Décès du photographe Guy Borremans

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	Vietnam Times, photographie de Guy Borremans.<br />
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Photo: Tous droits réservés © Guy Borremans 2003

Vietnam Times, photographie de Guy Borremans.
 

Sans conteste un des photographes les plus importants du XXe siècle canadien, Guy Borremans est décédé subitement samedi à l’âge de 78 ans. Il était connu comme photographe, mais aussi comme professeur, réalisateur et directeur photo. 

Dans l’intervalle de son arrivée au Québec en 1951 et aujourd’hui, impossible de ne pas voir son nom apparaître presque partout dès qu’il est question de photographie et de cinéma.
 

Né à Dinant en Belgique en 1934, très sensible à l’univers du surréalisme et du jazz, cet autodidacte se retrouve au Québec en novembre 1951 avec toute sa famille. Il présente une première exposition en 1956. L’année suivante, il expose à la galerie L’Actuelle à Montréal. Son univers est celui des artistes attachés à l’automatisme et à l’art non figuratif. C’est à cette époque qu’il se lie d’amitié avec plusieurs grands artistes et intellectuels de sa génération, dont le poète Claude Gauvreau, le cinéaste Gilles Groulx et l’écrivain Hubert Aquin.
 
Décapiter 

Borremans décapait par le regard une épaisse couche de propagande, de censure et d’images insignifiantes qui s’était imposée à la société en soutien à une bonhomie généralisée qui assurait le bonheur éternel à l’insignifiance.
 

C’est à lui qu’on doit les images inventives derrière certains films de Groulx, dont Golden Gloves et Un jeu si simple. On le trouve aussi à la caméra pour des films d’Arthur Lamothe, de Clément Perron et de Gilles Carles. Il est entre autres choses de l’équipe de tournage du film Maria Chapdelaine. 
 

Il tournera lui-même quelques essais, dont un film d’avant-garde marqué au sceau du surréalisme: La femme image. Le film a un parfum de scandale au Québec de 1960 puisqu’il montre pour la première fois des nus intégraux sur grand écran dans un film où la trame narrative est cassée. Le nu occupe d’ailleurs une place importante dans son œuvre. 
 

Exil 

Il vit quelques années à Paris et à New York, où on le trouve notamment employé au service cinématographique de l'ONU. En 1968, il accompagne Jean-Luc Godard dans une visite en Abitibi. Il le mitraille alors avec son appareil photo et enregistre des conversations, un peu comme le photographe américain Eugene Smith tente lui aussi, à la même époque, de mieux cerner l’univers des jazzmen dans une combinaison savante de micro et de diaphragmes d’objectifs. 
 

C’est bien comme photographe qu’il fait surtout sa marque. Son œuvre, très diversifiée, montre une sensibilité extrême à divers champs du social tout en ne trahissant jamais un fort appétit pour des formes d’exploration liées à une connaissance profonde de l’histoire de la photographie et à un attachement à divers enseignements liés à la tradition surréaliste. Portraitiste remarquable par son originalité et sa puissance à imposer un regard original, il était aussi un photographe de scène et un documentariste reconnu. 
 

«Chez mon grand maître à penser, Edward Weston, il y avait de la matière, disait-il. Je pense qu’on a abandonné trop facilement cette recherche en photographie. J’aurais bien du mal à définir la photographie aujourd’hui, mais ne dites pas de la mienne qu’elle est humaniste, surtout pas! Ça et des étiquettes du genre «néo-plasticiens», c’est à peu près pareil, presque aussi bête! Je n’échappe pas à l’histoire humaine. Je continue ainsi à transmettre, par exemple, des valeurs masculines par ma photo, sans pour autant le vouloir.» 
 

Il était le mari de la comédienne Luce Guilbeault, abondamment photographiée par l'artiste. En 2008, Borremans avait quitté ses Cantons de l’Est sur un coup de tête, à la suite de la rencontre d’une jeune femme dont il avait fait sa nouvelle muse. Il était passionné par les corps et aura sans cesse renouvelé son approche de la lumière en fonction de nouveaux procédés et d’une exploration constante de ses émotions. Il vivait désormais à Trois-Rivières où il poursuivait son travail sans relâche. 
 

Guy Borremans a enseigné dans diverses institutions universitaires au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Pologne, tout en continuant de photographier les scènes montréalaises de la danse contemporaine où son art, tout en mouvements et en finesse, traduit au mieux l'univers des danseurs. 
 

«La photographie a toujours été l'expression d'un mouvement de la vie, disait-il en entretien au Devoir. Elle a toujours été en mouvement elle-même. Mais tout le monde prend tellement de photos aujourd'hui qu'on semble désormais incapable de prêter de la valeur et du sens aux images». Cependant, quiconque regarde ses photos comprend d’instinct que les siennes en ont.

7 commentaires
  • Solange Bolduc - Inscrite 2 janvier 2013 09 h 21

    Une grand artiste avant tout !

    Borremans fut un grand artiste avant tout! Je l'ai connu il y a une vingtaine d'années Il avait une sensibilité remarquable, et même s'il avait choisi la phographie, il aimait toutes les formes d''art en général. Et quelle imagination ! Il savait s'en servir non pas pour demeurer au services des conventions artistiques, mais pour les dépasser.Il a réussi !

  • France Marcotte - Abonnée 2 janvier 2013 10 h 37

    Dégringolade de la Muse

    «...une jeune femme dont il avait fait sa nouvelle muse.»

    À «muse» dans le dictionnaire:
    1.Muse. Chacune des 9 déesses grecques qui présidaient aux arts libéraux. 2.Les Muses, la Muse, symbole de la poésie.
    3. (Avec une minuscule). Inspiratrice d'un poète, d'un écrivain.


    L'équivalent n'existe pas au masculin. Les femmes artistes n'ont pas de muses, elles ont des amis, des compagnons, des inspirations.

    • Solange Bolduc - Inscrite 2 janvier 2013 13 h 28

      Est-ce si important quand on sait que bien des hommes nous inspirent ?

    • France Marcotte - Abonnée 2 janvier 2013 13 h 48

      C'est ce que je dis, des hommes nous inspirent.

      On ne s'amuse pas à en faire des muses, avec une minuscule.

    • Solange Bolduc - Inscrite 2 janvier 2013 16 h 00

      Ma réplique était surtout de dire que peu importe le mot 'muse', ce qui compte c'est ce que l'homme nous inspire ou réveille en nous d'inspirant, nous donnant le goût d'aller plus loin dans ce qui nous intéresse, la réciproque est aussi vraie!

      Les mots dans l'intimité ont souvent le sens qu'on veut bien leur donner ?

    • France Marcotte - Abonnée 2 janvier 2013 16 h 46

      Justement, je parlais d'un mot tout ce qu'il y a de public.

    • Solange Bolduc - Inscrite 2 janvier 2013 20 h 58

      En ce qui concerne Borremans, "sa muse" n'avait rien de bien public ! Tant qu'au mot muse, les poètes l'ont répété pour exprimer leur amour de la femme dans sa dimension sensuelle ou érotique ou spirituelle! Rien de public là dedans, excepté le poème ou la représentation picturale connue, mais au départ l'inspiration relevait d'un sentiement intime (du désir de la femme). Les grands poètes de l'antiquité, tels Horace, Virgile, Dante, Ovide, l'ont chantée dans toute sa beauté, quasi inaccessible aux mortels....,d'où est né l'amour courtois avec les troubadours ou trouvères, reprenant des thèmes de l'antiquité greco-romaine...

      Il faut dire que la muse dans son expression poétique n'a plus tellement de place dans notre société, même littéraire, car l'amour ou l'inspiration amoureuse se chante ou se dit avec des mots fort différents: Vivons notre époque tout simplement ce qui ne nous empêche d'apprécier le passé et sa "fine amour" .