Une femme de développement

Francine Lelièvre est historienne de formation et passionnée par l’histoire.
Photo: Michel Julien Francine Lelièvre est historienne de formation et passionnée par l’histoire.

Elle a contribué à la plupart des grands projets muséaux du Québec - en dehors des musées d’art -, de la Biosphère au Musée canadien des civilisations en passant par le Musée Pointe-à-Callière (MPAC), qu’elle a fondé en 1992. Francine Lelièvre se perçoit comme une « femme de développement ». De fait, elle suit - et tire - la ligne de vie de la muséologie québécoise.

« Il y avait très peu de muséologie au Québec, à part les grands musées d’art et quelques petits musées d’histoire », se souvient-elle de l’époque où elle était responsable de la mise en valeur de 30 parcs historiques et nationaux de la province, à Parc Canada, au début des années 1980.


L’historienne de formation y a notamment réalisé le premier spectacle multimédia au lieu historique national Louis-S.-St-Laurent de Compton et le site de Grande-Grave au parc national Forillon en Gaspésie. « C’est le premier site où on a intégré nature et culture, raconte-t-elle. On a mis en valeur la présence humaine dans le parc national, ce qui était totalement inhabituel. »


Après les furieuses années 1960 où naissent les grands projets de musées nationaux, c’est le calme plat pendant plus de 20ans. Puis en quelques années, au tournant des années 1990, verront le jour à peu près toutes les autres institutions muséales que compte aujourd’hui le Québec : le Biodôme, la Biosphère, le Centre canadien d’architecture, le MPAC, le Musée de la civilisation, ainsi que l’agrandissement des musées d’art nationaux, du McCord, le déménagement du Musée d’art contemporain.


« Je trouve dommage, comme société, qu’on ait créé des institutions qui ont toutes les mêmes valeurs, les mêmes façons de faire, déplore toutefois la directrice. On n’a rien fait pendant 30ans avant et presque rien pendant 20ans après. » À part le Centre des sciences.


C’est à titre de consultante indépendante qu’elle épaule plusieurs de ces projets et qu’elle développe celui du MPAC, dont elle assumera finalement la direction. L’institution est née sur les fondations de Montréal, là où le gouverneur de la ville, Louis Hector de Callière, avait érigé sa demeure, autour de trois lieux clés - l’Éperon qui épouse l’ancienne pointe, la place Royale et l’ancienne Douane, ainsi que la crypte archéologique qui les relie par l’égout collecteur de la petite rivière Saint-Pierre.


En 2012 - pour son 20e anniversaire -, le musée est déjà devenu un complexe, avec la nouvelle Maison des marins, qui abrite l’actuelle exposition sur les Étrusques mais sera officiellement inaugurée sous peu, la station de pompage D’Youville, l’École des fouilles archéologiques.

 

Un avenir ancré dans le passé


Prochain horizon de développement : la Cité d’archéologie et d’histoire en 2017, date du 25e anniversaire qui coïncide bellement avec le 375e de Montréal.


« À ma connaissance, aucun autre projet dans le monde ne regroupe une dizaine de lieux patrimoniaux et historiques dans un même secteur, et qui vont être reliés en souterrain », dit-elle. Une chance inouïe, due à la dormance du Vieux-Montréal pendant des décennies, alors qu’on s’affairait à transplanter le centre-ville sur Sainte-Catherine… en laissant tranquilles les bâtisses et les sous-sols du Vieux.


« C’est donc un atout et un attrait majeurs pour Montréal. Si je peux laisser cet héritage à l’institution, je crois qu’elle aura les reins solides pour l’avenir. »

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Vers une Cité d’archéologie et d’histoire

Né pour le 350e anniversaire de Montréal, le Musée Pointe-à-Callière met le cap sur 2017, 375e anniversaire de la ville, pour compléter et dépasser le projet initialement conçu pour le musée. Aux six composantes du complexe actuel s’ajouteront les anciens sites suivants :

Le fort Ville-Marie (1642) et le château de Callière (1688) qui ont été découverts dans le cadre de l’École des fouilles archéologiques ;

Le marché de Sainte-Anne (1832) et le premier parlement permanent du Canada-Uni (1844), situé sur l’actuel terrain de stationnement qui fait face au Musée d’histoire de Montréal. Les fouilles récentes ont permis de découvrir quelque 100 000pièces archéologiques et ossements d’animaux ;

Douanes Canada, dont le sous-sol permettrait l’aménagement d’une salle d’expositions temporaires de calibre international ;

La rivière canalisée de l’égout collecteur William, qui reliera sous terre tous ces sites.

La campagne de financement doit commencer en 2013. Le projet a déjà été retenu par la Ville comme un des quatre éléments prioritaires des festivités du 375e. Il s’agit d’ailleurs du seul gros projet de nature historique, patrimonial, identitaire, note la directrice.