Que fera-t-on de la maison d’enfance de René Lévesque?

Malgré le fait que cette maison a été classée « immeuble patrimonial » à l’automne 2012 et « monument historique » en 1995, le gouvernement n’y a porté aucune attention particulière sur le plan de la restauration.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir Malgré le fait que cette maison a été classée « immeuble patrimonial » à l’automne 2012 et « monument historique » en 1995, le gouvernement n’y a porté aucune attention particulière sur le plan de la restauration.

Réuni en caucus du 28 au 30 août à Carleton-sur-Mer en Gaspésie, le gouvernement Marois en profitera pour discuter du sort de la maison d’enfance de René Lévesque à New Carlisle ainsi que du projet de circuit d’interprétation Espace René-Lévesque, qui suscite la controverse, a appris Le Devoir.

 

Le 10 juillet dernier, le président de la Fondation de la Maison René-Lévesque, Louis Bernard, publiait une lettre ouverte dans un hebdomadaire gaspésien dans laquelle il affirmait que la maison d’enfance de l’ancien premier ministre n’est plus au coeur de l’Espace René-Lévesque sans pour autant l’exclure du projet. Joint par Le Devoir, M. Bernard explique cette décision par « l’impasse » qui prévaut dans le cadre des négociations qui ont cours depuis plus d’un an entre son organisme et le propriétaire de la maison, Denis Cloutier, devant mener à un achat ou un bail de location emphytéotique.

 

« J’ai essayé de discuter avec lui, mais ce sont de longs monologues », souligne M. Bernard en précisant que si l’achat de la maison est toujours envisagé, cette option n’est plus sa priorité.

 

Dans ce contexte, l’Espace René-Lévesque, un projet de 1,6 million de dollars devant voir le jour en 2015, prendra finalement place sur un terrain à New Carlisle appartenant à la Fondation. Il comprendra notamment un monument commémoratif à ciel ouvert où une vingtaine de stations parlantes souligneront les réalisations de René Lévesque. À cela s’ajoutera un circuit d’interprétation ponctué par des arrêts à la radio CHNC, où M. Lévesque a travaillé, et à sa maison d’enfance.

 

« Vous comprendrez que je ne veux pas que cet espace soit conditionnel à l’achat de la maison, parce qu’on finira par ne rien faire », fait valoir Louis Bernard, qui refuse d’envisager une expropriation, comme proposé par plusieurs.

 

Dans une rare entrevue, le propriétaire de la maison, Denis Cloutier, affirme au Devoir que sa maison n’est pas à vendre « pour le moment ». Il trouve toutefois curieux qu’on en fasse aujourd’hui tout un tabac, alors qu’au moment où il l’a achetée en 1994, « le gouvernement aurait aussi pu l’acheter, mais ne l’a pas fait. Et le seul investissement que Québec a fait à date, c’est d’installer la roche devant la maison », sur laquelle repose une plaque commémorative installée le 24 juin 1995 par le gouvernement de Jacques Parizeau.

 

Aucune demande

 

C’est que, malgré le fait que cette maison a été classée « immeuble patrimonial » à l’automne 2012 et « monument historique » en 1995, le gouvernement n’y a porté aucune attention particulière sur le plan de la restauration, selon nos recherches. Le Conseil du patrimoine culturel du Québec confirme n’avoir reçu aucune demande d’avis de restauration concernant cette maison de la part de Québec et la directrice du ministère de la Culture et des Communications (MCC) pour la région Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine, Hélène Laterrière, affirme n’avoir pas fait suite aux recommandations de Patrimoine Gaspésie demandant la production d’un plan de conservation complété par un plan de mise en valeur en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

 

« Non, ce n’est pas fait. Nous demeurons toutefois en contact avec le propriétaire afin de lui offrir notre collaboration », souligne Mme Laterrière, qui juge que la maison nécessite des travaux qui pourraient coûter jusqu’à 300 000 $. À titre d’exemple, tout l’extérieur est à refaire. Elle admet toutefois qu’en vertu de la nouvelle législation sur le patrimoine culturel entrée en vigueur à l’automne 2012, le MCC pourrait procéder à un état des lieux sans l’autorisation du propriétaire.

 

De son côté, Marc-André De Blois, l’attaché de presse du ministre de la Culture, Maka Kotto, indique que Québec n’a jamais fait d’offre d’achat pour la maison et que son ministère « prône actuellement le maintien du dialogue entre le propriétaire et la Fondation » afin d’en arriver à une entente en refusant d’établir une date butoir. Quant à l’expropriation, M. De Blois note que c’est une option, mais qui n’est pas envisagée « pour le moment ».

 

Plusieurs mécontents

 

La décision de la Fondation de la Maison René-Lévesque de ne pas faire de la maison d’enfance de l’ancien premier ministre le pivot de l’Espace René-Lévesque mécontente l’historien et fondateur de Patrimoine Gaspésie, Jean-Marie Fallu, qui juge que cette décision ne respecte ni l’esprit ni la lettre des principes directeurs de la Fondation. « Je ne suis pas contre l’idée de commémorer l’héritage de René Lévesque dans sa ville natale, mais il faut être cohérent et s’assurer que sa maison d’enfance en soit le pivot, point. Ce qui permettrait de répondre aux mandats de la Fondation et aux objectifs du ministère de la Culture sur le plan de la conservation du patrimoine bâti. »

 

De son côté, l’ancien premier ministre, Bernard Landry, juge que dans l’état actuel des choses, Québec doit passer à l’action. « Ce serait une ingratitude, presque une infamie de laisser cette maison se dégrader. Le temps est venu d’agir ! » Selon lui, si aucune entente n’intervient entre les parties sous forme d’achat par la Fondation ou le gouvernement, et ce, « après des négociations jugées normales, il faut procéder à l’expropriation sans hésitation ! »

 

L’ancien ministre de l’Agriculture sous le gouvernement de Jacques Parizeau, Marcel Landry, dont le nom est inscrit sur la plaque commémorative de la maison, est du même avis. « Il faut faire quelque chose avant que cette maison ne tombe. Je me suis mouillé, moi, à l’époque, pour cette maison ! » Moins radical, le prêtre Jules Bélanger, péquiste de la première heure et fondateur du collège de la Gaspésie -les-Îles, ne voit pas « d’avantage pour le moment à ce que le gouvernement s’impose par la force », précisant qu’en faisant fi du propriétaire, il finira par céder et négocier. Refusant d’embarquer dans le débat politique, le directeur d’Action Patrimoine, Pierre B. Landry, tient toutefois à rappeler « l’importance nationale » que revêt ce site classé.

 

 

Collaborateur

15 commentaires
  • François Desjardins - Inscrit 24 août 2013 06 h 57

    C'est le temps!

    L'importance de René Lévesque, est-ce à discuter? C'est d'autant plus son parti qui a le pouvoir.

    Le PQ ne montre pas suffisamment de chaleur, de conscience, de détermination envers les traits culturels d'un peuple dont il désire l'indépendance.

    Cela à mon avis depuis toujours.

    J'ai voté NON au référendum de 85 parce que je voyais le PQ trop faible en matière de développement culturel.

    C'est le moment comme le dit monsieur Landry.

    Assez niaisé!

    • jacques lecuyer - Inscrit 24 août 2013 12 h 59

      en 85, il n'y a pas eu de référendum. Vous voulez parler soit de 1980 ou de 1985.

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 août 2013 13 h 00

      M. Desjardins, le premier référendum date de 1980 et le deuxième date de 1995.

  • Chantal Bédard - Inscrite 24 août 2013 08 h 54

    Péril en la demeure

    J'ai visité ce magnifique village de New Carlisle l'an dernier et j'ai vu la maison d'enfance de René Lévesque. Elle est bien sûr à l'abandon. Mais il faut savoir que son propriétaire semble ne rien vouloir entendre sur la possibilité qu'elle devienne la propriété du gouvernement du Québec. Sa classification au titre de "monument historique" n'aurait pas changé son attitude et le gouvernement ne peut y toucher pour l'instant. Ce qu'il faut est fort simple: exproprier cette maison au plus vite au nom de l'intérêt patrimonial majeur. Une loi, s'il le faut! Et il ne faut surtout pas la déplacer. Il y a urgence historique à intervenir et le propriétaire doit être compensé financièrement pour une somme qui serait déterminé au prix du marché puisqu'il la considère comme une maison ordinaire sans nécessité d'entretien. Alors un peu plus de courage et un peu moins de tergiversations. Absolument personne n'en voudra au gouvernement d'agir impérativement dans ce dossier. Le poids de l'histoire l'exige.

    Chantal Bédard, Québec

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 août 2013 13 h 13

      « Absolument personne n'en voudra au gouvernement d'agir impérativement dans ce dossier. (Mme Bédard) »?

      Êtes-vous certaine de cela?

      Personnellement, je suis pour que le Québec achète cette maison patrimoniale - même à fort prix! -, mais je suis loin d'être vendu à l'idée que le Québec doit l'exproprier pour des raisons historiques.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 26 août 2013 10 h 07

      C'est d'autant impératif l’expropriation que le propriétaire n'habite plus de façon permanente la maison du 16 Mountsorel. Il affirme y dormir à l’occasion mais rien de plus. Cette maison abandonnée est-elle seulement chauffée en hiver?

      M. Cloutier nous dit que «pour l’instant» il ne veut pas la vendre. M. Cloutier ne semble pas avoir non plus la santé pour vouloir la restaurer.

      Reste à savoir pourquoi cette résistance, est-ce une question d’argent, d’appartenance politique, ou les deux?

  • France Marcotte - Abonnée 24 août 2013 09 h 46

    Un sursaut juste avant qu'elle ne tombe

    Le propriétaire actuel dit qu'il a acquis cette maison en 1994 sans tambour ni trompettes alors que « le gouvernement aurait aussi pu l’acheter, mais ne l’a pas fait», dit-il.

    Maintenant je suppose qu'il veut la vendre à prix d'or à moins qu'il y tienne vraiment pour des raisons qui le regardent. Et puis où est-elle située, au fond d'un bois, à l'écart comme elle le semble sur cette photo?

    Cette maison ne semble pas en bon état et il faudrait maintenant dit-on au moins 300 000$ juste pour la retaper.


    Les reliques de ton enfance sont bien loin de Montréal, René. Un peu plus et on allait les oublier. Puis, dans un sursaut de chagrin, on veut la retenir ta pauvre petite maison pourrie comme on veut retenir ton souvenir qui glisse dans la main comme de la cendre.

    • Sylvain Daignault - Inscrit 24 août 2013 12 h 19

      Une belle analyse. Le Québec n'a vraiment aucune fierté quand vient le temps de se souvenir. Il faudrait vraiment changer notre devise pour « Rien à foutre »

    • Jacques Moreau - Inscrit 26 août 2013 22 h 09

      Le prix d'une maison est fixé par la "demande". Vous avez une maison qu'on veut acheter à tout prix. C'est l'occasion de demander "votre prix", mais attention, Le gars qui "veut" acheter, pourrait décider que votre prix n'est pas le sien, et vous laisse avec votre maison. Dans les cas d'une expropriation, il y a aussi une limite à ne pas dépasser dans sa demande pour le prix de sa maison. A un point les recourts aux tribunaux, peuvent faire pencher la balance du mauvais coté... pour l'expropié.

  • Jean-Benoît Allard - Inscrit 24 août 2013 09 h 47

    Moi je n'ai pas eu la même chance que vous. Je n'avais pas l'âge pour voter, mais si cela avait été le cas, le potentiel de développement culturure d'un parti politique n'aurait pas influencer mon vote. De toute manière, l'indépendance d'un pays est le meilleur développement culturel que vous pouvez avoir.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 24 août 2013 11 h 31

    Ahhh !

    Ce n'est qu'une cabane

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 24 août 2013 16 h 44

      Ghandi est né dans la pauvreté. Jésus est né dans une crèche. Voulez-vous d'autres exemples ?

    • Marc-André Lapointe - Inscrit 25 août 2013 20 h 10

      Un peuple a besoin de ses symboles. Quand sa maison sera accessible au public, je parie que nous serons nombreux à nous y rendre pour y puiser un peu d'inspiration.

      Bonne chose finalement que ce ne soit qu'une "cabane". Cela représente d'autant mieux le Québec d'antan, celui de nos origines.