Lawrence Lepage 1931-2012 - Décès d’un artiste culte

C’était le marginal par excellence, le chantre du pays caché ou le folksinger-chansonnier raconteur. Lawrence Lepage avait marqué deux décennies, puis s’était retiré, on ne savait trop où. Le mois dernier, il a fait paraître Le temps, son premier disque depuis 1976. Plusieurs grandes chansons réapparaissaient : Mon vieux François, Monsieur Marcoux Labonté, Turlutte de mon pays, toutes réarrangées avec l’équipe de la Pruche libre. Dans la nuit du 24 au 25, il s’est éteint, chez lui à Rimouski, assis sur son fauteuil, des suites d’une crise cardiaque.

Le 7 novembre dernier au Lion d’Or, il a livré un concert pour le moins déroutant avec le Yves Lambert Trio et quelques autres musiciens. Ce fut l’antispectacle à l’âme forte. Lawrence Lepage oubliait souvent les paroles, mais Bébert l’aidait en fredonnant doucement les chansons avec lui. Parfois l’orchestre jouait moins vite, reprenait un temps, attendait qu’il soit prêt à chanter. Et il semblait tellement heureux.


« Je l’aimais, disait jeudi Yves Lambert en retournant au Lion d’Or. Je m’étais attaché à lui dans tout son côté rebelle. Il était usé, il avait mené la vie, mais je ne le pensais pas rendu de même. Ce qu’il faisait, je trouvais ça tellement bon que j’étais prêt à aller en Europe avec lui. »


Olivier Rondeau, du Yves Lambert Trio, a réalisé l’album Le temps. « Lawrence, c’est quelqu’un qui a mille et une histoires, il raconte une époque qui est de plus en plus oubliée. Il l’a vécue, il la transcende, il parle des choses simples. C’en est hyper touchant. »


Le mois dernier, Lawrence Lepage avait livré l’un de ses derniers messages. « J’espère qu’ils vont enlever le lierre aux serrures de la porte pour ouvrir la porte, rentrer dans notre pays. Nous sommes une nation. Une nation aussi, c’est proche d’une tribu. Une tribu, c’est proche aussi d’un dépit. Alors, moi, je partirai dans une île avec ma tente en toile, mon abri. » Bonne route, Lawrence Lepage !

 

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