Et le prix du livre ?

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	L’industrie du livre réclame une meilleure réglementation des prix des livres pour protéger la diversité sur les rayons.</div>
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir
L’industrie du livre réclame une meilleure réglementation des prix des livres pour protéger la diversité sur les rayons.

Une lettre conjointe signée par plusieurs intervenants de l’industrie du livre, envoyée mercredi matin aux chefs de partis, leur demande de prendre position sur la réglementation du prix du livre. L’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française (ADELF), l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, l’Association des libraires du Québec ainsi que les Bibliothèques publiques du Québec, entre autres, estiment la question trop urgente pour être évacuée du débat public.

« La culture a à peine été effleurée » au cours de cette campagne électorale, a souligné Benoît Prieur, directeur général de l’ADELF en entrevue téléphonique au Devoir. « On veut mettre le dossier du prix du livre en lumière le plus rapidement possible. C’est pourquoi on lance mercredi matin une campagne de relations publiques, en donnant l’occasion à chacun des partis politiques de prendre position dans un des dossiers névralgiques de la plus grande industrie culturelle au Québec, le livre. »

 

Une grande industrie

 

La lettre expédiée aux chefs de parti rappelle que « le livre, première industrie culturelle québécoise, emploie 12 000 personnes et génère près de 800 m $ annuellement. Cette industrie est aujourd’hui gravement fragilisée par la vente à rabais des best-sellers dans les magasins à grande surface et sur Internet. Dans ce contexte, le milieu du livre se mobilise pour réclamer d’urgence aux pouvoirs publics une réglementation du prix de vente des nouveautés au Québec. Sans protection, nous craignons une diminution de la diversité de l’offre culturelle, ce qui signifie une offre moins variée pour le lecteur. »

 

Cette campagne de relations publiques veut également sensibiliser la population. Le site Internet noslivresajusteprix.com, lancé aussi mercredi matin, comprend des appuis, commentaires et textes de grands écrivains - Yann Martel, Michel Tremblay, Dany Laferrière, etc. - ainsi que des documents plus pointus sur les effets de la réglementation du prix du livre dans le monde.

 

Pour les intervenants du milieu du livre et de l’édition, il y a un lien de cause à effet entre l’absence de loi sur le prix du livre et la fragilisation de l’industrie. « Ça, c’est clair, poursuit Benoît Prieur. Les deux cas ont été démontrés par plusieurs pays, dont la France, qui se retrouve avec un système de librairies beaucoup plus solides qu’ailleurs », ainsi que l’Allemagne, le Mexique, Israël, contrairement à ceux qui ne se sont pas dotés d’un cadre réglementaire, tels les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui voient toute leur chaîne d’édition et de vente s’affaiblir.

 

Chantier lancé

 

Rappelons que la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a annoncé en juin dernier le lancement d’un chantier pour mettre à jour la loi 51, qui date de 1981. Cette loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre chapeaute la question du prix unique et la définition même du livre. Établie comme une « publication non périodique imprimée comptant au moins 48 pages de textes ou d’illustrations ou les deux, assemblée par quelque procédé que ce soit », la définition, désuète, exclut complètement le livre électronique.

 

La ministre de la Culture, avant les élections, visait une loi rafraîchie fin 2013 : le milieu du livre estimait déjà que les urgences et l’écosystème fragile de l’édition et de la vente québécoise ne sauraient tenir jusque-là.

 

« Notre intention actuelle, pour l’instant, n’est pas de parler de la loi 51, conclut le directeur de l’ADELF, mais de mettre de l’avant le plus rapidement possible une réglementation du prix du livre. Les deux questions peuvent aller ensemble, mais pourraient aussi s’étudier séparément, pour agir plus vite. La réglementation du prix du livre pourrait se régler vite par un projet de loi à part. »

4 commentaires
  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 22 août 2012 07 h 47

    La culture rapporte

    C'est vrai que la culture a été complètement évacuée de la campagne. Plusieurs la voient comme un luxe mais on oublie que la culture génère beaucoup d'emplois et contribue au rayonnement de notre identité à travers le monde.

  • Normand Babin - Abonné 22 août 2012 11 h 50

    oui, il faudrait effectivement parler du prix du livre

    Lecteur assidu et invétéré, il a y a déjà plusieurs années que je n'ai plus les moyens de me payer les livres que je lis. Comment se fait-il que le livre en français soit si cher au Québec? Comparez au même titre en anglais, vous aurez parfois une bonne différence de plus de 50%. Comparez avec le même titre en France, vous aurez une bonne différence de 30-40%. Et insulte suprême, le livre québécois en France est au même prix qu'ici; avant taxes. Qu'on ne vienne pas nous parler de droits de douanes, de frais de tranport et autres. Car ce qui vaut dans un sens devrait aller dans l'autre.
    Si le monde du livre se porte si mal, c'est qu'il y a quelque part quelqu'un qui lui en vit très bien!

  • Patrick González - Inscrit 22 août 2012 15 h 15

    Pathétique

    C'est un combat assez pathétique. Grand lecteur, j'ai commencé récemment à acheter mes livres en format électronique sur Internet pour les lire sur une tablette. Enfin, la libération du papier pesant ! Je me discipline même pour éviter d'entrer dans une librairie afin d'éviter d'acheter compulsivement un livre en papier. Et que veulent ces gens ? De l'aide financière pour rattrapper leur retard technologique ? Non... Ils veulent un prix unique sur le livre papier. Il n'y a pas d'avenir pour ces gens dans le livre traditionnel. Ils sont déjà subventionnés : qu'ils emploient ces subventions (ou qu'ils en demandent d'autres) pour se mettre... à la page.

  • Nicolas Pouliot - Inscrit 26 août 2012 08 h 00

    Un combat nécessaire

    Mais encore faut-il donner aux jeunes l'envie de lire. Et de lire beaucoup.