrivent-ils.

 

« L’Internet a contribué à décloisonner les esprits, à nous libérer de certains pouvoirs, dit M. Winckler. C’est un lieu d’expression, de création, de contestation qui ne doit pas être contrôlé. Nous ne voulons pas revenir à l’époque où de grands livres ont été écrits en cachette dans des prisons, par des Soljenitsyne, puis diffusés sous le manteau. »

 

Pour enrayer cette dérive liberticide, le groupe d’écrivains réclame aux Nations unies de « reconnaître l’importance centrale de la protection de la vie privée en ligne et à créer une déclaration internationale des droits numériques ». Ils appellent également les gouvernements à adhérer à une telle démarche.

 

L’appel de ces 562 adeptes des lettres et des Lumières a été mis en oeuvre par un noyau dur de sept auteurs d’Allemagne, d’Autriche, des États-Unis, du Royaume-Uni et du Danemark. Isabel Fargo Cole et Josef Haslinger sont du nombre. Une pétition a également été mise en ligne pour inciter les citoyens à se porter tout aussi massivement que les écrivains à la « défense de la démocratie » à l’ère numérique.