La jeune philanthropie passe à l’ère 2.0

Le Club des jeunes ambassadeurs de l’OSM a rapproché arts visuels et musique classique lors d’une soirée au centre d’art l’Arsenal, en mars dernier.
Photo: Paul Doumit Le Club des jeunes ambassadeurs de l’OSM a rapproché arts visuels et musique classique lors d’une soirée au centre d’art l’Arsenal, en mars dernier.

Le mécénat culturel prend un nouveau visage au Québec. Celui d’un(e) jeune professionnel(le) « activiste » de danse, d’opéra, d’art ou de musique. La jeune philanthropie n’est pas nouvelle, mais elle s’intensifie et se transforme.

« Le phénomène existait déjà, mais il s’accentue, explique Gil Desautels, conseiller spécial chez KCI, firme consultante en philanthropie. Les organismes culturels se rendent compte des limites du secteur des entreprises et du bénévolat. Pour se développer sur le plan philanthropique, ça passe beaucoup par les individus. » Une approche qu’encouragent les Chambres de commerce ces dernières années, qui ont vu naître des initiatives de maillage art-affaires comme Arts Scène Montréal et Go C.A.


Les clubs de jeunes philanthropes poussent comme des champignons cet automne. Après la création du Club des jeunes ambassadeurs de l’OSM et des Jeunes associés de l’Opéra de Montréal (JAOM) en 2009 viennent tout juste d’éclore le Cercle des jeunes philanthropes du Musée des beaux-arts (MBAM), les Jeunes gouverneurs des Grands Ballets canadiens (GBC) et O2, à l’Opéra de Québec.


Jean-François Séguin, avocat de 29 ans en droit commercial au sein du cabinet Fasken/Martineau, a fondé (avec Joanie Lapalme et Guillaume Marion) les JAOM pour rapprocher l’opéra des jeunes, sur le modèle des Young Associates du Metropolitain Opera.


« Ils contrevenaient à tous les stéréotypes qu’on peut avoir sur l’opéra : c’était tous des jeunes super dynamiques et intéressants, dans la trentaine, qui avaient des backgrounds différents », raconte celui qui a alors découvert le plaisir de se faire expliquer l’opéra. « On le voyait ensuite d’un autre regard. »


Edu-tainment


Dans la majorité des cas, ces regroupements naissent à l’initiative des professionnels, avec le défi de s’autofinancer, ce qui les distingue de leurs vis-à-vis américains, selon M. Séguin. Et tous proposent une expérience bonifiée par rapport à la simple soirée de spectacle, en plus d’offrir un lieu de réseautage.


« À part Casse-Noisette, la plupart des professionnels ne connaissent pas et ne comprennent pas le ballet, rapporte Jessica Drolet, 23 ans, chargée de projet chez Citoyen Optimum, qui vient de fonder les Jeunes gouverneurs des GBC. On veut leur donner une expérience exclusive et les éduquer, les initier à cet art [le classique comme le contemporain], afin qu’ils pensent davantage ballet plutôt que cinéma ou concert. »


Pour la quatrième saison, les JAOM proposent des cocktails-opéra à 80 $ le billet, incluant une rencontre avec un musicologue qui situe l’oeuvre au programme dans son contexte historique, un tour dans les coulisses du spectacle et une rencontre avec les artistes de la production. Leur bal annuel, avec animation, DJ, bar et bouffe, a presque doublé en fréquentation, passant de 120 à 200 convives, de 2011 à 2012. L’expérience de groupe totale, donc, à mi-chemin entre les approches érudite, divertissante et groupie. Dans son communiqué annonçant la naissance du Cercle des jeunes philanthropes, le MBAM utilise le terme éloquent d’« edu-tainment ».


Plus que jamais, ces mécènes de l’ère 2.0 doivent participer activement aux oeuvres qu’ils financent. « La jeune génération est beaucoup plus activiste dans son engagement que la précédente, explique M. Desautels. [Elle veut] autant s’engager dans la cause, mieux la connaître et la comprendre et y participer. Il ne suffit pas de signer un chèque. On grimpe des montagnes, on court, on pédale… »


Double intérêt


« Je crois à l’effet contaminant de leur rôle, ça devient des ambassadeurs de l’institution », dit Pierre Dufour, directeur général de l’Opéra de Montréal, qui reconnaît le double intérêt stratégique de mécénat des 18-30 ans, à la fois philanthropes et spectateurs de demain.


Depuis des années, les institutions, surtout les plus classiques ou traditionnelles, tente de rajeunir leur public. Elles offrent toutes aux plus jeunes spectateurs des réductions sur les billets et une plus grande flexibilité d’achat.


Ce genre de mesures et l’arrivée des clubs de jeunes professionnels ont permis de faire doubler les abonnements des 18-30 ans à l’Opéra de Montréal depuis 2006, qui forment maintenant près de trois spectateurs sur 10.


Aux GBC, les 18-30 ans représentent seulement 5 % du public des GBC. Mais c’est une « croissance fulgurante depuis quatre ans » et la mise sur pied des tarifs spéciaux du programme Je me pointe, où ils ne représentaient que 1 %, souligne Olivier Le Galliard, directeur du marketing. Une tendance que les Jeunes gouverneurs pourraient accentuer. « Les JA ont certainement aidé à accroître le nombre de jeunes qui viennent à l’opéra », indique M. Dufour.


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Mécènes en fleur

O2, club de jeunes professionnels de l’Opéra de Québec

Lancé le 18 octobre dernier avec plus de 300 invités de la Chambre de commerce et la Jeune Chambre de commerce de Québec, pour une Soirée Découvertes à l’Opéra. Prochain événement : le Banquet de l’opéra le 20 février 2013 à la Chapelle de l’Amérique française. Coût : 175 $. 

Le Cercle des jeunes philanthropes du Musée des Beaux-Arts

Lancé le 2 octobre. Prochain D-Vernissage le 15 janvier autour de l’exposition sur les impressionnistes. Concept : voir l’expo avant qu’elle quitte le musée dans un contexte plus interactif et convivial. Coût : membership annuel de 250 $ (avantages de l’abonnement VIP du MBAM et accès aux activités du Cercle) ; la carte 50 $.

Les Jeunes gouverneurs des Grands Ballets canadiens

Première activité : 27 octobre. Chacun des 14 membres du comité invite deux de ses amis les plus susceptibles de s’intéresser au ballet à assister à Kaguyahime, après un cocktail où l’œuvre du chorégraphe tchèque Jiri Kylan et du compositeur japonais Maki Ishii leur sera présentée. Coût : 50 $.