Xavier Dolan tient parole

En France, le débat autour du refus des télédiffuseurs de passer le clip College Boy réalisé par Xavier Dolan pour le compte du groupe Indochine continue de faire couler de l’encre. Dénonçant un contenu trop violent, la présidente du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Françoise Laborde, a donné le ton dès le lancement le 2 mai dernier en évoquant un classement 18 ans et plus, voire un avis d’interdiction. Le jeune cinéaste québécois avait promis de lui répondre. Par une lettre ouverte publiée mardi sur le site Huffington Post, c’est chose faite.

Rappelons que le clip, de facture recherchée, tourné en noir et blanc, relate le calvaire d’un adolescent intimidé par un pair avec la complicité tantôt active, tantôt passive du groupe. Des boulettes de papier en classe au passage à tabac dans le vestiaire en passant par l’humiliation par l’urine dans la cour de récréation, les hostilités culminent par une crucifixion publique suivie d’une exécution à la mitraillette. Impénitent, le bourreau scolaire sourit à l’objectif tandis que l’élève martyr « remercie » le spectateur de son inaction avant d’expirer.


Choquée, la présidente du CSA a déclaré le 2 mai sur Europe 1 : « Montrer une telle violence, c’est insupportable. On est dans une chanson, pas dans un clip d’art et d’essai. On ne dénonce pas la violence en montrant de la violence. Je vais proposer une interdiction aux moins de 16 ans, voire aux moins de 18 ans. » Ce à quoi Xavier Dolan (Les amours imaginaires, Laurence Anyways) réplique dans sa missive fleuve : « Alors comment la dénonce-t-on ? Comment la dénonce-t-on sinon par la démonstration par l’absurde ? Qui peut ici se targuer d’avoir pu sensibiliser les générations précédentes à l’intolérance, l’agressivité et l’ostracisme ? Vous ? »


Aussitôt mise en ligne, la lettre a été relayée mardi matin par les médias français. Le Monde cite de longs extraits du texte de Xavier Dolan qui explique sa démarche autant qu’il s’applique à mettre en relief les contradictions qu’il perçoit dans le discours de Françoise Laborde, qu’il accuse de faire une lecture de son clip qui « se limite aux surfaces ». Dans Le Nouvel Observateur, on va jusqu’à suggérer que « la dame du CSA s’est peut-être bel et bien plantée », encore là, copieuses citations à l’appui. Le même jour, le CSA a annoncé qu’il se saisit « de toute diffusion par une chaîne de télévision d’extraits violents de cette vidéo musique », avalisant ainsi l’initiative des télédiffuseurs.

 

Coup d’épée dans l’eau


Selon Xavier Dolan, l’attitude de Françoise Laborde rend compte de « l’inaptitude de l’adulte moderne à tolérer la mise en images des phénomènes sociaux dont il est directement ou indirectement responsable ». Plus loin, le cinéaste soulève des doutes quant à la profondeur de la réflexion de la présidente du CSA. « Votre volonté d’interdire la diffusion de mon vidéoclip aux moins de 18 ans relève d’un geste plus automatique qu’il n’est véritablement réfléchi », écrit-il en signalant plus loin qu’Internet et ses différentes plateformes veillent à la diffusion et à la préservation du clip, dont le nombre de visionnements devrait incessamment franchir le cap du million.


Non sans sarcasme, le réalisateur conclut : « Jamais il ne fût [sic] question de choquer volontairement, ou de provoquer un coup de marketing - dont ni Indochine ni moi n’avons besoin, soyons francs - ce que par ailleurs vous avez fait de votre propre chef en créant ce scandale imaginaire. [...] »

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3 commentaires
  • Salducci Pierre Jean - Inscrit 8 mai 2013 03 h 48

    CSA "le bidule" qui sert à caser des amis.

    Bonjour,
    L'incompétence mène à dire tout et n'importe quoi.
    Xavier Dolan a raison quand il dit que sa lecture s'est limitée aux surfaces. D'ailleurs comment pourrait-il en être autrement de sa part.
    Une plagiaire donne des leçons de morale :
    http://www.acrimed.org/article3778.html
    Cooptée au CSA par ses amis.
    http://www.acrimed.org/article3016.html

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 8 mai 2013 11 h 35

    La vieille Anastasie «rides again»!

    Je pense, François Lévesque, que les Français aiment beaucoup les ciseaux menaçants et castrants, pour la liberté d'expression, de cette vieille fripouille appelée Anastasie. Malgré la révolution de 1789 et en dépit de mille autres révolutions chimériques, de nombreux Français ont l'esprit formaté par un conformisme pestilentiel.

    Pensons à Boris Vian («Le déserteur») ou à Robert Faurisson, vieux révisionniste de l'histoire, lequel a été condamné au criminel pour ses dérisoires thèses sur l'Holocauste. Au secours! Ils sont devenus fous.

    Au Québec, en décembre 2000, il y a eu l'inacceptable blâme destiné à censurer Yves Michaud.

    Ne copions pas les Français et mettons un terme à la censure qui nous rapetisse tous.

    Xavier Dolan a peut-être quelques tort à certains égards mais ne mutilons pas son oeuvre et ne l'interdisons pas.


    Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias

  • Nicole Moreau - Inscrite 8 mai 2013 13 h 07

    l'image la plus troublante du clip de Dolan est celle des spectateurs qui détournent la tête ou qui ont les yeux bandés

    beaucoup de gens peuvent être témoins d'intimidation ou de harcèlement, non seulement à l'école, mais aussi dans les milieux de travail, si personne ne réagit, des drames peuvent survenir, des vies peuvent finir. On l'a malheureusement trop vu. Il faut amener les témoins à réagir. Quand ce ne serait que pour que les victimes ne soient pas davantage isolées. Cela prend beaucoup de courage, certains, voire la plupart, peuvent avoir peur d'être à leur tour l'objet d'intimidation. Au lieu de censurer, il faut se pencher sur les moyens pour que ce cercle vicieux soit brisé.