Un circuit passepart

Le Passeport Dare-Dare est rouge comme un passeport suisse. On se le procure à la roulotte recouverte de la griffe du collectif En Masse, située aux abords de la station de métro Saint-Laurent à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le Passeport Dare-Dare est rouge comme un passeport suisse. On se le procure à la roulotte recouverte de la griffe du collectif En Masse, située aux abords de la station de métro Saint-Laurent à Montréal.

Un voyage artistique urbain, c’est ce que propose comme activité de financement l’un des centres d’artistes les plus audacieux, Dare-Dare, dont le bureau itinérant en forme de roulotte occupe un terrain vacant à la sortie du métro Saint-Laurent, à Montréal. Un seul document officiel est nécessaire : le Passeport Dare-Dare.


Une chasse aux trésors, aux oeuvres d’art, ça vous dit ? Demain, samedi, on pourra en récolter une bonne douzaine dans un périmètre assez restreint du centre-ville. Pas besoin de traîner une grande valise. Un petit carnet rouge suffira, ceux-là mê mes que les artistes apprécient et qui se vendent dans toutes les bonnes papeteries.


Mais n’apportez pas votre moleskine ! Procurez-vous plutôt le document au centre Dare-Dare, point de départ de cette activité festive et créative.


Passeport Dare-Dare est à la fois le nom de l’événement et celui du livret que les participants tiendront en main. Rouge comme un passeport suisse, ou comme le livre de Mao, cette moleskine confectionnée pour l’occasion donnera accès aux escales d’un parcours établi entre le boulevard Saint-Laurent et la Place des Arts, et entre la station de métro Saint-Laurent et le Monument-National.


Comme il s’agit d’une collecte de fonds, il faut acheter le passeport - 20 $ en prévente jusqu’à aujourd’hui et 25 $ samedi.


Cette campagne inusitée, dont les bénéfices seront investis dans la programmation 2013-14 de Dare-Dare, s’inspire d’une initiative que la coordonnatrice du centre, Geneviève Massé, a observée à la San Francisco Arts Commission, une ville où elle a vécu pendant plus d’un an. L’idée de parcours urbain lui a semblé des plus cohérentes avec Dare-Dare, lan cé il y a presque dix ans dans l’aventure du nomadisme et de la programmation hors les murs.


« On travaille dans l’espace public, dit-elle. Le passeport est seulement une nouvelle plateforme de création, un territoire de 31/2 pouces par 51/2. »


C’est sur les pages du Passeport Dare-Dare que la douzaine d’artistes éparpillés ici et là laisseront leurs oeuvres. Ils les estampilleront comme le font les douaniers aux postes frontières. Ou ils les dessineront. Ou encore, allez savoir par quelle autre astuce ces esprits inventifs parviendront à marquer votre moleskine. Peu importe la manière, l’oeuvre, personnalisée, portera la trace de la rencontre entre les participants et les artistes.


Car, derrière cette collecte d’oeuvres, c’est la rencontre qui prime. Au Monument-National, Étienne Chartrand partagera ses dinosaures. Au 2-22, dans une cage d’escalier peu fréquentée de l’édifice, Marilyn Champagne fera votre astre. Au centre Vox, au 4e étage du même bâtiment, le collectif Éphémères Éditions Itinérantes vous dérobera les poches, vos fonds de poche. C’est lui qui se bâtit une collection d’objets qu’il conservera dans un petit sac. Vous, vous repartirez avec un « certificat de collection ».

 

Des «dessins respirés»


La rencontre est à la base de la pratique de Sylvie Cotton, une des principales représentantes d’art relationnel au Québec et fondatrice, en 1986, de Dare-Dare. Les dessins qu’elle exécutera demain ne se feront pas du bout des doigts, mais du bout des lèvres, les siennes et celles des participants. Ce sont des « dessins respirés » réalisés au rythme du souffle de chacun…


« Les dessins respirés à deux, dit-elle, correspondent au fondement de mon travail, qui consiste à passer du temps avec quel qu’un. C’est une expérience, une étude sur la confiance, la méfiance, l’abandon, la compréhension. C’est quelque chose qu’on ne prend jamais le temps de faire. »


Sylvie Cotton reconnaît que le caractère intimiste de l’exercice - ça dessine l’un collé sur l’autre - appelle « un engagement ». Or, pour elle, ces dessins respirés demeurent moins risqués que d’autres expériences auxquelles elle s’est déjà prêtée avec des inconnus, comme « passer du temps en silence, à marcher main dans la main, pendant trois heures. Le déroulement de l’échange est le même, croit-elle. Il y a d’abord un inconfort, puis vient la détente, et enfin le travail collectif. On est deux êtres vivants qui doivent aller ensemble jusqu’au bout. »


Un peu sociologue, toujours à l’affût des formes les plus créatives, Sylvie Cotton cons tate que l’humain est plus ouvert qu’on le pense. À travers tous ses projets, elle a déjà été confrontée à des formes de résistance, mais souvent, dit-elle, ça se traduit par la parole. « Les gens ont de la difficulté à faire silence, à ne penser qu’à respirer. Ils ressentent le besoin de remplir, de combler chaque espace de leur agenda. »


L’agenda de demain, lui, ne sera pas difficile à remplir. C’est peut-être le temps qui vous fera défaut : les artistes ne seront sur place que pendant cinq heures. L’idéal sera de démarrer à la roulotte de Dare-Dare. Syvlie Cotton y sera, tout comme Émilie Marchand, une autre adepte d’art relationnel. Son projet consistera à vous rebaptiser. « Le passeport concerne l’identité, alors elle vous donnera un nom pour la journée », résume Geneviève Massé.


Deux artistes de street art se trouveront sur le terrain devant la roulotte : le réputé Jason Botkin, membre du collectif En Masse, et Emmanuel Laflamme, qui fera presque du Pollock sur votre petit carnet. L’escale suivante sera tout près, devant le resto Bon Blé Riz, où une autre artiste fascinée par les fonds de poche, Sarah Zakaib, estampillera une carte d’affaires tirée de sa propre poche. Et ainsi de suite sur la Main, avec un détour par la Place des Arts.


 

Collaborateur