Financement de la culture: le recul se poursuit

La coupe pressentie étonne d’autant plus qu’au printemps dernier, l’ex-gouvernement traçait un bilan plus que positif de Mécénat Placements Culture, en démontrant sa popularité auprès des organismes culturels.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La coupe pressentie étonne d’autant plus qu’au printemps dernier, l’ex-gouvernement traçait un bilan plus que positif de Mécénat Placements Culture, en démontrant sa popularité auprès des organismes culturels.

La régression tranquille du financement de la culture se poursuit à Québec. Le Devoir a appris que le programme vedette de l’ancien gouvernement, Mécénat Placements Culture (MPC), encore louangé par l’actuel gouvernement au début janvier, sera amputé environ de moitié en 2013-2014.

Son enveloppe est passée de sept millions de dollars en 2006-2007 à 10 millions en 2008-2009. Elle oscille autour de cinq millions depuis 2010. Selon les informations du Devoir, elle fondra à un peu plus de deux millions au prochain exercice financier.


Le programme d’appariement des dons privés permet aux organismes culturels d’égaler, de doubler, voire de tripler le fruit de leurs collectes de fonds en subventions de contrepartie (jusqu’à un maximum de 250 000 $). Celles-ci servent donc de levier pour stimuler la philanthropie culturelle, tout en encourageant les bonnes pratiques en matière de financement privé au sein des organismes.


Le Conseil des arts et des lettres du Québec, qui gère MPC, n’a pas confirmé les coupes. On reconnaît que la révision à la baisse « a été discutée, mais rien n’est encore confirmé », indique le porte-parole, Christian O’Leary. Le budget du programme sera évalué lors de l’étude des crédits, en février, ajoute-t-il.


Depuis le lancement de MPC, en 2005, 311 organismes y ont fait appel. Les 407 collectes de fonds complétées ont permis, jusqu’ici, de bonifier leurs avoirs de 65,6 millions de dollars, sous forme de fonds de réserve et de fonds de dotation, dont 39,5 millions venus de Québec. Les quelque 180 campagnes actuellement en cours promettent d’en rajouter 35 millions - 13 millions versés en dons et 21,7 millions, en subventions.


« En général, les organismes mettent plus ou moins deux ans à compléter leur campagne », et donc à recevoir leur contrepartie, a précisé M. O’Leary. Sur les 49 millions affectés par Québec depuis 2005 (incluant l’exercice 2012-2013), 9,5 millions n’ont pas encore été alloués.

 

Paradoxe


La coupe pressentie étonne d’autant plus qu’au printemps dernier, l’ex-gouvernement traçait un bilan plus que positif de MPC, en démontrant sa popularité auprès des organismes culturels, surtout en musique, qui accaparent le tiers des subventions. Même les plus petits joueurs (budget de moins de 250 000 $) y trouvent leur compte, récoltant près du quart des subventions de contrepartie. David Lavoie, alors directeur général du théâtre Aux Écuries, corroborait la valeur de cet outil, qui lui avait permis d’aller chercher plus que les 400 000 $ prévus.


Un bémol majeur : MPC dessert mal les compagnies de création (notamment en danse) qui n’ont pas les moyens de mener des campagnes de financement. La quête de financement privé exerce une pression nouvelle et les fonds de réserve ou de dotation ne permettent pas de toucher l’argent tout de suite.


Paradoxalement, en janvier dernier, Québec annonçait la création d’un groupe de travail sur la philanthropie culturelle afin de stimuler les dons, la province faisant plutôt piètre figure en la matière par rapport au reste du pays. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, citait même MPC en exemple, affirmant que « des aménagements pourraient être apportés aux programmes existants, dont Mécénat Placements Culture Québec, pour augmenter la portée des programmes de subvention de contrepartie offerts par l’État, qui favorisent actuellement les gros donateurs et les entreprises ».


MPC souffre peut-être de sa popularité. Même si de plus en plus d’organismes s’inscrivent, ils n’atteignent pas toujours leurs objectifs de recherche de financement, donc « il y a toujours de l’argent qui se libère », laisse entendre M. O’Leary. De l’argent « dormant » dont Québec n’a probablement pas le luxe, par les temps de disette qui courent…

***

 

Le financement de Mécénat Placements Culture au fil des ans


2006-2007: 7 millions


2007-2008: 8 millions


2008-2009: 10 millions


2009-2010: 10 millions


2010-2011: 5 millions


2011-2012: 4,5 millions


2012-2013 4,5 millions

18 commentaires
  • Lydia Anfossi - Inscrite 30 janvier 2013 06 h 56

    Toujours plus de la même chose!!

    Si le PQ coupe dans la Culture, en qui pouvons-nous mettre notre confiance pour promouvoir notre pays le Québec???
    Couper n'est pas la solution, quand va-t-on le réaliser ? Quand le mal sera fait, comme a fait Lucien Bouchard et qu'on sera encore entrain de payer pour ses ambitions de déficit zéro???

    • François Robitaille - Inscrit 30 janvier 2013 10 h 10

      L'argent ne pousse pas dans les arbres, et le peu qui nous reste doit servir pour les choses essentielles, comme dans un revenu famillial. Le déficit ne doit jamais être une solution, on est assez dans un creux de vague, vous ne trouvez pas?

      La santé et l'éducation ne serais pas plus important?

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 30 janvier 2013 07 h 23

    Artistes et anglos

    Le milieu culturel est au parti québécois ce qu'est le milieu anglophone au parti libéral: une clientèle plutôt captive. D'où une certaine désinvolture à son endroit.

    Desrosiers
    Val David

  • François Desjardins - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 01

    Cet article ici n'est pas très rassurant...

    J'attends depuis 1976 (!) la vraie preuve qu'un gouvernement (péquiste) qui veut faire un pays, attache vraiment d'importance à la culture. Cet article ici n'est pas très rassurant... en 2013!

    Que peut-on croire et que peut-on espérer d'un éventuel Québec séparé en matière de gestion de la question culturelle quand on regarde l'historique du PQ en cette matière?

    Ce même gouvernement qui se plait à blâmer le PLQ pour ses gestes passés serait-il en train en contrepartie de diminuer ce qui s'est fait de bien en matière de culture par le gouvernement précédent?

    • François Robitaille - Inscrit 30 janvier 2013 10 h 13

      Comment voulez-vous un pays si on le met à ce point dans un trou financier? Il faut assainir, et c'est toujours le moins essentiel qui doit payer.

    • Claude Lachance - Inscrite 31 janvier 2013 08 h 33

      C'est la façon du P.Q. de nous montrer son virage à droite et le gout de se frotter au ( 1%, ) Ou lire, sortir du placard?.
      Ca fait du bien beau portrait à la une des papiers ""économic's."
      Comme quelqu'un a déjà dit; les artistes, avec ou sans subventions, vont creer pareil.
      Coulons les dans le giron des PPP. Ils seront moins dérangeants, tout se vend, tout s'achète ?

    • François Robitaille - Inscrit 31 janvier 2013 12 h 11

      Le PQ est très loin d'être à droiteet c'est une bonne idée les PPP, on s'assurera d'une rentabilité, les mauvais artistes seront expulsés.

  • André Michaud - Inscrit 30 janvier 2013 09 h 02

    Mécenat et bénévolat

    Au Québec il y a moins de mécénat et moins de bénévolat que dans les autres provinces anglophones , où souvent ce sont les citoyens qui s'occupent des bibliothèques etc...ici on nous a habitué hélas à tout demander au gouverne- maman et que les services soient donnés par des syndiqués, c'est la raison pour laquelle on paye plus d'impôts et taxes .

    L'important dans la culture c'est qu'il n'y a jamais eu autant de musiciens , chanteurs etc..la culture est très "riche" mais la contrepartie c'est que l'offre dépasse de beaucoup la demande et que de moins en moins pourront penser logiquement en vivre.

    Le bon coté de cette mesure gouvernementale est d'inciter à solliciter le mécénat plutôt que toujours quêter l'état.

    Aux USA le réseau PBS a droit à des subventions en autant qu'il a un support économique réel des citoyens. Imaginez ici la même chose avec Télé Québec. Si elle devait avoir un support financier des citoyens pour avoir des subventions, combien de jours Télé Québec continuerait d'exister? Combien de citoyens supporteraient Télé Québec et en donnant combien $$ ??

  • Solange Bolduc - Inscrite 30 janvier 2013 09 h 14

    Attention à la culture, Mme Marois !

    La culture, c'est une partie de notre identité ! N'y touchez pas, s.v.p.! Et il faudrait peut-être s'occuper aussi et davantage de l"enfant pauvre" de la culture québécois la danse !

    Merci!

    • François Robitaille - Inscrit 30 janvier 2013 10 h 13

      Avec quelle argent?

    • Patrick Boulanger - Inscrit 30 janvier 2013 16 h 27

      Réponse à M. Robitaille

      « Avec quelle argent? » ?

      Le gouvernement Marois a le choix : redevances minières ; impôt sur le revenu (pourquoi pas un autre pallier d'imposition pour les plus riches comme le gouvernement Marois le souhaitait avant de reculer pour en ajouter un seul) ; taux d'imposition des entreprises ; lutte sérieuse à la corruption ; installer dans certains commerces (ex. : salons de coiffure) un système comme on l'a fait avec les restaurants (la fameuse facture imprimée) pour éviter que les commerçants mettent l'argent des taxes à la consommation dans leur poche ; etc.

    • François Robitaille - Inscrit 31 janvier 2013 08 h 47

      Les redevances minières doivent être en compétition avec les autres pays et les autres provinces, ce n'est pas si simple. Redevances trop élevés=moins de mines et donc moins de redevances. Côté impôt sur le revenu, on a déjà un taux indécent d'imposition et ils ont déjà ajouté ce pallier pour aider pour nos trouble fiscaux déjà bien présent. Lutte à la corruption, oui d'accord mais faudrais pas que ça se mette à coûter plus chere que la corruption elle-même. La lutte au travail au noir, encore une fois oui, mais ce rétablissement de situation ne fera que boucher des trous déjà présent. Je pense qu'on a des choses bien plus importantes à régler avant les danseurs, musiciens, poetes et peintres.