Il, elle et nous

Une image tirée du documentaire signé Marie Losier, The Ballad of Genesis and Lady Jaye.
Photo: Marie Losier Une image tirée du documentaire signé Marie Losier, The Ballad of Genesis and Lady Jaye.

Elle fait éclater les tabous et défie les étiquettes artistiques, incarnant son art dans sa peau et dans son quotidien. Avec son groupe Throbbing Gristle, il a jeté les bases de la musique — et de la culture — industrielle. Elle, il, «nous», Genesis Breyer P-Orrige, c’est tout cela à la fois, figure subversive et controversée, mais surtout imposante icône de la scène underground new-yorkaise. Et l’invité d’honneur de Phenomena, qui prend le relais du festival Voix d’Amérique.

Son art fraye avec les limites, à l’instar de cette culture industrielle qui veut «transgresser la machine», dira M. Beauséjour, qu’elle soit politique, idéologique, spirituelle ou éthique. Ses sujets de prédilection: l’occultisme, la spiritualité, la pornographie, les tueurs en série. Mais son oeuvre, comme le résume le programme de Phenomena, «oscille entre le danger et l’essentiel».


Concentré d’excentricité britannique, Genesis P-Orrige, né Neil Megson, a formé en 1969 le provocant collectif de performance COUM Transmission, décrit par un ministre de l’époque comme «fossoyeur de civilisations». Mais c’est avec le groupe Throbbing Gristle, précurseur de la musique industrielle (dont il a forgé le nom), qu’il se fait connaître et laisse sa marque.


Parallèlement, il crée des oeuvres visuelles et vidéo qui s’inspirent de la technique du cut-up de l’auteur beat William Burroughs. Viendront ensuite le groupe Psychic TV dans les années 80, mort et re-né trois fois (un album paraîtra en novembre), et Thee Majesty en 1998.


Les années 1990 ont aussi été celles de sa rencontre avec la performeuse Lady Jaye Breyer, avec qui il forme l’oeuvre de sa vie en passant sous le bistouri pour unir leurs deux entités et créer un genre au-delà des genres, un couple pandrogyne. Orlan peut aller se rhabiller avec ses implants artistiques. Genesis Breyer P-Orrige est un «acte d’amour» autant qu’un «projet de vie», selon D. Kimm et Mathieu Beauséjour, loin du simple projet conceptuel d’art contemporain. Depuis, on dit «elle» et elle dit «nous».


Phenomena a tiré trois rendez-vous de son oeuvre à multiples facettes. Le spectacle de son groupe actuel Thee Majesty, mélange spoken word, musique et vidéoprojections. L’exposition, sous le co-commissariat de M. Beauséjour et de Peter Dubé, proposera les collages psychédéliques et provocants de Genesis ainsi qu’une compilation de ses vidéos d’art, de musique et d’expérimentation. Enfin, le documentaire musical, The Ballad of Genesis and Lady Jaye, qui relate leur histoire singulière, prend l’affiche toute la semaine à Ex-Centris, en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma.


Férocement interdisciplinaire, avant-gardiste, intègre et intransigeante, cette Genesis, comme souhaite l’être (pas toujours aussi radicalement) Phenomena, qui dépasse maintenant les voix d’Amérique, le spoken word, pour embrasser un art multiforme (théâtre, danse, musique, performance, art visuel, magie, ou tout cela à la fois), atypique, parfois insolite et toujours traversé par un esprit inventif, «fait main», à la Georges Méliès. «Surtout à une époque où il faut que tout soit big, connu, qu’on batte des records d’assistance ou de budget, dit D. Kimm. Soyons extravagants, exubérants, assumons ce qu’on est sans nécessairement coller à une étiquette.»


Si Phenomena a gardé de son ancienne vie les Micros ouverts et le Combat contre la langue de bois, au fond, c’est parce qu’il entend transposer et élargir ce combat à l’ensemble des langages artistiques.

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Quelques rendez-vous choisis

VooDoo, nouvelle création de Kobol Marionnettes sur la quête humaine de sens et de remède parfois miracle à ses tourments. À l’Usine C jusqu’au 21 octobre.

Daniel Boucher sort de sa zone de confort dans Images et sons dans un salon, courtes vidéos signées Catherine Servido, brodées autour de leur vie commune et mises en mots et en musique. À la Sala Rossa, le 25 octobre.

Felix Kubin, espèce de Dada contemporain de la musique électronique allemande, doublé d’un performeur hors-norme. À la Sala Rossa, le 24 octobre à 21h.

La danseuse Carol Prieur incarne l’ambivalence des sorcières des contes de fées dans La neige bleue. Au Bain Saint-Michel, le 21 octobre à 16h. Contribution volontaire.

Les Phénomènes inexpliqués, des Filles électriques, inventent pour vous une machine à lire l’inconscient, entre autres créations insolites d’une mystérieuse association.

Flying Words Project relève le pari d’Allen Ginsberg de faire image par les mots avec ce spectacle en langage des signes américain (et en anglais). À la Sala Rossa, le 19 octobre.