FFM - Turbulences planétaires

Le documentaire d’Alexandre Trudeau sera même diffusé sur les ondes iraniennes.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le documentaire d’Alexandre Trudeau sera même diffusé sur les ondes iraniennes.

Vendredi, Alexandre Trudeau lançait en première québécoise son documentaire Le nouveau grand jeu au Festival des films du monde. Ce qui devait être un documentaire sur les pirates somaliens est devenu une oeuvre d’une folle ambition abordant le nouvel échiquier mondial. Dans ce film de 54 minutes, il embrasse grand : 19 pays parcourus en deux ans (par deux équipes), à travers des documents d’archives, des images contemporaines et des perspectives d’avenir énoncées par plusieurs experts. Au cours de sa jeunesse, lui et ses frères accompagnaient Pierre Elliott Trudeau dans ses déplacements, officiels ou pas. « Pour moi, l’héritage de mon père est celui d’un voyageur », dit-il. Alexandre a fait ses études en philosophie. « Dès 17 ans, je parcourais le monde de façon indépendante. » Plus tard, ses reportages et documentaires l’ont conduit du Grand Nord au Liberia, en passant par l’Irak, Israël, le Darfour en crise. « Tout cela a préparé le terrain pour Le nouveau grand jeu », dit-il. Alexandre Trudeau s’intéresse à la géopolitique plus qu’à la politique canadienne.


À l’heure où les États-Unis appauvris s’essoufflent, où la Chine monte, s’ancre en Afrique et où les pays arabes se battent pour leur autonomie, les anciens modèles ne s’appliquent plus. « Je suis fermement anticolonialiste, dit-il. Le succès de l’Occident s’était bâti sur le dos des autres. Les nouvelles technologies relient tout le monde à la planète. Et le bel héritage démocratique occidental se voit hypothéqué par sa lutte pour le pouvoir. »


Dans le film, le détroit d’Ormuz, le canal de Suez, goulots d’étranglement maritimes par où transite le pétrole, occupent une place cruciale, sièges de toutes les convoitises, celle des pirates, celle des grandes puissances. « L’équilibre mondial est bouleversé. Notre drame à nous réside dans la facilité. Il faut renoncer à un confort, à des privilèges, chercher des ressources alternatives, laisser les autres peuples faire leurs choix, leurs erreurs. Ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est le commencement d’autre chose. »


Alexandre a trois enfants et ne tourne plus désormais dans les zones de guerre. Les images de la Somalie et de la Libye ont été faites par une autre équipe.


Son film, d’abord lancé à la télé norvégienne, sera diffusé par Arte et al-Jazira, même sur les ondes iraniennes. Alexandre Trudeau rêve d’une sortie aux États-Unis, premier pays visé. Pour l’heure, il écrit sur la société chinoise et prévoit publier ses récits en 2013. Pierre Elliott Trudeau avait lancé en 1961 avec Jacques Hébert Deux innocents en Chine rouge. Son fils reprend le collier.