Le propriétaire du Rialto crée le théâtre St-James dans le Vieux-Montréal

Ezio Carosielli faisant visiter son nouveau joyau situé dans le Vieux-Montréal, chef-d’œuvre d’architecture à l’intérieur fastueux.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Ezio Carosielli faisant visiter son nouveau joyau situé dans le Vieux-Montréal, chef-d’œuvre d’architecture à l’intérieur fastueux.

Amoureux des théâtres anciens, le propriétaire du théâtre Rialto vient de mettre la main sur le prestigieux édifice de l’ancienne Banque de commerce du Canada. Il entend en faire un lieu unique de diffusion artistique et d’événements spéciaux. Sauvé in extremis, l’immeuble du Vieux-Montréal, classé le 19 octobre dernier par le ministère de la Culture, a vu malgré tout une partie de son patrimoine dilapidé ou carrément détruit depuis sa vente en 2010.

Le propriétaire du Rialto, l’homme d’affaires Ezio Carosielli, faisait visiter mercredi son nouveau joyau, chef-d’oeuvre d’architecture à l’intérieur fastueux, dont la salle centrale de 10 000 pieds carrés déploie une hauteur sous plafond de presque 70 pieds. Le futur théâtre St-James, ancien temple de la finance aux planchers de marbre et aux murs de pierre calcaire ornés de vitraux et de bas-reliefs, devrait accueillir sous peu une multitude d’événements destinés à des foules de plus de 1000 personnes. À court terme, l’ancienne banque présentera des événements spéciaux et privés, mais, à plus long terme, Ezio Carosielli souhaite en faire le théâtre de spectacles d’envergure, destinés à une clientèle internationale.


« Le Vieux-Montréal attire déjà de nombreux touristes. On trouve du stationnement à proximité, le métro et 2000 chambres d’hôtel dans un rayon de 100 pieds. On pourra y tenir de beaucoup plus gros événements qu’au Rialto, dont la capacité est de 300 à 500 personnes », a expliqué mercredi l’homme d’affaires, qui souhaite redonner sa splendeur du passé à l’immeuble centenaire.

 

Classement tardif


Malheureusement, le classement tardif de l’édifice historique, dont Le Devoir avait annoncé la mise en vente et souligné l’absence de protection en janvier 2010, a permis que certaines parties du bâtiment aux imposantes colonnes ioniques soient saccagées ou dilapidées. L’immense comptoir de marbre et les colonnes de marbre qui trônaient dans la salle des guichets ont été détruits et réduits en miettes, comme nous l’avons constaté lors de notre visite. Selon M. Carosielli, on a fait place nette de ce qui ornait la salle principale pour louer l’espace à des équipes de tournage.


Des meubles d’époque ont aussi disparu, mais d’autres, bradés à des acheteurs américains, ont été rescapés in extremis par le nouveau propriétaire. « Depuis septembre 2011, nous avons visité l’immeuble à plusieurs reprises, mais certaines choses ont été détruites ou ont disparu entre-temps. J’ai dû dédommager un architecte de New York pour récupérer tous les comptoirs de bois qui étaient prêts à partir pour les États-Unis », déplore M. Carosielli, qui souhaite conserver à tout prix le cachet unique du lieu.


Interrogé par Le Devoir en janvier 2010, le ministère de la Culture n’avait pas jugé bon de classer le bâtiment pour en assurer la pleine protection. Le ministère estimait alors que le seul fait d’être situé dans l’arrondissement historique du Vieux-Montréal suffisait pour garantir la conservation de l’immeuble. La suite a prouvé le contraire. Ce n’est que le 19 octobre dernier qu’une protection complète a été accordée au 265, Saint-Jacques par le nouveau ministre de la Culture, Maka Kotto.

 

Un joyau


En dépit de ces pertes, l’immeuble, acquis au coût de 4 millions de dollars, recèle des trésors. Les plâtres majestueux et les boiseries sont intacts à l’étage, ainsi que la cage d’ascenseur d’origine en cuivre. Au sous-sol, on retrouve de nombreuses voûtes, des guichets d’origine et la chaufferie de l’époque. Téléphone en bois, vieux carnets de banque et banc de cireur de chaussures ayant déjà lustré les bottines de gros bonnets sont même restés en place.


Le propriétaire, qui a investi trois millions à ce jour dans la restauration du théâtre Rialto sur l’avenue du Parc, réserve le même traitement à son nouveau protégé. « Au Rialto, les résultats sont au-delà de nos espérances : nous sommes occupés 22 jours par mois. Ça nous a permis de nous offrir ce joyau ! Il faut être très attentif pour garder ce cachet. Si cela n’est pas possible de convertir ce lieu en salle de spectacle sans affecter le caractère historique de l’immeuble, on ne le fera pas. On pourra quand même y tenir toutes sortes d’autres événements ou des expositions », dit-il.


Lundi, plus de 80 organisateurs d’événements ont fait la visite des lieux. « À New York, un immeuble de cette qualité vaudrait 20 millions, croit M. Carosielli. Nous avons choisi de le renommer théâtre St-James pour rappeler l’époque où la rue était le centre financier du Canada et rivalisait avec New York. »

2 commentaires
  • Sylvain Deschênes - Abonné 1 novembre 2012 06 h 42

    St-Jacques

    Pourquoi le "St-James"? Le St-Jacques ne faisait pas assez "bancaire"?

    Quel est l'esprit de la rénovation: le rappel du bon vieux temps des finances en anglais ou la réappropriation du patrimoine?

    La rue Saint-Jacques s'appelle ainsi depuis 1672.

    • Alice Savage - Inscrit 1 novembre 2012 10 h 56

      Je partage cet avis.
      Si l'on veut tant paraître international (c'est-à-dire prétendre que tout ce qui est dit en français ne le serait pas) je suggèrerais «le Santiago», mais pas ce symbole de dépossession... Ou peut-être « Grand Saint-Jacques »: ça, ce serait patrimonial.