Le concert des émotions

On propose au visiteur de composer une mélodie en mode majeur, mineur, pentatonique, blues ou arabe, à l’aide d’un clavier virtuel ne comprenant que les notes autorisées par le mode qu’il aura choisi.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir On propose au visiteur de composer une mélodie en mode majeur, mineur, pentatonique, blues ou arabe, à l’aide d’un clavier virtuel ne comprenant que les notes autorisées par le mode qu’il aura choisi.

« La musique est la langue des émotions », disait le philosophe allemand Emmanuel Kant. Le Centre des sciences de Montréal nous en fait la démonstration de façon admirable dans sa toute nouvelle exposition créée de toutes pièces à Montréal. Musik : du son à l’émotion, qui vise les jeunes de 8 à 14 ans avec leur famille, fait vivre une expérience musicale à part entière, à la fois cérébrale et physique.

En mélomane bien de son temps, le visiteur est équipé d’un baladeur numérique qui lui permet d’écouter des musiques et des informations, de déclencher des interfaces animées et de réaliser des activités interactives telles que la composition d’une pièce musicale. Le pictogramme représentant un baladeur est omniprésent et c’est en le frôlant avec notre propre baladeur que les éléments de l’exposition se révèlent à nos oreilles et à nos yeux.


Sans cet objet emblématique qui a révolutionné notre rapport à la musique, l’exposition serait sans chair, voire sans vie. Son importance s’impose dès le couloir d’entrée qui n’offre à la vue qu’une enfilade de 12 pictogrammes permettant de découvrir 12 extraits musicaux choisis par le musicologue Serge Lacasse, de l’Université Laval, pour représenter la diversité musicale à travers le temps et le monde.


Après cette introduction musicale, on pénètre dans la zone dédiée aux émotions que suscite l’écoute de la musique. On y apprend que le cerveau déduit l’émotion véhiculée par une pièce musicale à partir de simples indices, comme le tempo et le mode, mineur ou majeur. Selon la neuropsychologue Isabelle Peretz, de l’Université de Montréal, qui a cofondé le Laboratoire international Brain, Music and Sound Research (BRAMS), un extrait d’une demi-seconde suffit pour déterminer l’émotion qu’évoque une musique.


Le visiteur peut tester cette hypothèse en essayant de découvrir l’émotion qu’engendrent cinq courts extraits musicaux. Des scientifiques et musiciens québécois mondialement reconnus ont participé à la conception de l’exposition. Il est même possible de les rencontrer virtuellement et de prendre connaissance de ce qu’ils cherchent à comprendre dans leur laboratoire.


La zone qui suit nous invite à expérimenter le rythme. Dans un cas, il faut battre avec le pied la mesure d’une musique dont le rythme se complexifie au fil du temps, et un signal lumineux indique si la performance est exacte. Dans un autre, on doit se synchroniser avec quatre autres visiteurs dans le cadre d’une jam session. Un séquenceur est également mis à la disposition du public pour créer des rythmes à l’aide de diverses pulsations proposées.


Dans la zone consacrée à la mélodie et à l’harmonie, on explique qu’u ne pièce musicale se compose de consonances qui séduisent l’oreille et de dissonances qui la rebutent.


On comprend que les dissonances créent une tension, une attente, dont la résolution induit un sentiment de plaisir. On propose au visiteur de composer une mélodie sur le mode majeur, mineur, pentatonique, blues ou arabe, à l’aide d’un clavier virtuel ne comprenant que les notes autorisées par le mode qu’il aura choisi.


La zone suivante s’intéresse au timbre des instruments de musique, qui correspond à la couleur particulière du son qu’ils produisent. Comme le timbre se définit par l’attaque et la tenue de la note, il faut essayer de découvrir l’attaque caractéristique de divers instruments. Pas facile ! On nous offre aussi l’occasion de prendre entre ses bras une guitare électrique avec pédale wah-wah et d’interpréter une mélodie de Simple Plan, guidé par les instructions de Jeff Stinco, l’un des membres du groupe qui connaît un succès mondial auprès des adolescents.


Une magnifique vitrine permet aussi de découvrir des instruments aux timbres les plus divers. Le baladeur les décrit brièvement et nous permet d’écouter une brève pièce musicale interprétée la plupart du temps par un musicien d’ici. Ainsi, Douglas Kirk, de l’Ensemble Claude Gervaise, joue pour nous du cornet à bouquin, un instrument à vent de la Renaissance ; Ziya Tabassian, du Groupe Constantinople, fait vibrer la membrane d’un daf iranien ; et les danseuses de Bourask font résonner leur « gumboots » dans un air typique d’Afrique du Sud.


Dès le début de l’exposition, le visiteur est invité à créer sa propre composition musicale qui reflétera le sentiment qu’il a envie d’exprimer parmi toute une gamme d’émotions proposées. Pour ce faire, il sera conseillé par les membres de Simple Plan, tous originaires de Montréal. Cette composition s’élabore en autant d’étapes qu’il y a de zones différentes dans l’expo : on doit d’abord sélectionner des rythmes et un tempo, puis choisir une ligne mélodique et finalement des timbres particuliers.


La dernière étape, celle du mixage, permet d’ajuster le niveau sonore des différentes pistes et d’ajouter de la réverbération. Une fois terminée, la composition peut être mise en ligne sur le site du Centre des sciences (jukeboxemotif.com), que l’on peut visiter pour écouter les créations de tous les visiteurs. On peut aussi s’envoyer par courriel le fichier de notre composition.


L’équipe de conception a voulu mettre en scène tous les styles de musique, sans distinction, mais plusieurs trouveront que le groupe rock Simple Plan vole la vedette. À ce propos, Michel Groulx, chef de la recherche et du contenu des expositions au Centre des sciences, rappelle que l’expositionvise avant tout les adolescents et que « Simple Plan rejoint cette clientèle cible ». Et comme « le groupe possède une renommée internationale, cela permettra à l’expo entièrement conçue à Montréal de voyager à travers le monde ».


Pour toutes ces raisons et pour souligner les dix années du groupe, une petite salle est consacrée à son cheminement ; les membres ont prêté certains de leurs instruments et objets ayant servi lors de nombreuses tournées à travers le monde.

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